Depuis que je connais Arnaud, je découvre la région. Arnaud, il est cool. Il pense qu'il faudrait passer le monde au lance-flammes et, surtout, il a en horreur les transports en commun. Alors, parfois, le week-end, on part en expédition. En voiture.
La première fois, c'était à Chinatown. Enfin, ça s'appelle pas comme ça en vrai mais ça pourrait. C'est le quartier chinois de Paris. Il faut sortir du périph' à la "Porte d'Italie" et non pas à la "Porte dorée" ou à la "Porte des Lilas", même si ce serait plus logique. Après, il faut se garer, ce qui n'est jamais très amusant dans cette ville de malheur, mais Arnaud ne s'énerve jamais en voiture et peut tournicotter dans un même quartier pendant des heures à la recherche d'une pl
ace. Moi, j'aurais déjà fait demi-tour depuis longtemps. Mais lui, non.
Donc on a fini par trouver une place, même pas une place "handicapé" ni "livraison" ni "transports de fonds", non, une vraie, avec des traits blancs marqués autour, ce qui est extrêmement rare et cher, à l'instar du loir. Et on est sorti dans la rue. C'était carrément dépaysant. Bon, pas comme au Chinatown de New-York où des étals de poissons sont exposés sur les trottoirs en plein soleil, mais quand même. Y'avait que des enseignes écrites en Chinois, même celle du MacDo, des lampions rouges à pompons qui pendaient devant les boutiques et des Manekinekos dorés qui faisaient coucou au monde depuis leurs vitrines.
Comme on crevait de faim, on s'est installé à la terrasse microscopique d'un restaurant minuscule mignon comme tout. Sauf qu'un pigeon dégueu qui squattait juste sous le rebord du toit, pile au-dessus de notre table, a lâché une bouse énorme, molle et chaude sur ma main et mon appareil photo super cher. Il paraît qu'il y a une chance sur 1 million pour que ça arrive, et voilà... Quand je vous disais que Paris c'était pourri... Heureusement que j'avais des lingettes dans mon sac ! Et puis la vieille Chinoise, un peu de travers et propriétaire des lieux, nous a apporté deux plateaux magnifiques avec plein de petits bols décorés avec des trucs bizarres dedans, des crevettes énormes et des bouquets de coriandre. Une vraie photo en couverture du magazine Géo faisant un reportage sur Canton et ses restaurants sur pilotis, typiques et illuminés par un soleil irréel, probablement photoshopé. Je sais pas vraiment si y'a des pilotis à Canton mais bon. Nous, on n'avait pas de soleil irréel, il faisait même plutôt gris, mais j'ai aussi pris une photo avec mon appareil poisseux de fiente.
Après, on a fait un tour dans les épiceries et les boutiques des alentours. J'ai trouvé une sublime théière en fonte bleu canard à vil prix et des boules coco que j'ai englouties toutes les 4 le lendemain matin pour mon petit-déj'. Ca m'a foutu la gerbe pour la journée mais tant pis.
Puis on a tracé au Paris Store, l'Auchan asiatique. Les rayons de ce supermarché sont un enchantement. Visiblement, c'est là que se fournissent les chefs qui proposent de cabalistiques recettes tonkinoises aux hors-série de Elle Cuisine, parce qu'allez donc trouver du tamarin, du galanga, du fugu ou des cives au Suma...! Le seul problème de cet endroit, encore une fois, c'est qu'il y a la race de monde. L'Afrique et l'Asie tout entières viennent y acheter leurs denrées habituelles, ça encore, c'est normal, mais c'est parasité par des bobo parigots éco-citoyens, bio-équitables, ethnophiles et nomades de salon, en claquettes et tatouage maori sur la cheville...
Mais, le pire, et ça j'aurais pu m'en douter vu que je venais me faire chier dessus par ce satané pigeon, c'est qu'on est tombé nez à nez avec notre collègue Roger au rayon des patates douces. Roger est guadeloupéen, ou martiniquais, ou assimilé. Punaise, Paris est gigantesque et il a fallu qu'on tombât sur Roger. Roger, je pourrais le claquer. Déjà, il a pas l'air très net. Il est toujours tout seul au lycée, se balade avec un costard, un bonnet selbsstréckt et il donne des coups de pied dans les chaises de la salle des prof en criant "Fuck off !". Mais le pire c'est à la cantine. Il rapporte toujours son repas de chez lui, réchauffe son Tupp' au micro-ondes et s'installe au milieu de tous les collègues déjà attablés. Déjà, on se concentre tous pour essayer d'apprécier le pseudo-bourguignon du chef cuistot, mais lui, il débarque, ouvre le couvercle de son truc et là, c'est l'horreur parce qu'il se cuisine des trucs de son pays, sûrement à base de poisson fluo à poils, de mangue et d'oignons, et ça pue le pipi chaud, ou l'arrière-cour d'une poissonnerie, et l'espèce de fumet qui se dégage de son déjeuner nous prend à chaque fois à la gorge, tellement qu'on a alors l'impression de manger une raie manta bourguignonne. Donc voilà, on est tombé sur Roger et ça nous a tellement saoulés qu'on est parti sans demander notre reste avec juste du colorant rouge, du jus d'aloé vera et 2 Tsing-Tao qu'on a bues sur un banc en regardant jouer des enfants pauvres avant qu'il se mît à pleuvoir.
