Dans 2 semaines, je ne serai plus là. Ca fait bizarre, quand même... Encore 2 jours à aller au lycée et je ne le verrai plus jamais de la vie.
Je vais parcourir pour la dernière fois le trajet qui me sépare de la salle des prof. Je vais m'engouffrer dans le long boyau que surplombe la Défense, cette immense ratière, ce gruyère sombre et sale, jalonné de radars et limité à 70, dans lequel slaloment des motos assourdissantes et des voitures endormies, ce tunnel qui était devenu comme un refuge, une cachette de laquelle on n'apercevait plus aucune tour miroitante, plus aucun feu rouge, plus aucune poussette, une sorte d'abri anti-atomique, un ventre maternel, une cabane sous la table du salon, sous la longue nappe de fête, loin du monde méchant.
Je vais suivre la Seine devenue mon amie en écoutant le Grand Mix de Radio Nova et en pl
issant les yeux sous mes Ray Ban, dans les rais de soleil filtrant à travers les tilleuls odorants. Et je vais arriver au lycée, dans la grande cour, en passant derrière la cantine et la rangée de poubelles noires, puis devant la petite niche de Mimi le gros chat de gouttière, une maisonnette faite de cartons et de chiffons, avant de me garer derrière le gymnase, entre les bancs d'école foutus et le tapis de fleurs des champs. Je dirai bonjour aux agents en bleu de travail et aux femmes de ménage en tablier rose et sabots d'hôpital, puis irai à mon casier n°27, celui entre la fenêtre et le ficus dégarni. Je me prendrai un "25 normal" à 40 cents à la machine à café et me laisserai tomber mollement sur un fauteuil taché, sous le panneau syndical, en regardant arriver mes collègues. Mon collègue préféré, c'est Michel. Pas parce qu'il est mon voisin sur Farmville, mais c'est le seul qui arrive en gueulant "Wèsch, ta race, bien ou bien ?" sous le regard médusé des autres. Michel, il me fait rire. Mais j'aime bien aussi Didier, parce qu'il est gay, et les gays sont drôles, et Aurélie parce qu'elle est alsacienne, et Romarin qui sent toujours des pieds, et Julien. Bref, on débarque dans un endroit en trouvant que tout le monde craint et, finalement, on s'échange les adresses en pleurant et on va boire des coups d'adieu le jour où l'un s'en va. Zut alors, en fait je ne vais plus manger de morue au plat du jour chez Pedro, ni boire de bière portugaise sur sa terrasse avec des cacahuètes emballées. En fait, mon lycée, je l'aimais bien ! Et les Yvelines aussi...
Je ne verrai sans doute plus jamais ailleurs des gens richissimes arborant les derniers 4x4 de chez Audi, BMW ou Porsche, rentrant dans leur baraquasse géante et arborée après leur journée à la clinique de chirurgie esthétique, retrouver leurs 6 enfants dont le 5ème s'appelle Quentin et la 6ème Sixtine. Plus jamais je ne me sentirai comme une grosse vache beauceronne à la terrasse d'un café de Saint-Germain en Laye parce que tout autour de moi les meufs font 45kg, ont un cul aussi large que mon bras, 1000€ de crème LaPrairie sur la gueule et des enfants sortis d'une pub Burberry.
Je n'aura plus de classes de grands Blacks culturistes qui diront "Wèsch, putain, espèce d'enculé de sa race de sale bâtard de sa mère, comment il m'a niqué !".
Je ne verrai plus ces saletés de Parisiens trendy-hipster-bobo chics-arty-écocitoyens-amateurs de néo-chansonniers à guinguettes lounge et de burlesque Facebook dans les brunchs de la Bellevilloise, roulant en Vélib' et bouffant leur panais bio de La Ferme de Levallois à côté de leur compost d'intérieur et de leur étagère à graines germées Habitat.
Je ne ferai plus de marche digne de la Légion Etrangère dans le métro étouffant, à tenir mon sac bien contre moi pour pas me le faire arracher, tout en me faisant écraser les pieds par les valises à roulettes Hello Kitty des cohortes de touristes japonais, griffer le mollet par les gros sacs à rayures bleu-blanc-rouge des Arabes qui prennent la ligne 13 jusqu'à Saint-Denis, toiser par les pétasses à queue de cheval effet saut-du-lit et bottines ridicules revenant d'un shooting, je n'aurai plus à subir le remugle des rames, l'odeur de transpi des traders en costume Hugo Boss, les flaques de Bavaria 8°6 et les conversations pseudo-intellectuelles des étudiants du Quartier Latin commentant l'expo Aimé Césaire au Grand Palais. Je ne verrai plus les gens assis en rangs d'oignons à la terrasse des cafés entourés de serveurs antipathiques ou arpentant le bitume en trottinette avec un énorme cache-oreilles en guise de casque de walkman, un jean Diesel qui leur tombe sur les genoux et une paire de Converse bousillées.
