C'est vrai, quoi ! En Alsace, il fait super beau et chaud. Inutile de réserver un billet d'avion des mois à l'avance en s'énervant sur des sites low cost tout en se demandant s'il faut prendre l'assurance-annulation, puisqu'on y accède en voiture par la RN4. C'est all inclusive et on ne se chope pas la tourista pendant 3 jours en arrivant. On ne part pas avec quelques potes qui vont vous prendre la tête au bout d'une semaine, ils sont tous sur place. Il n'y a pas la mer, mais c'est très surfait, la mer. En plus, c'est dégueu, tout le monde pisse dedans, c'est envahi de cagoles et ça pue le monoï. Sans compter les familles qui s'installent à 1m de votre serviette, vous balancent du sable dessus en se déshabillant, vous offrent le spectacle ignoble de leur graisse rougeaude et les odeurs de leurs sandwiches aux oeufs, et vous avez de la chance si vous ne vous prenez pas le ballon de leurs gamins dans la figure.
Non, en Alsace, on est bien au-dessus de tout ça. Nous, on a
l'amer. Et l'amer, c'est quand même autre chose. Enfin, plus que de l'amer, c'est du Picon. Et le Picon, c'est bon. Le Picon, c'est fédérateur. C'est le gage d'une soirée réussie, quand il est associé à une bonne Meteor et pas à une Stella Artois toute pourrie. Mes amis le savent bien ! Alors quand ils savent que j'arrive, vite ils vont faire le plein, et ils font super gaffe à ne pas acheter inconsidérément de la Bavaria, de la Sol, de la Despé et autre cochonnerie houblonnière.
Chez Hélène, il s'accompagne de tranchettes de sauciflard, de tomates cerises, de cubes de Comté et d'olives. Il se boit assis en tailleur sur le tapis, à même la table basse, avec le chat en background qui mâche les tiges de papyrus émergeant d'un vase. Chez Hélène, le Picon ouvre l'esprit. C'est le moment que nous choisissons pour parler d'archéologie grecque, pour nous souvenir des anecdotes du lycée et pour analyser le monde, tout en feuilletant le Guide de la parfaite ménagère des années 60. Le Picon d'Hélène est parfois suivi d'une flammeküeche, mais le plus souvent, il tient lieu de repas. Il est frugal, spartiate, délicieux et littéraire.
Chez Nathalie et Olivier, il se boit en terrasse pendant que le barbecue fait des braises dans le jardin. On l'esponge de bretzels et de sticksies. Il devient la tisane dans laquelle Proust trempait sa madeleine. Tout à coup, autour de soi, le paysage se transforme, on aperçoit les colombages des maisons de la Wantzenau, l'odeur du fumier nous parvient, portée par la brise, et les moustiques débarquent, mais on ne leur en veut pas car ce sont des moustiques du bord de l'Ill, des moustiques alsaciens...
Mes parents le servent à l'apéro, avec quelques olives. Il est posé sur la longue table, dans le jardin, entre le Muscat de Rivesaltes et le jus d'orange, et il est invariablement suivi d'un plat roumain, des feuilles de vigne farcies, de la polenta et une purée d'aubergines. Ca n'a rien à voir avec la choucroute, mais ce doit être la mixité des cultures. Chez mes parents, on est à mi-chemin entre la Delta du Danube et l'Alsace.
Par contre, lorsque je vais manger du rosbif au Cheval Blanc avec mon médecin généraliste , avant d'aller à la Fête de la Bière de Schiltigheim, il donne lieu à controverse et grincements de dents, car on a l'outrecuidance de nous servir du Cynar à la place du Picon et ça, c'est une véritable hérésie.
Hérésie aussi le sirop litchee-mandarine que j'ai aperçu à côté du frigo du bar du Festival de Léz'Arts Scéniques de Sélestat où j'ai travaillé trois jours bénévolement. La notice indiquait qu'il servait à rehausser le goût du Picon. Mais tout le monde sait bien que le Picon ne se sert qu'accompagné de bière et, éventuellement, d'un trait de sirop de citron. Un serveur aguerri n'omettra jamais de demander ohne oder mét ? à son client assoiffé. Avec ou sans (citron). En Alsace, il y a deux écoles.
