Dans l'Evangile de Luc, le chapitre 15 traite du retour de l'enfant prodigue, le fils qui est allé manger son bien avec des femmes débauchées et qui finit par rentrer à la casa. Quand il arrive, il entend des chants et des danses, et son père a fait tuer un veau gras pour lui. Bien sûr, je ne suis pas allée manger mon bien avec des femmes débauchées, Dieu merci, mais j'avais un peu l'impression d'être l'enfant prodigue en rentrant au doux pays d'Alsace.
Ca faisait des jours que je préparais mon départ pour les vacances de la Toussaint, la valise qui va bien pour pas avoir mes fringues toutes froissées dans mon rucksack Quechua mauve, le joli chemisier et la jupe pour aller voir mes parents, la tenue de concerts, les bonnes shoes pour crapahuter partout, 11 culottes et paires de chaussettes, des lentilles de rechange au cas où j'en paumerais une malencontreusement, l'appareil photo pour immortaliser tous mes moments, le chargeur de téléphone, un pull au moins irlandais pour affronter les frimas orientaux, un maillot de bain des fois que j'irais à Caracalla... Bref, la panoplie de la meuf qui rentre en Alsace, quoi ! J'avais contacté tous mes amis pour leur dire que je rentrais, qu'il fallait absolument qu'on se fît un truc et tout. Un grand nombre m'avait répondu et je m'étais fait un super-planning midi-soirée-nuit sur une feuille volante que j'avais fourrée au fond de mon sac. Oui, nuit parce que, bien entendu, je n'ai plus de maison en Alsace et je suis obligée de mendier le gîte quand j'y rentre, comme la dernière des pouilleuses. Mais bref...
Sur le trajet de l'aller (ou du retour, on peut voir ça comme on veut), je faisais déjà mes plans sur la comète. Ah, je vais aller au Tigre, et au concert d'Evil Conduct en Forêt Noire, et à celui de Crazy Cavan à Toul, et j'irai m'acheter des graines bio au DM de Kehl, et le Wie geht's pour parfaire mon Alsacien, et je passerai voir Mamama au Bois-Fleuri, et je mangerai des tonnes de knacks, et je boirai des litrons de Gewürtz, exprès. J'étais contente comme tout dans ma petite voiture, sur mon trajet interminable. Et plus ça sentait l'écurie, plus je piaffais d'impatience. Je m'imaginais les gens pleurant de bonheur en m'apercevant, les fanfares des villages battant son plein pour ma venue, des petites filles en costume folklorique me jetant des poignées de pétales de géranium à la figure, dans une délicieuse odeur de vin chaud, les gens se battant comme des chiffonniers pour avoir le bonheur de me recevoir chez eux en priorité... Je rentrais, c'était quelque chose, quand même ! Mince, c'était moi ! Je devais avoir affreusement manqué à tout le monde ! Comment le monde alsacien avait-il pu continuer à tourner sans moi ?!
Ca faisait des jours que je préparais mon départ pour les vacances de la Toussaint, la valise qui va bien pour pas avoir mes fringues toutes froissées dans mon rucksack Quechua mauve, le joli chemisier et la jupe pour aller voir mes parents, la tenue de concerts, les bonnes shoes pour crapahuter partout, 11 culottes et paires de chaussettes, des lentilles de rechange au cas où j'en paumerais une malencontreusement, l'appareil photo pour immortaliser tous mes moments, le chargeur de téléphone, un pull au moins irlandais pour affronter les frimas orientaux, un maillot de bain des fois que j'irais à Caracalla... Bref, la panoplie de la meuf qui rentre en Alsace, quoi ! J'avais contacté tous mes amis pour leur dire que je rentrais, qu'il fallait absolument qu'on se fît un truc et tout. Un grand nombre m'avait répondu et je m'étais fait un super-planning midi-soirée-nuit sur une feuille volante que j'avais fourrée au fond de mon sac. Oui, nuit parce que, bien entendu, je n'ai plus de maison en Alsace et je suis obligée de mendier le gîte quand j'y rentre, comme la dernière des pouilleuses. Mais bref...