Je me suis peut-être réincarnée en Natasha Kampusch... Je n'ai pas l'intention de porter plainte contre mon ravisseur. J'avais toujours dit que si j'arrivais à me sortir de là, l'expérience aurait été extraordinaire. Et voilà, on y est. J'ai presque fini de remplir mes cartons. Je vais quitter ma minuscule cellule de la rue Collange et mettre fin à ma cohabitation avec David. Finis les rognures d'ongles sur la moquettes, les touffes de (longs) cheveux sur le bord de la baignoire, les éponges imbibées d'eau croupie, les cotons-tiges jetés à côté de la poubelle, les chaussettes roulées en boules au milieu du couloir, les mouchoirs en papier souillés sous le canapé, la table basse couverte de miettes de biscotte, les assiettes irrécupérables car incrustées de Ketchup desséché, les haltères qui traînent au milieu du salon et dans lesquelles on s'explose l'orteil en pleine nuit, le lait qui a coulé dans le frigo, le rideau de douche jamais sorti de sa baignoire et tout moisi, le tas de serviettes mouillées posées sur le meuble télé à côté d'un tas ancestral de factures gondolées, les médiators dans mon lit, les taches de confiture de mûre sur la chasse d'eau (!), la douce sonorité des commentateurs sportifs à la télé quand je corrige des copies, les projections de graisse de steaks Charal sur la vaisselle que je viens de laver, l'odeur écoeurante de purée parmentier au micro-ondes quand j'essaie de dormir, les allées et venues de potes chelou ou de filles ramassées dans le caniveau et le bilibilibilip incessant de la guitare électrique. Terminé ! Mais ma cellule était mon refuge, comme ces mini-aires sur l'autoroute où on peut s'arrêter en catastrophe quand ça va plus : l'aire est petite, sale, avec des papiers gras par terre, une poubelle jamais vidée qui dégueule, de l'herbe brunâtre et un téléphone orange, mais on sait qu'on peut enfin souffler. Mais c'est fini, la dépanneuse est arrivée grâce à Maif Assistance.
Je vais retraverser mes Vosges, retrouver ma cathédrale, louer un petit F2 pour une bouchée de pain, avec un balcon et du joli parquet au sol, et peut-être même des moulures au plafond, si ça se trouve. Et je ne partirai plus jamais de là. J'irai à mon travail à pied et mangerai de la salade mixte tous les jours. Je recroiserai avec un plaisir indicible tous ces Alsaciens rougeauds et mal habillés, pas très cultivés, qui ne s'enthousiasment que des marches gourmandes au Taennchel et des soldes chez Kiabi. J'éviterai les alentours des institutions européennes pour ne pas risquer de croiser de Parisiens, je n'irai à aucune manifestation hype remplies de gens bien fringués qui se la pètent, dans aucun restaurant gastronomique et j'écouterai Top Music. Je ne passerai plus mes journées sur Facebook et je verrai des gens, oh pas tellement, en fait, y'en a plein qui sont partis avec le tri sélectif. C'est l'avantage de l'éloignement, des déménagements, on se débarrasse des scories, on vide son sac, on se rend compte qu'on avait mal au dos depuis super longtemps parce qu'on se trimballait plein de trucs inutiles dans son Eastpack. C'est mieux que le hamam, le gant en crin et le savon noir !
Je regarde enfin l'Île de France avec tendresse et indulgence, je fais coucou aux caméras de Levallois, je nargue les passants et je les plaindrais presque, ces pauvres gens...!
Ah, mais Mimi va me manquer... Il ronronnait quand même super fort quand il me voyait arriver au lycée...
Je vais suivre la Seine devenue mon amie en écoutant le Grand Mix de Radio Nova et en pl
Je ne verrai sans doute plus jamais ailleurs des gens richissimes arborant les derniers 4x4 de chez Audi, BMW ou Porsche, rentrant dans leur baraquasse géante et arborée après leur journée à la clinique de chirurgie esthétique, retrouver leurs 6 enfants dont le 5ème s'appelle Quentin et la 6ème Sixtine. Plus jamais je ne me sentirai comme une grosse vache beauceronne à la terrasse d'un café de Saint-Germain en Laye parce que tout autour de moi les meufs font 45kg, ont un cul aussi large que mon bras, 1000€ de crème LaPrairie sur la gueule et des enfants sortis d'une pub Burberry.
Je n'aura plus de classes de grands Blacks culturistes qui diront "Wèsch, putain, espèce d'enculé de sa race de sale bâtard de sa mère, comment il m'a niqué !".
Je ne verrai plus ces saletés de Parisiens trendy-hipster-bobo chics-arty-écocitoyens-amateurs de néo-chansonniers à guinguettes lounge et de burlesque Facebook dans les brunchs de la Bellevilloise, roulant en Vélib' et bouffant leur panais bio de La Ferme de Levallois à côté de leur compost d'intérieur et de leur étagère à graines germées Habitat.
