vendredi 9 octobre 2009

Le réconfort des rideaux oies.

Comme promis, j'ai fait des fouilles archéologiques dans mon fourbis pour remettre la main sur mon vieux kaléidoscope poussiéreux et tenter d'examiner Paris à travers un prisme coloré. Bien sûr, je ne l'ai trouvé nulle part. Alors je me suis fabriqué un kaléidoscope imaginaire : les yeux de mes gens. C'est comme quand on finit par trouver son mec naze. Il suffit qu'une autre nana lui lance une oeillade poudrée pour qu'on le trouve à nouveau désirable. Pareil pour Paris. Quand des gens viennent me voir, je trouve tout à coup Paris intéressant, le temps d'un week-end.
La première personne à être venue me rendre visite, c'est ma mère. S'installer à Paris, c'est comme aller à l'école pour la première fois de sa vie. On n'a aucune envie de se lever tôt, de s'habiller dans le froid et de partir dans le matin tout gris et pluvieux pour se retrouver avec des nouveaux gens qu'on n'aime pas, mettre un tablier tout rêche, faire pipi avec eux en même temps dans des toilettes toutes moches qui sentent pas bon comme à la maison et se faire gronder par une maîtresse toute moche aussi et qui sent de la bouche. Alors c'est bien quand Maman est là et qu'elle vous tient la main. Bon, évidemment, moi, je cumule, non seulement je vais dans une nouvelle école mais, en plus, elle est à Paris. Alors ma Maman à moi, elle est restée 4 jours. Fallait bien ça. Et, même si elle était l'invitée, elle m'a quand même fait de la Zewelkueche, et elle a fureté dans tout l'apparte en estimant que tiens, ici faudrait mettre des petites étagères, et là ça manque de rideaux crochetés avec des oies. Ma Maman, les musées, elle s'en fout. Et moi aussi. Alors on est allées se balader au Père Lachaise. Elle ne comprenait pas trop l'engouement des gens pour aller faire des pèlerinages photographiques sur les tombes de gens célèbres, mais morts. Elle a raison, du reste, quand on sait que Jim Morrison lui-même n'est plus dans son cercueil et que sa stèle sert de sous-bocks et de cendrier. Mais bon. Il faisait super beau et, comme c'est grand et boisé, on s'est juste promenées... Elle et moi qui détestions déjà l'excursion dominicale au Château du Haut-Barr jadis... On a aussi fait du bateau-mouche, le truc pas touristique du tout, avec embarcation à Notre-Dame, près d'un pont qui sent le pipi à mourir, que même si on retient sa respiration en passant dessous, il vous reste l'odeur dans les naseaux pendant bien 5mn. J'arrive pas à comprendre pourquoi les gens pissent partout ici, alors que je n'ai jamais vu une ville avec autant de toilettes publiques à tous les coins de rue. Bon, c'est sympa le bateau-mouche, en fait, c'est pas crevant, on voit vite fait les monuments à voir sans se taper la queue et le prix exorbitant de l'entrée, et nous, ça nous suffit bien. La Tour Eiffel, déjà. C'est quoi à part un assemblage de métal à la noix ou un Meccano géant ? A la rigueur, c'est bien pour le point de vue. Si on n'a pas le vertige. Ce qui n'est pas mon cas. Donc voilà. Et puis Notre-Dame... Une fois qu'on a vu la cathédrale de Strasbourg, y'a vraiment pas de quoi fouetter un chat. C'est quand même vachement moins beau. En fait, les gens se font juste une idée de Paris, je crois, Victor Hugo et son Esmeralda, Emile Zola et son Bonheur des Dames, Monet, le Quartier Latin et ses artistes, tout ça. Parce que ce fameux Quartier Latin, c'est un attrape-nigauds, c'est super cher et c'est crade. On a mangé dans un restau italien le midi et on aurait mieux fait de faire un tour aux toilettes avant le repas parce que c'était vraiment dégueulasse. Oui, donc c'est fini ce Paris littéraire et artistique où l'on croisait des titis et des dandys, où l'on allait en calèche vers les grands magasins, où des peintres aujourd'hui super célèbres crevaient la dalle dans des ateliers venteux et où les riches allaient déjeuner sur l'herbe le dimanche avant d'aller guincher sur les bords de Seine. Maintenant c'est sale, c'est cher, c'est taggé de partout et vaut mieux pas se paumer parce que y'a tellement personne qui parle Français dans le coin, qu'il est impossible de demander sa route.