Avec Huguette, on n'a jamais réussi à en boire car on se retrouve toujours trop tôt au Snack Michel, quand elle sort de France Bleu Alsace. On n'a guère le choix que de prendre un jus d'oranges pressé ou un café rallongé pour commenter ses chroniques. Alors je retourne au Snack à midi, avec mon Tonton Christian, et on l'accompagne d'une salade mixte.
A côté de ceux-là, il y a aussi mes amis un peu plus français, ou un peu moins alsaciens, qui ne considèrent pas le Picon comme une religion.
Sandra sert de la biè
re allemande sur son balcon colmarien. Kim prépare des Moloko, même si c'est pas exactement la recette d'Orange Mécanique, et on les déguste dans sa crypte, entouré d'un lit de morgue, d'une chaise roulante, d'une chaise percée et de quelques chatons morts-nés flottant dans de minuscules bocaux de formol, recroquevillés autour de leurs petites moustaches. Avec Romain, c'est de la 1664 avec des radis. Laurent aime boire des pintes de Carlsberg à la terrasse du Molly Malone, à côté du kiosque à journaux de la Place d'Austerlitz, avec un énorme saucisson au poivre, ses cornichons et sa moutarde. Samantha propose un Nespresso (what else ?) sur son toit-terrasse de la Krutenau. Et Christine et Nicolas comblent leurs hôtes avec un florilèges de boissons multicolores.
Voilà. Aujourd'hui, je suis à Paris. Si on me demande ce que j'ai fait de mes vacances, je peux répondre manger, boire et refaire le monde. Comme le dit Esaïe, "Mangeons et buvons, car demain nous mourrons.". Aujourd'hui, je suis à Paris et je suis morte. Je suis tellement grosse que je ne vois plus mes pieds (merci la choucroute aux trois poissons de la Maison Kammerzell, les tartes flambées des Brasseurs et les cervelas obernois de Nico !), je ne monte mes pantalons pas plus haut que mes genoux et j'ai l'air d'une patate marrante sur toutes mes photos. J'ai tellement bu que si un médecin lit le taux de Gamma GT sur mes analyses sanguines, il me précipite aussi sec dans une ambulance qui me conduira tout droit dans un sanatorium des Pyrénées. J'ai vendu ma moto pour renflouer mes caisses. Il pleut comme vache qui pisse. J'ai enfilé des chaussettes en pilou. Je bois de la tisane "Taille de guêpe" qui sent la crevette rance. Mes cours et mon matériel pédagogique prennent la poussière dans un coin et Charlotte et moi n'avons pas encore trouvé de nouvel appartement dans le 7-8. Au lieu de faire des choses constructives, je visionne les photos de mes vacances en soupirant. Je repense au Musée Tomi Ungerer, au vide-grenier de Waltembourg et aux maisons troglodytiques de Graufthal, à toute ma belle Alsace que j'ai fait découvrir à Charlotte. Je me demande ce que nous faisons dans ce trou perdu qu'est l'Ile-de-France. Je l'ai toujours dit, le climat insulaire n'est bon pour personne. Mais bon, y'a des jours avec et des jours sans . Ohne oder mét ? Perso, j'ai toujours bu mon Picon avec...
Chez Nathalie et Olivier, il se boit en terrasse pendant que le barbecue fait des braises dans le jardin. On l'esponge de bretzels et de sticksies. Il devient la tisane dans laquelle Proust trempait sa madeleine. Tout à coup, autour de soi, le paysage se transforme, on aperçoit les colombages des maisons de la Wantzenau, l'odeur du fumier nous parvient, portée par la brise, et les moustiques débarquent, mais on ne leur en veut pas car ce sont des moustiques du bord de l'Ill, des moustiques alsaciens...
Mes parents le servent à l'apéro, avec quelques olives. Il est posé sur la longue table, dans le jardin, entre le Muscat de Rivesaltes et le jus d'orange, et il est invariablement suivi d'un plat roumain, des feuilles de vigne farcies, de la polenta et une purée d'aubergines. Ca n'a rien à voir avec la choucroute, mais ce doit être la mixité des cultures. Chez mes parents, on est à mi-chemin entre la Delta du Danube et l'Alsace.
Par contre, lorsque je vais manger du rosbif au Cheval Blanc avec mon médecin généraliste , avant d'aller à la Fête de la Bière de Schiltigheim, il donne lieu à controverse et grincements de dents, car on a l'outrecuidance de nous servir du Cynar à la place du Picon et ça, c'est une véritable hérésie.