Je ne ferai plus de marche digne de la Légion Etrangère dans le métro étouffant, à tenir mon sac bien contre moi pour pas me le faire arracher, tout en me faisant écraser les pieds par les valises à roulettes Hello Kitty des cohortes de touristes japonais, griffer le mollet par les gros sacs à rayures bleu-blanc-rouge des Arabes qui prennent la ligne 13 jusqu'à Saint-Denis, toiser par les pétasses à queue de cheval effet saut-du-lit et bottines ridicules revenant d'un shooting, je n'aurai plus à subir le remugle des rames, l'odeur de transpi des traders en costume Hugo Boss, les flaques de Bavaria 8°6 et les conversations pseudo-intellectuelles des étudiants du Quartier Latin commentant l'expo Aimé Césaire au Grand Palais. Je ne verrai plus les gens assis en rangs d'oignons à la terrasse des cafés entourés de serveurs antipathiques ou arpentant le bitume en trottinette avec un énorme cache-oreilles en guise de casque de walkman, un jean Diesel qui leur tombe sur les genoux et une paire de Converse bousillées.
Je me suis peut-être réincarnée en Natasha Kampusch... Je n'ai pas l'intention de porter plainte contre mon ravisseur. J'avais toujours dit que si j'arrivais à me sortir de là, l'expérience aurait été extraordinaire. Et voilà, on y est. J'ai presque fini de remplir mes cartons. Je vais quitter ma minuscule cellule de la rue Collange et mettre fin à ma cohabitation avec David. Finis les rognures d'ongles sur la moquettes, les touffes de (longs) cheveux sur le bord de la baignoire, les éponges imbibées d'eau croupie, les cotons-tiges jetés à côté de la poubelle, les chaussettes roulées en boules au milieu du couloir, les mouchoirs en papier souillés sous le canapé, la table basse couverte de miettes de biscotte, les assiettes irrécupérables car incrustées de Ketchup desséché, les haltères qui traînent au milieu du salon et dans lesquelles on s'explose l'orteil en pleine nuit, le lait qui a coulé dans le frigo, le rideau de douche jamais sorti de sa baignoire et tout moisi, le tas de serviettes mouillées posées sur le meuble télé à côté d'un tas ancestral de factures gondolées, les médiators dans mon lit, les taches de confiture de mûre sur la chasse d'eau (!), la douce sonorité des commentateurs sportifs à la télé quand je corrige des copies, les projections de graisse de steaks Charal sur la vaisselle que je viens de laver, l'odeur écoeurante de purée parmentier au micro-ondes quand j'essaie de dormir, les allées et venues de potes chelou ou de filles ramassées dans le caniveau et le bilibilibilip incessant de la guitare électrique. Terminé ! Mais ma cellule était mon refuge, comme ces mini-aires sur l'autoroute où on peut s'arrêter en catastrophe quand ça va plus : l'aire est petite, sale, avec des papiers gras par terre, une poubelle jamais vidée qui dégueule, de l'herbe brunâtre et un téléphone orange, mais on sait qu'on peut enfin souffler. Mais c'est fini, la dépanneuse est arrivée grâce à Maif Assistance.Je vais retraverser mes Vosges, retrouver ma cathédrale, louer un petit F2 pour une bouchée de pain, avec un balcon et du joli parquet au sol, et peut-être même des moulures au plafond, si ça se trouve. Et je ne partirai plus jamais de là. J'irai à mon travail à pied et mangerai de la salade mixte tous les jours. Je recroiserai avec un plaisir indicible tous ces Alsaciens rougeauds et mal habillés, pas très cultivés, qui ne s'enthousiasment que des marches gourmandes au Taennchel et des soldes chez Kiabi. J'éviterai les alentours des institutions européennes pour ne pas risquer de croiser de Parisiens, je n'irai à aucune manifestation hype remplies de gens bien fringués qui se la pètent, dans aucun restaurant gastronomique et j'écouterai Top Music. Je ne passerai plus mes journées sur Facebook et je verrai des gens, oh pas tellement, en fait, y'en a plein qui sont partis avec le tri sélectif. C'est l'avantage de l'éloignement, des déménagements, on se débarrasse des scories, on vide son sac, on se rend compte qu'on avait mal au dos depuis super longtemps parce qu'on se trimballait plein de trucs inutiles dans son Eastpack. C'est mieux que le hamam, le gant en crin et le savon noir !
Je regarde enfin l'Île de France avec tendresse et indulgence, je fais coucou aux caméras de Levallois, je nargue les passants et je les plaindrais presque, ces pauvres gens...!
Ah, mais Mimi va me manquer... Il ronronnait quand même super fort quand il me voyait arriver au lycée...

Heureux qui comme Ulysse a connu Fleury-Mérogis...
RépondreSupprimerMagnifique élégie autour du départ et des pertes irrémédiables.
L'infante prodigue est de retour : fin du reportage ?
Back home Firchinia !
Michel B.
Home sweet home alabama where the skies are so blue, ton blog on s'en fout ;)
RépondreSupprimer