Y'a des jours comme ça, sombrement pitoyables, où on se retrouve à boire une pinte de Pelforth tout seul à la terrasse chauffée d'un bar inconnu, dans une rue inconnue, en picorant des chips Leader Price. Y'a des jours tristes comme les chansons tristes. Des jours où on n'est pas vraiment gai comme un pinson. D'ailleurs, pourquoi les pinsons devraient-ils toujours être gais ? Et quand on voit celui de la photo, il fait plutôt une tête d'enterrement...
Les gens rentrent chez eux après leur journée de travail. Certains s'arrêtent à la charcuterie acheter une tranche de jambon pour le souper ; d'autres promè
nent leur chien ; des vieux flânent ; des groupes de djeuns passent, portable dans une main, sachet rempli de bouteilles d'alcool pour faire la teuf dans l'autre ; des Juifs en costume noir et kippa se préparent pour shalomer Shabbat ; et des milliards de magnifiques familles aryennes avancent, derrière leur poussette Mac Laren de compétition, chargée de gosses et de paquets remplis de financiers à la pistache et de tartelettes aux abricots de chez Kayser. A côté de moi, deux copines des Arts Déco rigolent comme des baleines en sirotant une caïpirinha. A côté d'elles, deux pédés magnifiques en vestes de hussards se sifflent un kir. A côté d'eux, une bande de potes, tout sourire, parlent webmasters et golden parachutes. Ben oui, sur les terrasses à Paris, tout le monde est assis en rang d'oignons, avec vue imprenable sur la rue brillante de pluie, les bagnoles cabossées, des bicyclettes sans selle et des cacas de chiens.
nent leur chien ; des vieux flânent ; des groupes de djeuns passent, portable dans une main, sachet rempli de bouteilles d'alcool pour faire la teuf dans l'autre ; des Juifs en costume noir et kippa se préparent pour shalomer Shabbat ; et des milliards de magnifiques familles aryennes avancent, derrière leur poussette Mac Laren de compétition, chargée de gosses et de paquets remplis de financiers à la pistache et de tartelettes aux abricots de chez Kayser. A côté de moi, deux copines des Arts Déco rigolent comme des baleines en sirotant une caïpirinha. A côté d'elles, deux pédés magnifiques en vestes de hussards se sifflent un kir. A côté d'eux, une bande de potes, tout sourire, parlent webmasters et golden parachutes. Ben oui, sur les terrasses à Paris, tout le monde est assis en rang d'oignons, avec vue imprenable sur la rue brillante de pluie, les bagnoles cabossées, des bicyclettes sans selle et des cacas de chiens.Charlotte est partie pour le week-end à Rambouillet faire des ourlets de jeans avec sa mère, assister à la Sainte Messe et boire des whiskies très chers avec son père. David m'a fichue dehors de l'apparte car il reçoit et que je suis indésirable dans ses sauteries de sacs à vin où l'on cause bonnasses, MILF et concerts dans le vent.
Alors je suis là, toute toute seule, sous l'espèce de toaster rougeoyant qui me crame la nuque, dégagée depuis hier façon teckel à poils ras. Je suis là dans ma bulle et j'observe tous ces gens qui vivent ma vie d'avant. Une vie chouette et drôle, pleine de ragots croustillants, d'apéros improvisés qui s'éternisent jusqu'au chant des oiseaux, de jolis copines, de copains rigolos et de projets surréalistes. Cette vie-là a disparu. Ah, mais après avoir passé des mois à faire ma mauvaise tête, j'ai bien essayé de m'intégrer, de rencontrer, d'organiser ! J'ai invité des amis à manger mon fameux colombo aux épices de Guyane, mais ils ont décliné, décrétant qu'un bon Parisien ne franchissait pas le périph'. Moi je dis plutôt qu'un bon Parisien est un Parisien mort. En plus, les gens en question sont un couple qui vient du Sud-Ouest et de Franche-Comté, alors faut pas pousser mémé dans les orties non plus ! J'ai miteusement tenté de passer par Facebook pour organiser des apéros saucisson-pinard, mais les seuls qui m'ont répondu étaient à 489km de moi...
Tout ça pour dire qu'il est des jours où je me sens bien seule. Ce doit être le propre des grandes villes que d'empêcher les gens de tisser des liens. Et quand je vois toutes ces familles unies qui rentrent chez elles déguster une bonne soupe de légumes, si épaisse que la cuiller tient toute seule dedans, avant de regarder un vieux film tout moisi sur TF1, calfeutrés sous un plaid réconfortant, j'ai le moral dans les chaussettes. En fait, je déteste ces familles qui ne sont pas la mienne. Je veux rentrer chez moi, avoir 7 ans et courir entre les chaises, que mon papa vienne me chercher à l'école grise en luge, arriver à la maison et sentir l'odeur de la tarte aux pommes. Je veux refaire des apéros-pickles chez ma soeur, avec Richard qui ne laisse personne en placer une et leur clébard qui furette partout. Je veux m'occuper du barbecue dans le jardin de Phalsbourg, avec Louise et Guillaume qui racontent les histoires de matoutous de Guyane, Albert qui me fait part de ses cas pratiques de Licence de Droit, Jonathan, Christine et mes neveux sur leur petit tracteur en plastique. Je veux revoir mes chats morts, Carabouch, Abribus, Marmouchat. Je veux revoir les vaches dans mon pré, chercher du lait à la ferme où je m'étais fait griffer par un chat qui avait la rage et même qu'on avait dû m'emmener d'urgence à l'Institut Pasteur de Strasbourg pour me faire un vaccin antirabique. Je veux faire du biclou autour des fortifications de Vauban et sous la Porte d'Allemagne où sont passés Napoléon puis Hitler, et sans doute Erckmann et Chatrian. Je veux faire mine de m'intéresser aux cartes postales anciennes et aux éditions reliées de mon père. Je veux faire la brocante d'Oberhausbergen où traînent mollement tous les red necks du coin habillés en Johnny. J'en ai marre des gens d'ici.
