vendredi 8 octobre 2010

One day in the life of Virginia.

Quand le réveil me hurle dessus à 5h30 du matin, déjà, c'est trash. Après le week-end où je reprends mon rythme biologique, je passe une semaine faite de privations et de renoncements, une semaine de stoïcien spartiate.
Je me lève, hagarde, et me fais couler un café que je bois, assise en tailleur devant mon ordi, avec mon pot de Nutella. Dehors, il fait encore nuit, et c'est à vous désespérer d'être venu au monde. Puis, je partage un moment de complicité avec mes chattes. Agrippine m'accompagne toujours faire pipi en ronronnant tout ce qu'elle peut. Microchmer fait la crêpe en attendant que je lui laboure le dos. J'embarque ensuite mon mug avec moi tandis que je me fais couler un bain, tant il fait trop froid pour prendre une douche. Je tente tant bien que mal de me rendre forme humaine, à grands coups de truelle, de parfum, d'oripeaux et de colifichets. Et je chancelle vers la rue. Il est 6h30. Parfois, je suis tellement décalquée que, lorsque j'arrive à ma voiture, je me rends compte que ma jupe est coincée dans mon collant et que j'ai traversé Levallois les fesses à l'air. Heureusement, à cette heure-ci, y'a pas grand monde dehors. Je m'affale comme une bouse dans ma voiture et allume la radio. Le matin, j'écoute le Move. C'est drôle. Sur la route, je me rends compte que je ne suis pas la seule cloche à m'être levée avec les poules pour profiter de la circulation fluide. Je roule tranquillement, écoute les info, c'est réconfortant parce que des fois, ça parle de l'Alsace (avec l'histoire du type à Bischheim qui a cramé un Coran avant de pisser dessus pour l'éteindre) ou de la Lorraine ("ouais alors vous tracez une ligne de Bordeaux à Sarreguemines. Au-dessus, ce sera pluvieux, en-dessous, y'aura du soleil ! Evidemment, personne ne sait où est Sarreguemines, ici, hahaha ! Prenez un atlas, chers auditeurs !"). Ensuite y'a l'horoscope, un peu de musique, et là, je suis déjà à Port-Marly, la ville des Impressionnistes. Tous les matins, je me fais dépasser, sur la grande ligne droite limitée à 50, par une petite vieille d'au moins 90 ans en 106 vert bouteille qui trace sa mère. Les gens roulent quand même vachement vite par ici. C'est à se demander combien ont encore leur permis. Ou ça explique pourquoi on voit de plus en plus de Ligier.
Près de mon lycée, y'a une école primaire, avec un petit panneau lumineux qui mesure votre vitesse et vous fait un smiley content quand vous n'atteignez pas les 30km/h, c'est sympa.
Je suis toujours la première au lycée. Mais y'a toujours de la lumière dans les bâtiments. Je me demande bien qui l'allume. Ou bien c'est comme les frigo. La lumière s'allume quand on en ouvre la porte mais personne ne sait si elle s'éteint quand on la referme. Y'a peut-être un petit bonhomme dedans, un employé de la municipalité chargé des lanternes frigorifiques.
Moi, j'allume la salle des profs, après avoir traversé l'allée bordée de haies et m'être pris des toiles d'araignées sur la figure, en espérant secrètement que personne ne m'a vu gesticuler et m'agiter en tous sens pour vérifier qu'une veuve noire ne s'était pas jetée subrepticement dans mon col pour y pondre ses oeufs.
Je mets la photocopilleuse en route puis me sers un 25 (café tradicion, long, sans sucre, normal) à la machine à café. Je n'ai jamais aucune photocopie à faire le matin. Une photocopilleuse pour 100 prof, c'est maigre, et je préfère éviter le rush en les faisant le jeudi aprèm'. Alors je range un peu la salle des profs, qui est systématiquement dégueu parce que les prof laissent traîner leurs détritus partout (tracts syndicaux, chutes de papier, gobelets vides...), et on se demande aussi ce que fichent les femmes de ménage parce que le sol est répugnant. Y'a des papiers, des touffes de cheveux, des miettes de biscuit et de la poussière. Dans les couloirs qui mènent aux