Sur le trajet de l'aller (ou du retour, on peut voir ça comme on veut), je faisais déjà mes plans sur la comète. Ah, je vais aller au Tigre, et au concert d'Evil Conduct en Forêt Noire, et à celui de Crazy Cavan à Toul, et j'irai m'acheter des graines bio au DM de Kehl, et le Wie geht's pour parfaire mon Alsacien, et je passerai voir Mamama au Bois-Fleuri, et je mangerai des tonnes de knacks, et je boirai des litrons de Gewürtz, exprès. J'étais contente comme tout dans ma petite voiture, sur mon trajet interminable. Et plus ça sentait l'écurie, plus je piaffais d'impatience. Je m'imaginais les gens pleurant de bonheur en m'apercevant, les fanfares des villages battant son plein pour ma venue, des petites filles en costume folklorique me jetant des poignées de pétales de géranium à la figure, dans une délicieuse odeur de vin chaud, les gens se battant comme des chiffonniers pour avoir le bonheur de me recevoir chez eux en priorité... Je rentrais, c'était quelque chose, quand même ! Mince, c'était moi ! Je devais avoir affreusement manqué à tout le monde ! Comment le monde alsacien avait-il pu continuer à tourner sans moi ?!
La joie de celui qui rentre est quasi-impossible à raconter à celui qui n'est pas parti. Celui qui rentre vit un moment exceptionnel. Apercevoir enfin le panneau "Strasbourg" et la silhouette noire des sapins vosgiens, après avoir traversé la pampa française par la RN4, à travers un no man's land désespérément plane, est un bonheur indescriptible. On a envie de s'arrêter en catastrophe sur le parking d'une station Total et de faire un petit pas de gigue, en levant quand même le nez, des fois que des cigognes passeraient en rase-motte au-dessus des pompes à essence. On a beau arriver à la nuit tombante, la cathédrale brille fièrement au loin et les phares des voitures éclairent les plaques 67.
Mais là, horreur, je réalise avec effroi que je suis immatriculée 9-2 et que plus personne ne me laisse m'insérer dans la circulation dense de 19h. On me fait des queues de poisson, on me barre la route, c'est affreux. J'imagine qu'on doit m'insulter copieusement à l'intérieur des habitacles : "Yo ! F'r tommi noch à màl ! Ces saaletés te Paarissiens qui fiennent nous eenfahir et qui safent mêême pas rouler !" Le 67 déteste le 68, et le 57, le 54, le 88, mais ce n'est rien comparé au 7-5, au 7-8, au 9-1, au 9-4, au 9-3 au 9-5... et au 9-2. Je suis désespérée. Je n'ai même pas ma Maglite pour éclairer Léontine-la-cigogne accrochée après le rétro, ou de porte-voix pour gueuler : "Youhou ! Mais c'est moi ! Firchinia ! Ce n'est pas ce que vous croyez !".
Quelques mois à peine ont passé et je suis déjà persona non grata. Déjà que je n'ai plus de maison, je n'ai même plus droit à la route... Allez, c'est pas grave, je m'en vais voir mes gens. Tous ceux que je revois sont naturellement contents de me voir. Normalement contents. Même les plus lettrés ne peuvent s'imaginer le côté merveilleux que je donne à mon retour. Pour eux, rien n'a changé. Ils me voient comme ils me voyaient lorsque j'habitais Straßburg. La vie continue, finalement, avec ou sans moi. Et personne n'est indispensable. Je le comprends bien vite.
Je profite malgré tout de chaque moment passé en Alsace comme s'il s'agissait du dernier. Et chacun s'applique à me le rendre exceptionnel, tant et si bien qu'au bout d'une semaine j'ai sifflé un plein d'essence, je me suis tué le dos sur des matelas différents, j'ai pris 3kg, mon taux de Gamma GT a explosé et j'ai des cernes jusqu'aux genoux. Je rêve d'une soirée devant Koh-Lanta en pyjama, les cheveux en vrac, avec une tisane détox et mes chats.
Mais je suis rentrée super contente. J'ai pas vu tous ceux que j'aurais aimé voir mais j'ai mangé de la tarte flambée, de la salade mixte et des knacks, et bu de la bière, du crémant d'Alsace et du vin blanc, je suis allée voir ma grand-mère, ma maman m'a fait un repas roumain, j'ai acheté une nouvelle voiture, fait 2 concerts, rencontré de nouveaux gens et sillonné la campagne alsacienne par des départementales improbables noyées dans la brume ou bordées de forêts rougeoyantes et jaunoyantes baignant dans le soleil d'automne. J'ai même bu de la soupe au potiron pour Halloween.