Hérésie aussi le sirop litchee-mandarine que j'ai aperçu à côté du frigo du bar du Festival de Léz'Arts Scéniques de Sélestat où j'ai travaillé trois jours bénévolement. La notice indiquait qu'il servait à rehausser le goût du Picon. Mais tout le monde sait bien que le Picon ne se sert qu'accompagné de bière et, éventuellement, d'un trait de sirop de citron. Un serveur aguerri n'omettra jamais de demander ohne oder mét ? à son client assoiffé. Avec ou sans (citron). En Alsace, il y a deux écoles.
Avec Huguette, on n'a jamais réussi à en boire car on se retrouve toujours trop tôt au Snack Michel, quand elle sort de France Bleu Alsace. On n'a guère le choix que de prendre un jus d'oranges pressé ou un café rallongé pour commenter ses chroniques. Alors je retourne au Snack à midi, avec mon Tonton Christian, et on l'accompagne d'une salade mixte.
A côté de ceux-là, il y a aussi mes amis un peu plus français, ou un peu moins alsaciens, qui ne considèrent pas le Picon comme une religion.
Sandra sert de la biè
re allemande sur son balcon colmarien. Kim prépare des Moloko, même si c'est pas exactement la recette d'Orange Mécanique, et on les déguste dans sa crypte, entouré d'un lit de morgue, d'une chaise roulante, d'une chaise percée et de quelques chatons morts-nés flottant dans de minuscules bocaux de formol, recroquevillés autour de leurs petites moustaches. Avec Romain, c'est de la 1664 avec des radis. Laurent aime boire des pintes de Carlsberg à la terrasse du Molly Malone, à côté du kiosque à journaux de la Place d'Austerlitz, avec un énorme saucisson au poivre, ses cornichons et sa moutarde. Samantha propose un Nespresso (what else ?) sur son toit-terrasse de la Krutenau. Et Christine et Nicolas comblent leurs hôtes avec un florilèges de boissons multicolores.Voilà. Aujourd'hui, je suis à Paris. Si on me demande ce que j'ai fait de mes vacances, je peux répondre manger, boire et refaire le monde. Comme le dit Esaïe, "Mangeons et buvons, car demain nous mourrons.". Aujourd'hui, je suis à Paris et je suis morte. Je suis tellement grosse que je ne vois plus mes pieds (merci la choucroute aux trois poissons de la Maison Kammerzell, les tartes flambées des Brasseurs et les cervelas obernois de Nico !), je ne monte mes pantalons pas plus haut que mes genoux et j'ai l'air d'une patate marrante sur toutes mes photos. J'ai tellement bu que si un médecin lit le taux de Gamma GT sur mes analyses sanguines, il me précipite aussi sec dans une ambulance qui me conduira tout droit dans un sanatorium des Pyrénées. J'ai vendu ma moto pour renflouer mes caisses. Il pleut comme vache qui pisse. J'ai enfilé des chaussettes en pilou. Je bois de la tisane "Taille de guêpe" qui sent la crevette rance. Mes cours et mon matériel pédagogique prennent la poussière dans un coin et Charlotte et moi n'avons pas encore trouvé de nouvel appartement dans le 7-8. Au lieu de faire des choses constructives, je visionne les photos de mes vacances en soupirant. Je repense au Musée Tomi Ungerer, au vide-grenier de Waltembourg et aux maisons troglodytiques de Graufthal, à toute ma belle Alsace que j'ai fait découvrir à Charlotte. Je me demande ce que nous faisons dans ce trou perdu qu'est l'Ile-de-France. Je l'ai toujours dit, le climat insulaire n'est bon pour personne. Mais bon, y'a des jours avec et des jours sans . Ohne oder mét ? Perso, j'ai toujours bu mon Picon avec...

SOMMER !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
RépondreSupprimerRhaaa mais il manque le ti'punch chez Louise et Guillaume !! Punaise quand on relit ce message, on se dit qu'on est en osmose, dans le même mood quoi ! La rentrée dans deux jours, les photos de nos vacances qui nous dépriment et la choucroute aux poissons qu'on n'a pas eu le temps de manger à la maison Kammerzell... Au moins dis-toi que pour toi, l'Alsace n'est qu'à 5h de route !
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