Le lendemain, on a préféré fuir Paris et aller sur l'Île de la Jatte, près de Levallois-Perret. C'est sympa, l'Île de la Jatte. Mais pour le côté sauvage, on repassera. C'est un peu comme Levallois-Perret, c'est le Truman Show. Tout y est parfait, rien ne traîne, la pelouse du parc ressemble à du velours, les promeneurs sont vieux et riches, leurs chiens toilettés et les cuivres des bancs le long de la Promenade des Impressionnistes doivent être astiqués toutes les nuits par un employé municipal pour être aussi brillants. Il y a des caméras planquées partout et même les ruchers qui font la gloire de l'île pour leur miel soi-disant parfumé à la lavande ont dû être conçus par un architecte surdoué et grassement payé.
Mais le plus sympa, avec ma Maman, c'est quand même quand on ne fait rien. Quand on rentre de notre expédition, qu'on bazarde nos chaussures dans l'entrée et qu'on s'enfile un bol de Spécial K vautrées sur le canapé en regardant 60 minutes inside en gloussant.
Ma deuxième invitée a été Kim. On n'a rien visité du tout. Et c'était drôlement bien aussi. On a juste fait les touristes bêtes, à ricaner tellement dans le métro qu'on en loupait nos stations, à chercher des perles chez les disquaires autour de la rue de la Roquette, à boire des pintes en terrasse en se moquant du monde (je loue l'initiative des bistrotiers parisiens installant leurs chaises face à la rue), à prendre des photos de nous, à traîner comme des punks à chiens sur les quais et à se goinfrer de poisson cru au Planet Sushi.
Finalement, j'ai beau m'appliquer à chercher des qualités à cette grande ville, je n'en découvre des parcelles qu'en compagnie de gens de l'Est. Quand je vais voir ma copine Ylvia à Clichy, des fois on boit du vin d'Alsace parce qu'elle vient de Lorraine et qu'elle comprend ce que c'est de pas trouver de Raifort au Leclerc. Moi qui ne buvais plus de blanc, comme par hasard je me délecte à nouveau de Gewurtz. Quand je vais voir Charlotte à Puteaux, eh ben elle fait des knacks. Parce qu'elle a vécu en Alsace et qu'elle sait que les knacks, faut pas qu'elles éclatent à la cuisson. Elle est très pointue, Charlotte.
C'est comme ça, l'homme est grégaire. Il a besoin de retrouver ce et ceux qu'il connait. Ce qui est hardcore quand tout est super loin et super galère. Par exemple, le lendemain de quand je suis allée chez Charlotte, le soir tombant, je serais bien allée boire vite fait une tisane chez elle. Sauf que, même si elle habite à 6km de chez moi, les transports en commun sont tellement mal foutus qu'il faut que je me tape 1h de métro avec 2 changements en faisant une boucle géante. Alors qu'en Alsace, hop, on prend sa bagnole, on fait 2 bornes, on se gare tranquillement juste à côté de là où on veut aller, on boit sa tisane et on repart. Là, je l'ai bue toue seule, du coup, ma tisane, et avec un paquet de ShokoBons par-dessus le marché, tellement que ça m'a énervée.
Tout ça, c'est dur quand on est Alsacien, élitiste et de bonne famille. Difficile de souffrir trop de médiocrité, surtout quand on a un seuil de tolérance très bas. Alors plus c'est pire autour de soi et plus on se blinde. Moi, par exemple, je suis en train de me constituer un petit intérieur alsacien de première fraîcheur que Valérie Damidot n'a qu'à aller se rhabiller, avec plaque de rue, affiche Meteor, moule à bredele, drapeau rouge et blanc, denrées de première nécessité dans l'économat, tablier et manique cigogne et alsatiques dans la bibliothèque. Il me manque plus que le Kachelhoffe. Et, naturellement, les rideaux crochetés "oies"...

3 commentaires:

  1. J'ai dit à maman que ce message lui ferait plaisir si elle ne l'avait pas encore lu, ce à quoi elle m'a répondu qu'elle avait perdu l'adresse de ton blog (et l'adresse du mien avec). Envoie-lui un mail avec le lien et les explications pour afficher ce dernier !
    En tout cas moi, j'avais pas ma maman pour affronter ce nouvel environnement hostile, et c'était dur ! :-/

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  2. 12 jours sans ambroisie, je languis...nous languissons. L'expectative nous paralyse : et si elle avait racheté le Maitre Kanter de Levallois pour apprendre à vivre aux pharisiens ? Hmmm ?

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  3. eh oh! c'est fini les vacances!!! allez, aboule un peu de littérature, koi flûte...
    hop...
    bon.....

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