Je suis rentrée en 5h30 et j'ai pris un bain moussant. Aujourd'hui, je suis à la diète, mon dos va mieux, je dors dans mon lit et j'ai retrouvé mes chats. Home, sweet home... Quand même...
Et spéciale dédicace à mes parents, Mamama, Squelettique, Gros, Charlotte, Valérie, Rachel, Romele, Daphnée, Peterle, "Evange", Nathalie des Brownies, Witch'eud, Antonina, Christine, Nico, Kim, Psychobimba, Nathan, Celte, Picolo et Max. "Spéciale dédicace" ? Ben oui, faut bien que je me mette dans le Mov', demain, c'est la rentrée des classes !
Mais là, horreur, je réalise avec effroi que je suis immatriculée 9-2 et que plus personne ne me laisse m'insérer dans la circulation dense de 19h. On me fait des queues de poisson, on me barre la route, c'est affreux. J'imagine qu'on doit m'insulter copieusement à l'intérieur des habitacles : "Yo ! F'r tommi noch à màl ! Ces saaletés te Paarissiens qui fiennent nous eenfahir et qui safent mêême pas rouler !" Le 67 déteste le 68, et le 57, le 54, le 88, mais ce n'est rien comparé au 7-5, au 7-8, au 9-1, au 9-4, au 9-3 au 9-5... et au 9-2. Je suis désespérée. Je n'ai même pas ma Maglite pour éclairer Léontine-la-cigogne accrochée après le rétro, ou de porte-voix pour gueuler : "Youhou ! Mais c'est moi ! Firchinia ! Ce n'est pas ce que vous croyez !".
Quelques mois à peine ont passé et je suis déjà persona non grata. Déjà que je n'ai plus de maison, je n'ai même plus droit à la route... Allez, c'est pas grave, je m'en vais voir mes gens. Tous ceux que je revois sont naturellement contents de me voir. Normalement contents. Même les plus lettrés ne peuvent s'imaginer le côté merveilleux que je donne à mon retour. Pour eux, rien n'a changé. Ils me voient comme ils me voyaient lorsque j'habitais Straßburg. La vie continue, finalement, avec ou sans moi. Et personne n'est indispensable. Je le comprends bien vite.
Je profite malgré tout de chaque moment passé en Alsace comme s'il s'agissait du dernier. Et chacun s'applique à me le rendre exceptionnel, tant et si bien qu'au bout d'une semaine j'ai sifflé un plein d'essence, je me suis tué le dos sur des matelas différents, j'ai pris 3kg, mon taux de Gamma GT a explosé et j'ai des cernes jusqu'aux genoux. Je rêve d'une soirée devant Koh-Lanta en pyjama, les cheveux en vrac, avec une tisane détox et mes chats.
Mais je suis rentrée super contente. J'ai pas vu tous ceux que j'aurais aimé voir mais j'ai mangé de la tarte flambée, de la salade mixte et des knacks, et bu de la bière, du crémant d'Alsace et du vin blanc, je suis allée voir ma grand-mère, ma maman m'a fait un repas roumain, j'ai acheté une nouvelle voiture, fait 2 concerts, rencontré de nouveaux gens et sillonné la campagne alsacienne par des départementales improbables noyées dans la brume ou bordées de forêts rougeoyantes et jaunoyantes baignant dans le soleil d'automne. J'ai même bu de la soupe au potiron pour Halloween.

Je suis rentrée en 5h30 et j'ai pris un bain moussant. Aujourd'hui, je suis à la diète, mon dos va mieux, je dors dans mon lit et j'ai retrouvé mes chats. Home, sweet home... Quand même...
Et spéciale dédicace à mes parents, Mamama, Squelettique, Gros, Charlotte, Valérie, Rachel, Romele, Daphnée, Peterle, "Evange", Nathalie des Brownies, Witch'eud, Antonina, Christine, Nico, Kim, Psychobimba, Nathan, Celte, Picolo et Max. "Spéciale dédicace" ? Ben oui, faut bien que je me mette dans le Mov', demain, c'est la rentrée des classes !

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