Les vacances de Pâques de la zone C sont enfin arrivées alors que plus personne n'y croyait. Je voyais mes collègues traîner la savate dans les couloirs poussiéreux du lycée, ahanant, soufflant, soupirant, geignant, accablés par la lourdeur de leur cartable et le temps qui ne passait plus. Le beau temps aidant, les élèves couraient partout en hurlant, jetant dans les escaliers des paquets de biscuits vides, des bouteilles en plastique et des serviettes périodiques usagées, se prenaient en photo avec leur iPhone, enroulés comme des nêms dans un drapeau marocain.
J'ai quitté ce lieu de perdition pour mettre le cap vers l'Alsace, pour pas changer.
La RN4 était différente. Les arbres étaient en fleurs et même le garage Citroën désaffecté de Béton-Bazoches avait l'air d'un cottage anglais.Pour une fois, j'ai évité le tourbillon décadent des concerts en Forêt-Noire ou des soirées au Tigre. Une odeur de sainteté et de magnolias flottait dans l'air et j'ai décidé de faire mon pèlerinage de Pâques au mont des Oliviers, même si je suis allergique aux oliviers.
Je suis rentrée voir ma mère. J'ai remplacé le punch Kinik par de la tisane de pissenlits et les guitares saturées par le chant des oiseaux. Je me suis assise près de
Il a fait un temps radieux pendant 10 jours et les premières asperges avaient un goût de miel.
L'Alsace au printemps ressemble à du Verlaine. Les terrasses dans l'air du soir, les vignobles qui s'étendent jusqu'aux montagnes sous le soleil de midi, la cathédrale qui se découpe sur un ciel tout bleu, de petits panneaux de bois apparaissant à l'entrée des villages pour annoncer un vide-grenier, les odeurs de BBQ dans les jardins...
S'il est encore supportable de vivre à Paris en hiver, lorsque le temps est tout pourri et que, de toute façon on se claquemure dans son antre surchauffée, c'est déjà beaucoup moins marrant lorsque les beaux jours arrivent. Et aller en Alsace pendant les vacances de Pâques est une bien mauvaise idée. C'est là qu'on se rend compte de ce qu'on a perdu. On passe 10 jours enchanteurs à boire de la bière en guise de petit 4h à Kehl, à courir au Burger King dévorer un Double Whopper, à hurler dans la descente du Silver Star à Europa Park, ou à acheter du bon Gewürtz dans une cave d'Orschwiller... C'est un bonheur de sortir pieds nus sur la terrasse de Nathalie, une tasse de café à la main et le chat qui se frotte contre vos jambes, de regarder des champs à perte de vue et de sentir une vague odeur de fumier dans la lumière du matin.
Le temps passe. Mes retours en Alsace se font plus rares. J'ai passé 7 mois à me lamenter sur l'enfer gris parisien, sur les miens disparus à tout jamais derrière les Vosges, sur mon beau lycée de Bischwiller où je côtoyais l'élite des élèves de lycée professionnel et mes collègues que je n'ai pas assez appris à connaître, sur l'instant de schizophrénie ou de débilité profonde qui m'a fait appuyer sur "confirmer" le jour où j'ai demandé ma mutation pour l'académie de Versailles (c'est pas possible, j'étais possédée, ce jour-là !), sur ma vie toute moisie en général. 7 mois à pleurnicher devant Facebook en constatant amèrement que la vie continuait sans moi, que c'était sûrement une fête permanente en Alsace et que je ne rentrerais pas au pays avant au moins 5 ans.
Et puis le temps a passé. Comme dirait mon frère Jonathan qui est un grand sage : "Au début, Paris, j'ai eu du mal, mais après, je me suis senti Parisien et quand je rentrais en Alsace, je trouvais que c'était vraiment des bouseux." Bon, évidemment, même si je jure que je ne boirai pas l'eau de la fontaine, que la foudre s'abatte sur moi s'il m'arrive d'avoir de telles pensées. Mais ma phase de cristallisation stendhalienne a pris fin avec l'arrivée du printemps. D'abord parce que j'ai découvert des côtés chouettes à Paris et que j'y ai rencontré des gens. Ensuite parce que certaines personnes que j'aimais en Alsace ont mollement chu de leur piédestal. Mais il est vrai que j'ai la fâcheuse tendance à croire que ce qui m'entoure est éternel alors que tout le monde ne tient pas forcément la distance. C'est la théorie des pertes et des profits. On en veut souvent à qui s'en va. Moi-même, j'étais toute fâchée, il y a des années, quand ma copine Elsa a déménagé en Bretagne, et ma copine Katia à Izmir. Elles m'abandonnaient, c'était affreux. Et aujourd'hui je suis la première euphorique quand j'emprunte la N40 pour aller à Vannes ou Istanbul Airlines pour aller en Turquie. Où que nous soyons, mes copines et moi, on s'aime, même si on se téléphone pas tous les jours. Finalement, les vrais gens sont là partout et tout le temps. C'est plus une question d'Alsace ou de 9-2. C'est réconfortant.
Alors pendant ces vacances de Pâques, j'ai vu très peu de gens, quelques essentiels, tout le monde n'étant pas disponible, ma maman, mon petit frère Albert, ma soeur Evangéline, ma grand-mère au Bois-Fleuri, Antonina ma manucure italienne, ma copine Ayten de l'école primaire, Hélène et Luc, Nathalie-des-Brownies et der Panzer. Charlotte était avec moi et c'était bien comme ça.
Alors oui, le retour n'est pas facile parce que, lorsqu'on a pris goût au

faw fwom zi aïz, faw fwom ze hâwt, itss djeust fow louzeuws...
RépondreSupprimeriouw maï Gz, end itss fowèveuw...
ièsse, ènd oui aw note louzeuws, maï Gz ! api tou av iou, fow choueuw !
RépondreSupprimerNous, les coopérants de l'intérieur qui ne voyons pas sans curiosité tes danses de louve autour d'un hypothétique déménagement, nous restons sur notre faim "de lupus" : où va-t-elle, que fait-elle, louve y es-tu ? et tout le toutim...next year ? Michel et moi en glosions,ce matin-même, telles les concierges de mon immeuble, euh...non, de ma résidence, juste avant de sortir les poubelles : "et Virginia ? l'année prochaine, fait quoi ? " Sais pas, elle parle de Maison-Laffitte, avec un f et un t, perhaps,elle cherche une paillasse propre du côté d'ailleurs, elle est pleine de Paris partout et un brin mélancolique sur le reste ! Que te dire, mon Michel, merci d'avoir pris de ses nouvelles, mais moi...! sais pas plus que toi " Dingue, ce qu'on peut se dire sans parler ! Evidemment qu'on s'inquiète...mais comme tu dis rien, on finit par anguwasser...Kuwa ! Merci de continuer tes balades, ça nous sauve un peu !
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