mardi 17 août 2010

Emergency Exit.

Que peut-on faire quand on déteste, déteste, déteste son boulot à mourir ? J'entends par là quand, à l'approche de la rentrée des classes (16 jours !), alors qu'on devrait préparer de jolies séquences avec des titres en couleurs, des images qui vont bien pour illustrer, avec des sujets d'actualité piochés dans des magazines pour ado auxquels on se sera abonné, tout ça, eh ben on se met à faire tous les pires trucs qui existent et qu'on n'aurait jamais songé à faire autrement. On se met soudain à faire les vitres, pendant très longtemps, avec de l'Ajax vitres d'abord, avec du papier journal et du vinaigre ensuite, pour que ce soit hyper-transparent. Et, s'il se met à pleuvoir dans l'heure qui suit, eh ben on recommence, sans broncher. C'est quand même important, des vitres propres ! Puis on s'aperçoit que les interrupteurs, les poignées et les dessus de portes et les plinthes sont un peu suspects. Et c'est avec le sourire qu'on va s'emparer d'un chiffon doux et de Fée du Logis pour faire briller tout ça. Après, on va se mettre tout naturellement à repasser une montagne de linge. C'est d'un négligé un vêtement froissé ! Suivent les plantes vertes à rempoter, la pile de factures à trier, les cartons de trucs qu'on veut plus à remplir pour la prochaine brocante, les photos à classer dans des albums, les chaussures à cirer, le blog à mettre à jour, le courrier en retard. C'est quand même hallucinant tout ce qu'on a pu laisser s'accumuler durant l'été !
Et, pendant ce temps, la préparation de la rentrée n'avance pas. Je suis dans le déni total de rentrée. Mais ma saloperie de subconscient, lui, est au courant... Je me couche, le soir, en m'enveloppant méticuleusement dans la couette, tel un rouleau de printemps, des fois que la main décharnée d'un élève de BEP Electrotech' viendrait m'attraper la cheville pour me tirer sous le lit, tout droit vers les Enfers de Trappes. Je me réveille au beau milieu de la nuit en hurlant, en nage, échevelée et hagarde, parce qu'une classe de secrétaires tentait de me noyer dans une vase opaque et pestilentielle composée d'excréments humains et de déchets de boucherie. J'achète le stock de nux vomica à la pharmacie d'en face car l'idée de refaire cours, encore une fois, me donne envie de dégueuler sur mes pantoufles.
Le problème, c'est pas enseigner. Ca, j'aime encore bien. Sérieusement, c'est chouette de trouver un texte sympa, de le faire découvrir aux élèves, de discuter dessus, d'approfondir le sujet et tout. J'ai déjà eu des classes cool avec lesquelles j'ai étudié Alice au Pays des Merveilles ou Vincent Price. Mais maintenant, soit je suis passée dans le camp des vieilles cloches mal baisées, soit les jeunes d'aujourd'hui sont devenus complètement débiles. J'ai l'impression de n'être plus qu'une matonne au pénitencier de Guantanamo. Manque de bol, l'Education Nationale ne fournit pas les uniformes oranges aux élèves, ils n'ont pas de boulet à la cheville, c'est une vague estrade qui me sert de mirador et j'ai pas droit au fusil, sous peine d'avoir les parents d'élèves sur le dos. Pourtant, ce sont les mêmes détenus, qui se livrent aux trafics les plus louches dans la cour de récréation, s'organisent en gangs raciaux, vont à l'atelier muscu entre midi et cherchent à s'évader du lycée par n'importe quel moyen.
Bref, tout ça pour dire que mon boulot me retourne le coeur, que je suis malade en pensant à la rentrée des classes.
J'ai installé ma table à manger au milieu du salon et j'ai posé une longue nappe foncée par-dessus. Dans ma cabane, j'ai mis des coussins, une couverture toute douce, mon doudou (qui est, en fait, un mouton qui s'appelle Mouton), quelques illustrés, une lampe de poche et un paquet de biscuits. Là-dedans, personne ne me retrouvera jamais, je suis super bien cachée. Des amis m'ont bien proposé leur cave ou leur grenier en Alsace, en zone libre, mais j'ai peur que si les méchants gens qui sont dans les panzers de l'Education Nationale les menacent de tuer leurs enfants ou leur chat, ils me dénoncent, ce qui est normal, pour les chats, s'entend. Alors que dans ma cabane, personne ne peut me trouver. Le lycée et Paris n'existent plus. C'est chouette !
A part rester planquée au fond de ma cachette secrète, je ne peux rien faire. Je n'ai pas assez d'argent de côté pour soudoyer un fonctionnaire qui me trouvera un poste au Lycée Ste Clotilde. Je ne peux pas coucher puisque le recteur de l'académie de Strasbourg est une femme. Et je ne peux pas démissionner car j'ai le crédit de ma Golf à payer. J'ai bien essayé de me reconvertir mais, même à la poissonnerie du Simply Market, c'est bouché. On m'a proposé de bosser dans un bar mais bosser dans un bar, passé 30 ans, ça fait mère maquerelle pochetronne, surtout pour le SMIC. Et puis, c'est pas très valorisant de changer des fûts de bière ambrée et d'essuyer des tables. J'ai aussi répondu à une annonce pour être prof d'Anglais dans un Lycée de garçon juif intégriste, mais ils ne cherchaient quelqu'un que pour 5 heures par semaine, et je ne me voyais pas bien bosser avec un chapeau, une jupe bleu marine et des collants blancs. Je peux aussi essayer de me vendre en mettant une annonce géante sur les panneaux publicitaires de Strasbourg et de Navarre et les bus de la CTS, ou bien jouer à l'Euro Millions, mais ça me paraît un peu plus hasardeux.
Alors je profite de mes derniers jours de vacance pour laisser des e-CV un peu partout. Et, dans ma cabane sous la table, j'ai fait un petit autel à ma bonne étoile, avec des bougies chauffe-plats, de l'encens et des fruits que j'ai achetés au Franprix. Ca couplé à des incantations vaudoues et à l'allumage de cierges à la cathédrale de Lisieux. Ca va peut-être fonctionner. Comme on dit, en cette période de Ramadan, Inch'Allah !

5 commentaires:

  1. Oserais-je dire : "courage ! c'est un nouveau départ après une première année pourrie, ça va peut-être être mieux que tu ne le crains" ??
    Difficile... ;-)

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  2. Komm fow ze lâst ouikennd if iou ouant... meybi it ouont weyn! oui coude celebweyte iow ...'tyth beurzdey! it woud bi feuni! A hav eu litteul gift fow iou... So, iou no, Tchawlot end iou awe ouelcome tou aouw pleyce...
    baille! (baille de ouey, baille sims tchao in inglich...)

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  3. si je gagne au loto, je te paye ta golf ;), courage la grande...fais ce que tu aimes faire, y a pas d'autre moyen

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  4. Merci, René... Bouuuuuuuuuuuuuuuuhouuuuuuuuuuuuuhooooooouuu !!!

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  5. so Mgz, iow "pwéwentwée" , waz it az owfoul az iou çouwt?

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