mercredi 3 novembre 2010

Catholique, ta mère.

A part dans le brouillard londonien, il n'y a nulle part où la vie est toute grise. Elle est noire ou elle est blanche. C'est le yin et le yang. L'Enfer ou le Paradis. Enfin la mienne, en tout cas. Et peut-être aussi celle des quelques personnes que je côtoie.
Les vacances d'Halloween sont terminées. Terminés les expéditions au Col de la Charbonnière pour manger une salade mixte au soleil, les dégustations de liqueur d'aspérule chez Nussbaumer, les roulades dans les tapis de feuilles mortes, les tartes flambées aux Brasseurs, le jarret braisé à la bière de la Fischerstub, la soupe réconfortante de ma mère, la torche aux marrons de chez Christian, le vent glacial qui tourne autour de la cathédrale, les soirées chez Hélène dans la douce lueur de la bougie parfumée au chocolat chaud.
Je suis de retour en Enfer. Mais c'est normal. Le XXIème siècle se devait d'être religieux, sous peine de ne pas être. Et je n'ai jamais connu autant de religiosité malsaine et de fanatisme que depuis que je suis ici. A la rigueur, à Strasbourg, y'avait bien Mamema qui allait à l'église le dimanche, qui écoutait les discours de Jean-Paul II à la télé et allait à Lourdes au mois d'août avec une copine. Mais, très honnêtement, je suis pas sûre qu'elle entravait grand'chose à tout ce prêchi-prêcha. Elle allait à la messe pour avoir l'occasion de mettre son vison et son beau chapeau de Paris, et être catholique, ça se faisait dans les campagnes alsaciennes, la branche sur le crucifix, le chapelet de Lisieux sur la table de chevet et l'eau bénite dans le buffet. A côté de ça, ça l'empêchait pas d'être mauvaise comme la gale. Un jour, je l'ai accompagnée à la messe, à l'église de Trois-Maisons. Elle m'a filé la moitié de son ostie, espérant sans doute assurer ma rédemption future. C'était tellement dégueu que j'ai failli vomir, mais elle m'a interdit de la cracher et j'ai eu un sale goût dans la bouche toute la journée. Une autre fois, je l'ai accompagnée à l'enterrement d'une vieille cousine à Heiligenberg. Ce jour-là, j'ai fait tomber le panier à offrandes par terre dans un terrible bruit de piécettes, rebondissant sur les dalles en pierre, au milieu de l'assemblée éplorée. Après, nous sommes allées au cimetière et, pendant qu'on mettait cette pauvre dame dans son trou, Mamema, ayant retrouvé ses potes d'enfance, tournicotait dans les allées en critiquant le choix des fleurs posées sur la tombe de Madame Schmidt, le choix de la pierre tombale de Madame Klein ou la tenue de la fille de la défunte, qui ne convenait assurément pas à une bonne catholique.
Bref, ça ne m'a jamais donné spécialement envie d'en être, surtout qu'elle se battait comme une chiffonnière avec Papepa qui, lui, était protestant, mais qui s'en foutait royal, continuait à fumer sur le balcon et profitait de devoir faire les courses le matin pour aller se siffler son apéro au PMU de l'Esplanade en validant son tiercé.
Enfin bon, tout ça, c'était du folklore. Et puis, je suis arrivée ici. Quand j'étais petite, je rêvais d'avoir une machine à remonter le temps. Si j'avais su qu'il suffisait d'un billet de train Strasbourg-Paris pour atterrir en pleine médiévalitude ! Je ne croise presque plus de vraies gens, mais des faux dévots, entre des croisés en route vers Saint-Jack de Compostelle et des armées sarrasines. Mes braves Berthe et Alphonsine de la Vallée de la Bruche se sont transformées en horribles Marie-Bérangère Le Quesnoy pour qui être catholique est aussi snob qu'habiter Neuilly, qui sont au Rotary Club et jouent au bridge, participent aux bonnes oeuvres de la paroisse et offrent des couvertures aux indigents. Mais qui, à côté de ça, sont racistes comme pas deux et n'ont pas de meilleure occupation que de colporter les pires ragots du bourg autour d'un café et de cannelés-maison, en trifouillant leur collier de perles véritables. Tous ces hypocrites, ces marchands du Temple, ces faux prophètes, ces Pharisiens, qui se gargarisent du paraître, se pâment devant les beaux habits et l'encensoir du curé, sont en adoration devant une messe en Latin à laquelle ils n'entendent rien et chantent des cantiques en préparant leurs fêtes païennes... Quand je pense à tous ces pauvres enfants, envoyés dès leur plus jeune âge aux JMJ, comme on intégrait les Jeunesses Hitlériennes, ces enfants au destin aussi tracé que celui de la petite fille turque du fin fond de l'Anatolie qui se retrouvera mariée de force à un immonde vieux schnoque, parce qu'il a de l'argent ou des terres... Ah, le poids de la famille catholique, la petite médaille de baptême, la petite croix-croix en or pour la communion, et hop, vous voilà ferré, votre vie est foutue, un écart et the culpability business se met en branle car, évidemment, vous allez faire mourir votre mère de chagrin et, en plus, vous n'irez pas au Paradis. La belle affaire ! C'est comme ça que Jean-Eudes va épouser Marie-Cécile alors qu'il est PD comme un foc, qu'il va lui faire 3 mômes et prétextera des colloques pour traîner ses guêtres dans des claques gays du Marais, dans l'espoir d'y trouver un peu de vie, en priant secrètement pour ne pas y croiser Charles-Henri qui colporterait aussitôt la nouvelle sur les premiers bancs de l'église.
Moi, perso, tout ça, je m'en tape. L'Enfer, j'y suis déjà. Sûrement parce que j'ai été très, très , mais alors TRES méchante ! Dieu merci, jeudi prochain est un jour férié. Je rentre au Paradis. Et après moi le déluge. Enfin, si je raconte tout ça, c'est parce qu'une de ces bigotes m'a traitée de Satan, ou de Diable, je sais plus, m'enfin bon, ça revient au même, et les gens d'ici me surgavent.

2 commentaires:

  1. Aime ton prochain comme toi-même (mais quand même nettement moins, faut pas charrier...)
    Il vaut mieux donner que recevoir (surtout des baffes...)
    Honore ton père et ta mère... (Rends-les heureux au lieu de l'être toi-même...)
    Eh oui, Mgz, tout le monde sait que charité bien ordonnée commence par soi-même...
    Dieu bénisse Mai 68, bordel!

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  2. Hao kèn iou sèy ol zat, MGz, youeuw djouwich, wimèmbeuw ? Mazel Tov, MGz !

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