salles de classe, c'est pas mieux, y'a des bouteilles de soda vides, des papiers de barres chocolatées, des mouchoirs usagés, des bonbons écrasés... Bref, alors je range un peu. Puis arrivent la dame qui ramène la race de ramettes sur son chariot et le cuisinier cwéole. Je dis bonjour et me barre dans le bureau des prof de langues me faire un thé Earl Grey que je vais boire dans la cour, assise sur un banc en béton armé complètement foutu qui date de 1936, sous les marronniers. C'est mon petit moment quotidien de communion avec la nature. Je regarde le soleil se lever. Le ciel est orange et se reflète dans les vitres du bâtiment B. On dirait que le lycée est en feu. J'en profite pour répondre à mes sms tandis que quelques rares élèves arrivent et hibernent dans un coin, suivis du proviseur en trench beige, attaché-case, ponctuel et droit comme un i. Je reste là jusqu'à 8h25. La cloche sonne et je traîne ma vieille carcasse désabusée en cours. Ma salle n'a pas été nettoyée non plus. Je ferme les pans du grand tableau noir. De l'autre côté, il y a un petit tableau blanc et je n'écris qu'au feutre car le contact de la craie me hérisse autant le poil que le grès des Vosges. D'ailleurs, paraît que les tableaux noirs vont être supprimés cause allergies. C'est vraiment n'importe quoi ! Notre époque est formidable, les gens intentent des procès contre les fabricants de micro-ondes parce qu'il ont foutu leur chat dedans, les djeuns sont allergiques à tout, au lait, aux arachides, aux noisettes et à ta mère, et on vire les derniers vestiges d'une époque dorée, c'est abuser, et même si j'aime pas la craie.
Et puis mes cours se passent, parfois cahin, parfois caha, avec des élèves qui arrivent au compte-gouttes, qui rechignent à ôter leur couvre-chef, leurs écouteurs, à ranger leur téléphone, à poser leur sac par terre, qui se remaquillent et qui jalonnent mes explications grammaticales de "wèsch, madame, on m'a piqué mon portable, je m'assois pas tant qu'on me l'a pas rendu !", "wèsch, vas-y, parle-moi pas, là !" et autres "Nique ta mère !", "Sa mère la pute !", "Sur le Coran d'la Mecque !" et "Va t'faire enculer, sale bâtard !".
Finalement, la semaine de rentrée n'a été qu'une sombre farce, de la poudre aux yeux. Dans tous les lycées pro, je retrouve les mêmes demeurés.
Quand sonne la récré, je me sens comme dans la pub où un pauvre instit' s'affale dans son fauteuil en mangeant un Kinder Maxi après une leçon de flûte à bec cacophonique (ta race). "Les grands aussi ont besoin de douceur !". Je me précipite dans la cour pour 10mn de récré fin de siècle.
Une motte de Zaïroises font la ronde autour d'une poubelle. Les ébénistes à dreadlocks et pyjama africain fument un joint en-deçà de la zone fumeurs en écoutant de la musique à donf sur un baladeur high-tech. Quelques métalleux dépressifs errent çà et là, en New Rock et long manteau noir. Des couples white trash se roulent des pelles derrière les arbres. De grosses Marocaines en sweater vert, rouge et blanc font des youyous. Quelques Cwéoles avec des anémones de mer sur la tête et des habits jamaïcains zoukent près de l'administration. De grands Sénégalais se poursuivent. Des Maliennes au cul si rebondi qu'on y poserait sans risque sa pinte de bière allument des garçons en baggy qui leur tombe sur les genoux et découvrent leur boxer fluo, sûrement un peu douteux. De petits boutonneux de 3DP, plus petits que leur cartable, se retranchent dans un coin. Des sous-pétasses décolorées qui veulent faire leurs Parisiennes dans une tenue trouvée sur le marché, font les belles et se dandinent. Des profils CPPN boivent de la Bavaria en scrèd à côté d'un groupe de Portugais déguisés en wèsch avec une casquette énorme posée sur le sommet de leur crâne et sous laquelle ils planquent la marchandise qu'ils volent au Casino d'à-côté. Des Algériennes en tenue de yoga de Gabrielle Solis côtoient des Asiatiques à coupe de Viêt-Minh. Et partout, ça crache par terre. Je vais vérifier si mon BCG est à jour, j'ai pas envie de me choper la tuberculose.
