jeudi 29 avril 2010

Clubbing.

Maintenant que je ne me paume plus cruchement dans le métro et que trouver une place de parking me fait rire car je déploie des trésors d'ingéniosité pour déjouer la vigilance des pervenches, dont j'ai enregistré le sournois parcours, en planquant ma bagnole dans des coins improbables (genre à l'orée de Levallois, où ces affreuses, grasses et essoufflées, ne se risquent pas, préférant engranger la manne de leur racket au centre ville), je me décide enfin à sortir d'hibernation pour aller battre la semelle dans le tout-Paris. Et, ô stupeur, en fait, c'est vachement bien.
D'abord, je suis tombée sur un article du Biba où étaient listées les places-to-be. Et j'ai vu une sorte de Biergarten, avec des arbres, même si c'était pas des marronniers, et une guirlande lumineuse, et ça m'a bien dit. Alors j'y suis allée avec Charlotte pour bruncher un samedi midi. C'était le Café des Dames, rue des Dames, près de la rue des Batignolles, où nous sommes arrivées, juste après une halte dans une friperie lugubre où un grand échalas toute follasse nous a fait l'apologie de ses fringues élimées affichées à 175€ mais en fait c'était un concept, car elles étaient beaucoup moins chères, puis m'a demandé si je faisais beaucoup de soirées gothiques car, connaisseur comme il était, il avait tout de suite vu que j'en étais, avant de pousser des cris d'orfraie, en voyant mes tatouages juste trop stylés pendant que j'essayais un cardigan Liquor Brand rose à têtes de mort qui m'allait hyper bien au teint, et d'appeler sa collègue Jen qui avait toujours juste trop voulu se faire les mêmes. Je lui ai quand même laissé mon zéro six, des fois qu'il aurait des nouveautés rockab' juste trop tendance.
Le café des Dames doit bien avoir abreuvé d'alcool de pomme Edith Piaf ou les Tontons Flingueurs pour être aussi vintage, même si la patine effet "jauni-par-50-ans-de-tabac" a été plaquée de toute pièce par quelque décorateur d'intérieur, pédé comme un foc, qui n'est pas au courant qu'au fin fond des Vosges, aux Cafés des Bons Amis, les bistrotiers claquent leur solde chez Leroy Merlin pour acheter des pots de Dulux Valentine bien blanche qui redonnera un peu de lustre à leur établissement. Mais on peut y manger de la friture d'éperlans à l'aïoli en buvant un petit Chardonnay bien frais au grand air et ça, c'est souverain, même si c'est très bobo-chic.
Toute motivée que j'étais, j'ai traîné Charlotte, sur les bons conseils d'Ylvia, à un concert de Texas in Paris, à la Gare aux Gorilles, dans le 19ème, à la sortie du métro Corentin Caribou, genre pas loin de la Courneuve où c'est ultra-craignos. Les réjouissances n'ayant pas débuté, nous avons erré entre les boucheries halal et les friperies kasher pour trouver un truc à manger. Après nous êtres égarées près du canal de l'Ourcq au fond duquel devaient bien macérer quelques cadavres jetés là à la suite de rixes alcoolisées ou de règlements de comptes, nous avons dévoré un pseudo croque-monsieur à la terrasse d'un bistro chinois, devant lequel l'un ou l'autre clochard ramassait des mégots pour s'en faire un festin.
On arrive à la Gare aux Gorilles après avoir franchi un portail en fer rouillé et grinçant, gravi une pente pavée de bonnes intentions et souri poliment à une bande de jeunes finissant leur Bavaria sur des fauteuils de jardin dépareillés. On y entre par une fenêtre, si basse qu'on se croirait au Moyen-Age, quand les gens étaient petits, en poussant le rideau à lamelles en plastique multicolores. Puis on descend quelques marches de fortune avant de se retrouver dans une espèce de hangar à tapisserie Tom et Jerry recouverte d'autocollants et de graffiti au marqueur. Le bar est mono-boisson : on y sert des gobelets de sangria faite d'un vin tout droit issu de son cubi et de fruits Lidl pleins de pesticides qui macèrent dans leur jus dans une poubelle géante. Les gens fument à l'intérieur et le son est si pourrave qu'on se croirait dans un garage.
Nous nous sommes installées sur un banc peu stable et avons entamé notre étude sociologique des noctambules, tous les mêmes, de petits bobo-chics encanaillés, de bobo-trash, qui allaient et venaient, en sirotant notre tord-boyau, une fois dérangées par une activiste blonde tentant de nous faire signer sa pétition contre la démolition du squatt, parce que bon, si tu veux, des lieux associatifs comme ça, ça se fait plus, tu vois, pétition que nous avons signée d'un faux nom, sur les bons conseils de Charlotte, des fois que les RG y foutraient leur nez ; une autre fois par une brune mais juste trop sympa, nous invitant à aller nous acheter une tranche de space-cake à 3€...
Tout cela tranchait à peine avec la soirée du Scopitone où nous avons rejoint Manon, une autre place-to-be, selon Biba. Les mêmes jeunes, la mèche imperturbable, plaquée à l'horizontale sur le front à grand renfort de Vivelle Dop fixation béton, slim vintage, maxi sac griffé et bottines à talons, buvant de la vodka-crandberries (bonne contre la cystite) en photographiant les clubbers à grands renforts d'iPhone au rythme expérimental d'un didjé sous cocaïne. Nous ne sommes pas restées longtemps, pour ne pas louper le dernier métro, que nous avons loupé quand même, et aussi à cause de notre grand âge, pour éviter qu'on ne nous avançât un déambulateur au milieu du dance floor.
Ouais, y'a des trucs à faire à Paris, même si nous préférons regarder un film avec une tisane Saveurs du Soir, après un poulet à l'estragon. J'ai mis 7 mois à m'en rendre compte et cette ville m'épate toujours autant. Aujourd'hui, il fait beau. L'ouvrier n'est plus en intempéries et marteau-pique dans ma rue ad quid miex miex. Le cadre dynamique a sorti son pantacourt, sa pochette en gore-tex coloré, ses baskets de geisha, ses chaussettes blanches et sa Chrysler décapotable. Le jeune patine sur sa patinette. La pétasse clopine sur ses hauts talons et jupette Stella Cadente. Et les arbres sont en fleurs. De bonne humeur ? Oui, il me reste quelques jours de vacances et je reviens d'Alsace...

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