jeudi 20 mai 2010

Métro.

Le métro, c'est quand même un drôle de truc. Je ne sais pas comment font les gens pour le prendre tous les jours. A Strasbourg, déjà, je prenais pas les transports en commun, alors ici...! Je crois que même si le litre d'essence coûtait 2€, je prendrais quand même ma bagnole. Heureusement, pour aller à mon lycée, y'a que le bus, comme transport en commun, et je sais même pas le numéro combien y va, ou bien le train, mais bon, la seule fois où je me suis risquée à le prendre, je me suis plantée, me suis retrouvée à l'Université de Nanterre et j'ai failli arriver en retard.
Alors je vais bosser en voiture. Evidemment, c'est pas simple dans les sens giratoires aux heures de pointe, quand les files n'existent plus et que chacun avance à la va-comme-je-te-pousse, les bus, les camions, les voitures et les motards qui slaloment dans ce foutoir, pas très au fait du rayon de braquage de leur engin vu qu'ils doivent avoir eu leur permis dans un paquet de Frosties et qui égratignent des carrosseries au passage, sauf qu'on est tellement coincé qu'on peut jamais sortir pour leur casser la gueule, alors les entreprises de polish font fortune. Enfin, on peut s'estimer heureux de pas se prendre un coup de pied dans le rétro parce qu'on ne leur laisse pas de place pour remonter illégalement les files de voiture. Moi, la dernière fois, je me suis juste fait traiter d'espèce de connasse, ça va. Tout est relatif.
Depuis juillet 2009, je n'ai acheté que 5 carnets, 50 tickets de métro, ce qui équivaut à 25 allers-retours, genre je vais pas des masses à Paris. Même pour aller récupérer Charlotte au commissariat des Champs-Elysées, je prends ma voiture, même si je suis au bord de l'évanouissement, terrifiée par la circulation dantesque autour de l'Arc de Triomphe. Pour me donner du courage, j'insulte les voitures hésitantes aux plaques minéralogiques provinciales : "Mais rentre donc dans ta campagne, espèce de bouseux !".
Donc oui, le métro. Y'a des fois, vraiment, je déteste, déteste, déteste. Rien de pire qu'une rame blindée. Soit on est debout et il faut se tenir à ce qu'on peut, une portière, un dossier de siège ou, summum de l'horreur, à la barre centrale, au risque d'attraper le chikungunia, le mildiou ou le virus Ebola, tout ça dans une odeur pestilentielle d'aisselles de fin de journée, de cheveux gras et d'haleines de kebab. Soit on est assis et on se retrouve à hauteur de fessiers pendant qu'on se prend des coups de coudes dans la tête, coups de coudes qu'on n'a pas vu arriver, engoncé qu'on était dans son col roulé pour ne pas respirer le remugle d'une panière de vieilles crevettes laissées une après-midi entière sur un trottoir de Chinatown au mois d'août. Les gens ont l'air cinglé à promener leur doigt sur l'écran tactile de leur téléphone. Il fait une chaleur à crever. Même le jeune cadre dynamique et bronzé a des auréoles sous les bras. La pétasse a le pied gonflé et rougeaud dans ses sandales griffées. Et quand des touristes montent à Saint-Lazare avec leur valise à roulettes, c'est la fin du monde. Je surveille mon sac à main, des fois que la grosse en baskets brunasses qui demande des tickets-restaurant en poussant tout le monde me faucherait mon porte-monnaie. Des fois, y'a des types de la sécurité pas commodes qui descendent des clochards de la rame pour des contrôles d'identité. Ou bien des imbéciles qui forcent le passage pour entrer en écrasant tout le monde, avec ou sans poussette. C'est affreux. On est presque soulagé de descendre à la station Opéra, malgré les odeurs de pisse.
Mais il est des jours où je suis de bonne composition. J'attends le métro sur le quai, je regarde le long tunnel sombre, les rails à haute tension. J'imagine que, peut-être, derrière les murs, il y a une autre vie, des gens qui squattent avec un chien pouilleux et un lapin, qui s'éclairent à la bougie ou à la lampe de chantier, dorment dans des couvertures infestées de vermine ou s'y font des shoots d'héroïne parce qu'ils détestent la société, et en fait ils sont super intelligents, et ils lisent peut-être même des livres que les voyageurs abandonnent sur les bancs. On sait pas ce qui se passe dans ce labyrinthe souterrain. Si ça se trouve, y'a aussi des créatures préhistoriques sanguinaires à forme humaine qui bouffent les derniers voyageurs de la nuit et, le matin, une grosse femme de ménage noire passe la serpillière sur les dernières traces de sang sur le sol. T'façon, on est à Paris, les gens peuvent crever, personne se rend compte de rien. Moi-même, l'autre fois, j'étais assise dans le métro et, à la station d'après, y'a une espèce de white-trash qui veut rentrer avec sa poussette, sauf qu'elle s'y prend comme un manche et que les portières se referment sur le mioche. Moi, j'étais absorbée dans Les Grandes affaires criminelles d'Alsace, j'ai pas percuté. Heureusement, y'a un golgoth qui s'est levé et a ouvert les portières avant que le métro ne démarrât, mais je pense que c'est un cas exceptionnel.
Bref, et puis je vois le métro arriver, tout taggé, tout beau. J'aime pas trop les nouvelles rames toutes design, genre avec des sièges dessinés par Christian Lacroix, plein de place et le schéma du parcours imprimé sur les murs avec des petites lumières qui s'éteignent à chaque station dépassée. J'aime bien les vieilles rames, crasseuses, antiques, grinçantes, un peu sombres, peuplées des fantômes de gens qui allaient jadis travailler à la fabrique, avec leur béret sur la tête. Mais dans ces moments de félicité, j'éprouve presque de la compassion, de la tendresse pour tous ces pauvres gens. Je me dis que, finalement, on est peu de choses et bientôt, ils seront tous morts. Ils attendent tous leurs 5 semaines de congés payés, ou leurs RTT pour partir en week-end en thalasso avec leur famille. C'est tragique. Je me dis que les pauvres qui ont des gamins ont raté leur vie. Et tous ceux qui veulent avoir l'air cool avec leur casque de baladeur Sennheiser ou leur ordinateur portable sur les genoux, ceux qui lisent le dernier Marc Lévy ou empestent le Shalimar pour aller voir Les Monologues du vagin dans quelque théâtre moisi, ces jeunes à dreadlocks qui boivent de la bière en plein après-midi, ces petites anorexiques qui partent à leur cours de danse en ballerines Repetto en espérant devenir petit rat de l'opéra... tout ça est triste à pleurer.
Alors je m'absorbe dans la lecture des plaques émaillées. Qui est donc ce père Lachaise ? Pourquoi a-t-on associé Strasbourg et Saint-Denis ? Que s'est-il passé le 4 Septembre ? Qui sont les filles du Calvaire ? Bir-Hakeim est-il un quartier sensible ? Tout ça est si bizarre... Paris aurait donc une histoire, je veux dire, comme Strasbourg ?
Et, tout à coup, ma paranoïa me reprend. Et s'il y avait une attaque terroriste dans le métro ? Si des moudjahidins nous bloquaient pendant des heures dans un tunnel, nous filant des coups de crosse de Kalachnikov sur la tempe si on demandait à pouvoir faire pipi, pendant que Sarkozy négocierait avec l'Afghanistan ? Et si mes derniers camarades de vie devaient être ceux qui m'accompagnent entre Levallois-Bécon et Réaumur-Sébastopol ? Faut que j'arrête de regarder des films pourris comme L'Attaque du métro 123 ou Creep...
Sinon, ma psychose va bien, merci...


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire