vendredi 22 juillet 2011

D'r Hans im Schnokeloch.

Ah, misère de misère ! Je ne pensais pas que ce serait aussi difficile...! Deux ans que j'attends ce moment, deux ans jour pour jour que je me lamente sur mon sort et, maintenant que j'ai enfin obtenu ce que je voulais, eh ben ça ne va toujours pas. C'est quand même un peu fort !
Je suis rentrée à Strasbourg, je vais bosser dans un super lycée où j'enseignerai du Français, je n'aurai plus de Wèsch qui mangent des chips pendant mes cours, j'ai un apparte extra entre le jardin botanique et le parc de l'Orangerie, ma vie est devenue toute simple et mes amis et ma famille sont à portée de main. Alors quoi ENCORE ?
Eh ben je suis déprimée... Je m'étais fait un El Dorado de l'Alsace et j'ai à peine posé le pied à Strasbourg que tout ce que je détestais ici m'est revenu comme un flash.
Le première fois, je roulais tout tranquillement près des Halles à la recherche d'une agence immobilière et, tout à coup, une espèce de grosse vache blonde en marcel, couperose Beaujolais et bourrelets, talonnée par son espèce de fils qui devait s'appeler Dylan, décide de traverser la route, en dehors des clous, juste devant mon nez. Naturellement, je ralentis pour ne pas à avoir à payer toute ma vie pour avoir écrasé cette white trash idiote et là, elle me meugle : "Yooo ! Mais tu peeeuuux pas faaaiiire att'tion ousque tu roules, espèce de coooonnasse !?"...
La deuxième fois, toujours en voiture, je tourne à gauche pour m'engager dans l'étroite rue de Reims. Sauf que, devant moi, un camion, qui avait visiblement mal évalué l'étroitesse de la rue dans laquelle il ne pouvait pas passer, tentait une pénible marche arrière. Forcément, j'étais derrière lui et forcément je ne pouvais pas reculer sans me faire emboutir par une voiture sur l'Avenue des Vosges. Et, forcément, le chauffeur a sorti sa tête par la fenêtre pour m'aboyer un : "Yooo, mais puuutain !!! Mais tu peux pas reculer, espèce de connasse ?!". Et moi, je suis restée comme deux ronds de flan, tout abattue par tant de vulgarité et de péquenauditude. Et j'ai retrouvé là toute cette inculture crasse que je me persuadais être de l'authenticité alsacienne...
Et puis y'a eu aussi le jour où j'ai voulu monter mon nouveau buffet de cuisine chez moi, avec Hélène. Comme de par hasard, il avait un micron de trop pour pouvoir rentrer dans l'ascenseur, alors il a fallu se monter ce quintal à pied, jusqu'au 5ème. Non seulement la lumière était pétée dans la cage d'escaliers mais, en plus, on risquait de perdre la vie à chaque marche, écrasées sous le meuble. Alors on avançait, tout doucement, les phalanges sciées par les arêtes du truc, manquant plusieurs fois tout nous lâcher sur le pied parce que les portes vitrées s'ouvraient sans crier gare et tapaient dans la rampe en nous déséquilibrant, le tout rouges, suantes et échevelées. Et tout à coup, le locataire du premier, une espèce de type immonde, chauve et translucide comme s'il sortait d'un bocal de formol, nous a gueulé dessus parce qu'on faisait trop de bruit... C'est ça, en Alsace. A Paris, tu peux crever, les gens s'en foutent de ta gueule. Alors qu'à Strasbourg, les gens tiennent tellement à leur petite tranquillité qu'ils t'aboient dessus dès que tu pètes de travers.
Après, y'a eu le festival Lez'Arts Scéniques de Sélestat où je suis bénévole tous les ans. Je m'étais fait une fête de revoir tous les gens, tous mes copains de soirées et mes comparses de bars. Et puis voilà, je suis arrivée, il faisait gris, limite pluvieux, j'ai jeté un oeil au buffet vegan et la vue du taboulé de millet, du houmous, de la poubelle à compost et des gobelets recyclables m'a saoulée. J'ai trouvé un bout de cervelas et une part de quiche et suis allée manger dans un coin, derrière mes lunettes de soleil. Je me suis rappelé de leur délire végétarien à la gomme, de la protection du crapaud d'Alsace et compagnie. Bah, on a bien rigolé quand même pendant 3 jours, mais je savais d'avance que ça se terminerait et que personne se rappellerait jamais. Alors je servais aux gens leurs gobelets d'Affligem aux fruits rouges ou de Bischhoff, d'un air circonspect, et je me disais que, finalement, ce qui comptait vraiment, c'était peut-être pas le lieu où on était mais les gens qu'on aimait, peu importait qu'on fût à Sélestat ou à Poissy. Et j'ai eu le coeur serré en repensant aux gens que j'avais laissés là-bas, en Île de France. Tous les griefs que j'avais pu avoir envers les uns ou les autres s'envolaient petit à petit, comme par magie.
Je repensais à ce barbecue de fin d'année que j'avais organisé au lycée, à mon pauvre David qui m'avait exaspérée pendant 2 ans mais qui, maintenant, se retrouvait tout seul dans un appartement tout vide hors de prix et sans ses chats, à ma pauvre Charlotte que j'avais laissée en larmes le jour où je suis allée chez elle récupérer mes dernières affaires, à Ylvia qui était devenue mon amie de Clichy et que j'avais quittée, toute penaude, sur le trottoir, après avoir chargé ma camionnette et à Arno auprès de qui je serais restée sans une accumulation d'affreux malentendus.
Je suis rentrée chez moi le matin du 3ème jour et j'ai dormi jusqu'au soir.
D'ailleurs, c'est à peu près tout ce que j'ai fait depuis que je suis rentrée, ça et déballer mes cartons, de nouveaux souvenirs douloureux à entasser ou accrocher quelque part.
En fait, depuis que je suis rentrée, je n'ai envie de voir personne. Une de mes chattes a été malade et s'est fait opérer, et l'autre miaule à fendre l'âme car elle n'est pas chez elle et son papa lui manque. Le temps n'est pas assez clément pour que j'aille baguenauder dans les rues de Strasbourg et je reste enfermée, scotchée devant mon ordi, et sans musique, parce que je ne retrouve pas mes enceintes. Finalement, je fais les mêmes choses qu'avant, sauf que je n'ai plus les gens qui me sont chers, c'est malin ! Je suis écoeurée de la salade mixte et de la bière et... bref... Rien ne me dit.
Comme disait Charlotte, une région est rancunière, on ne la quitte pas comme ça sans s'attendre à un retour de bâton le jour où on revient s'y installer...

4 commentaires:

  1. Le blues de la rentrée peut-être ?

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  2. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  3. Je peux te prêter ma matraque télescopique si tu veux ;), je me ferais toujours un plaisir de te montrer la réserve sur ta moto à la terrasse de l' Elastic :), bon retour

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