J'en suis à ma deuxième pinte. Pour la peine, j'ai eu droit à des nachos avec un tout petit ramequin de sauce rouge piquante. J'ai froid. J'ai le nez qui coule et la nuit est tombée. La Pelforth, c'est quand même pas la Meteor, ni la bière de la Licorne ! La rue est presque déserte. Deux-trois scotères, un dernier moutard avec son ballon MacDo à la main. Les cruchasses d'à côté s'en vont, sans me saluer, alors que je leur ai prêté mon briquet "Olympique Lyonnais" toute la soirée... CQFD... Alors je reste seule avec mon cahier encore un moment. Il y a qu'il faut écrire, écrire, écrire. Il y a que le Salut n'est qu'à ce prix.
Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blessent mon coeur
D'une langueur
Monotone
Tout suffocant
Et blême quand
Sonne l'heure
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure
Et je m'en vais
Au vent mauvais
Qui m'emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.
Alors je suis là, toute toute seule, sous l'espèce de toaster rougeoyant qui me crame la nuque, dégagée depuis hier façon teckel à poils ras. Je suis là dans ma bulle et j'observe tous ces gens qui vivent ma vie d'avant. Une vie chouette et drôle, pleine de ragots croustillants, d'apéros improvisés qui s'éternisent jusqu'au chant des oiseaux, de jolis copines, de copains rigolos et de projets surréalistes. Cette vie-là a disparu. Ah, mais après avoir passé des mois à faire ma mauvaise tête, j'ai bien essayé de m'intégrer, de rencontrer, d'organiser ! J'ai invité des amis à manger mon fameux colombo aux épices de Guyane, mais ils ont décliné, décrétant qu'un bon Parisien ne franchissait pas le périph'. Moi je dis plutôt qu'un bon Parisien est un Parisien mort. En plus, les gens en question sont un couple qui vient du Sud-Ouest et de Franche-Comté, alors faut pas pousser mémé dans les orties non plus ! J'ai miteusement tenté de passer par Facebook pour organiser des apéros saucisson-pinard, mais les seuls qui m'ont répondu étaient à 489km de moi...
Tout ça pour dire qu'il est des jours où je me sens bien seule. Ce doit être le propre des grandes villes que d'empêcher les gens de tisser des liens. Et quand je vois toutes ces familles unies qui rentrent chez elles déguster une bonne soupe de légumes, si épaisse que la cuiller tient toute seule dedans, avant de regarder un vieux film tout moisi sur TF1, calfeutrés sous un plaid réconfortant, j'ai le moral dans les chaussettes. En fait, je déteste ces familles qui ne sont pas la mienne. Je veux rentrer chez moi, avoir 7 ans et courir entre les chaises, que mon papa vienne me chercher à l'école grise en luge, arriver à la maison et sentir l'odeur de la tarte aux pommes. Je veux refaire des apéros-pickles chez ma soeur, avec Richard qui ne laisse personne en placer une et leur clébard qui furette partout. Je veux m'occuper du barbecue dans le jardin de Phalsbourg, avec Louise et Guillaume qui racontent les histoires de matoutous de Guyane, Albert qui me fait part de ses cas pratiques de Licence de Droit, Jonathan, Christine et mes neveux sur leur petit tracteur en plastique. Je veux revoir mes chats morts, Carabouch, Abribus, Marmouchat. Je veux revoir les vaches dans mon pré, chercher du lait à la ferme où je m'étais fait griffer par un chat qui avait la rage et même qu'on avait dû m'emmener d'urgence à l'Institut Pasteur de Strasbourg pour me faire un vaccin antirabique. Je veux faire du biclou autour des fortifications de Vauban et sous la Porte d'Allemagne où sont passés Napoléon puis Hitler, et sans doute Erckmann et Chatrian. Je veux faire mine de m'intéresser aux cartes postales anciennes et aux éditions reliées de mon père. Je veux faire la brocante d'Oberhausbergen où traînent mollement tous les red necks du coin habillés en Johnny. J'en ai marre des gens d'ici.
J'en suis à ma deuxième pinte. Pour la peine, j'ai eu droit à des nachos avec un tout petit ramequin de sauce rouge piquante. J'ai froid. J'ai le nez qui coule et la nuit est tombée. La Pelforth, c'est quand même pas la Meteor, ni la bière de la Licorne ! La rue est presque déserte. Deux-trois scotères, un dernier moutard avec son ballon MacDo à la main. Les cruchasses d'à côté s'en vont, sans me saluer, alors que je leur ai prêté mon briquet "Olympique Lyonnais" toute la soirée... CQFD... Alors je reste seule avec mon cahier encore un moment. Il y a qu'il faut écrire, écrire, écrire. Il y a que le Salut n'est qu'à ce prix.
Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blessent mon coeur
D'une langueur
Monotone
Tout suffocant
Et blême quand
Sonne l'heure
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure
Et je m'en vais
Au vent mauvais
Qui m'emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.

bordel la Grande c'est la loose, si tu verses une larme en pensant à Troll c'est grave, gonfle les poumons et souffle dans les voiles !
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