Mes collègues CGTistes, aux dents noires de nicotine, évoquent la grève reconductible du 12 en tenue de Robert Hue. Des bus passent dans la rue. La cour est si grande que chaque clan, chaque gang, chaque tribu, peut se retrouver à loisir. On va grégairement vers qui est comme soi. Moi, je suis le plus souvent toute seule. A part Michel, le néo-titulaire d'Anglais, un grand échalas pince-sans-rire, qui fume ses cigarettes mentholées en tentant d'inviter ses collègues à des apéro chez lui (où je ne vais jamais car il habite loin et que je ne reprends pas la route si j'ai un peu bu), le prof d'ébénisterie qui va refaire les pieds des tables de chevets de Mamema, que j'ai récupérées, et qu'elle a sciées pour on ne sait quelle raison obscure, Eric, le prof d'Arts Appliqués, qui ressemble au type d'Easy Rider avec ses bottines en bébé cocodrille, sa queue de cheval et son slim violet, le prof d'histoire qui lit des BD, regarde des films d'horreur et écoute de la musique de quand j'étais jeune et un prof de Français fan des Sex Pistols et des Clash, les gens ne sont pas spécialement époustouflants.
Après la récré, je reprends pour 1h de cours avant la cantine. Je mange à 11h20. Je fais la queue avec les élèves qui sentent des cheveux et la transpi rance, puis essaie de grapiller 2 entrées, parce que je ne prends pas de dessert (les Flanby et les bananes, bof) et parviens à me réjouir des coquillettes, du riz, de la poêlée méridionnale, des steaks hachés et de la pintade car, même si c'est pas hyper délicieux, c'est toujours moins pire que la cantine halal de l'année dernière, ses brochettes de mouton, ses nuggets de poulet et son poisson carré. J'ai toujours sur moi de petits sachets de sel chipés au Burger King d'Offenburg, parce qu'avec leurs nouvelles directives de manger moins gras, moins salé, moins sucré, c'est un peu fadasse. Je mange au lance-pierre car je n'ai que 55mn.
L'aprèm, c'est rebelote.
Je me barre à 16 ou 17h sans demander mon reste, salue la famille chats près du parking et me laisse tomber, sans vie, dans ma voiture, prête à affronter mon heure de route, fatigante, bien que jolie, parce que même s'il y a de la circulation, c'est dans la forêt, et les arbres sont toujours plus grands que les voitures. Pour le retour, j'écoute Nova, parce que je suis crevée et qu'il n'y a quasiment pas de pub. C'est du trip-hop, ou des reportages édifiants sur la garde-à-vue ou Janis Joplin.
A Levallois, je bazarde ma voiture dans le premier coin que je trouve et galope chez moi m'occuper de ma ferme avec un petit apéro et mes plantigrades. Le soir, je ne suis généralement plus bonne à rien, je ne fonctionne plus. Mais je puise dans mes réserves pour aller voir Charlotte avec qui on se fait des dîners presque parfaits de curry de St Jacques ou de hamburgers maison à vous faire grimper votre taux de cholestérol en 2-2. Ou bien je reste chez moi, calfeutrée sous ma couette, avec Dexter ou Grisom.
Tout cela n'est-il pas follement excitant ?

2 commentaires:

  1. Ouane dey ine maille layfe:
    Ièsteuwdey, ite ouaz ze feuwst centchuwy of maille olde scoule, iou no, end aille mète some pioupils ou as gwon eup... zey awe 19, naou... zey awe bioutifoul, hapi, end sukxessfoul ine zeiw layfe... Zey keyme djeust tou si mi end John Piteuw, ite ouaz aousomme! dats ouaille aille dou dix djob... Aille ad ze baiste dey eveuw in maille keuwiiiir.... Aille ope iou ouill endjoy eu dey layke dix ouane, ouane dey...

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  2. Iesse, ay no, iou aw leuqui. Beut iou weuk ouiz tchildweun, its isieuw fow iou. Som of may pioupeulz go tou djèyl, iou, no ! Beut ay howp ze fioutcheuw ouil bi béteuw !

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