Pour ajouter à la bizarrerie de cette journée, en début de soirée, Arnaud a eu re-faim et a décidé que nous allions manger un "Grec". Ecartez immédiatement de votre esprit tout tzatziki ou autre moussaka car à Paris, un "Grec" est un kebab. Mais un kebab bien loin du savoir-faire ancestral byzantin et alsacien. Déjà, ce sont des Maghrébins qui tiennent boutique, mais peu importe le flacon, me disais-je, pourvu que j'aie mon demi-pain rond fait-maison et croustillant surmonté de graines de sésames, ma viande délicatement grillée, mes morceaux de tomate f
raîche gorgée de soleil, ma Batavia craquante, mes rondelles d'oignon, ma sauce blanche préparée le matin même par la mère de famille encore ensommeillée et mes paillettes de piment stambouliote. Mais que nenni ! Ces Marocains préparant sandwich turc appelé grec commencent par flanquer sur un plateau, genre Flunch avec une vague feuille set de table dessus, une espèce de boîte en polystyrène à la Quick. Puis ils vous tournent le dos pour couper leur viande sous une horloge en forme de Mecque incrustée de faux diamants jaunis et de petites pierres turquoises. Ils vous bazardent ça dans un pain industriel complètement mollasson avec 3 bouts de salade flétrie, un quartier de tomate racorni, et une rondelle d'oignon desséchée. A même le plateau, il vous jettent une poignée de grosses frites imbibées d'huile et vaguement rances et 4 mottes de sauces différentes aux noms trompeurs : "Kamikaze" (mayo industrielle + E110), "Mexicaine" (mayo industrielle + E111), "Grecque" (mayo industrielle + E112) ou "Américaine" (mayo industrielle + E113) et, pour 2€50, vous n'avez plus qu'à aller manger ça devant la porte, sur des tables en formica rouge pas essuyées, au milieu des mégots et des canettes d'Heineken pas débarrassée, à côté des poubelles et des voitures. Arnaud adore. Moi ça m'est resté 2 jours sur l'estomac, avec mes cheveux qui étaient imprégnés de graisse saturée.
Fort heureusement, les vacances de Pâques sont arrivées et j'ai pu me gaver de bonnes asperges diététiques et de choucroute aux poissons !
Donc on a fini par trouver une place, même pas une place "handicapé" ni "livraison" ni "transports de fonds", non, une vraie, avec des traits blancs marqués autour, ce qui est extrêmement rare et cher, à l'instar du loir. Et on est sorti dans la rue. C'était carrément dépaysant. Bon, pas comme au Chinatown de New-York où des étals de poissons sont exposés sur les trottoirs en plein soleil, mais quand même. Y'avait que des enseignes écrites en Chinois, même celle du MacDo, des lampions rouges à pompons qui pendaient devant les boutiques et des Manekinekos dorés qui faisaient coucou au monde depuis leurs vitrines.
Comme on crevait de faim, on s'est installé à la terrasse microscopique d'un restaurant minuscule mignon comme tout. Sauf qu'un pigeon dégueu qui squattait juste sous le rebord du toit, pile au-dessus de notre table, a lâché une bouse énorme, molle et chaude sur ma main et mon appareil photo super cher. Il paraît qu'il y a une chance sur 1 million pour que ça arrive, et voilà... Quand je vous disais que Paris c'était pourri... Heureusement que j'avais des lingettes dans mon sac ! Et puis la vieille Chinoise, un peu de travers et propriétaire des lieux, nous a apporté deux plateaux magnifiques avec plein de petits bols décorés avec des trucs bizarres dedans, des crevettes énormes et des bouquets de coriandre. Une vraie photo en couverture du magazine Géo faisant un reportage sur Canton et ses restaurants sur pilotis, typiques et illuminés par un soleil irréel, probablement photoshopé. Je sais pas vraiment si y'a des pilotis à Canton mais bon. Nous, on n'avait pas de soleil irréel, il faisait même plutôt gris, mais j'ai aussi pris une photo avec mon appareil poisseux de fiente.
Après, on a fait un tour dans les épiceries et les boutiques des alentours. J'ai trouvé une sublime théière en fonte bleu canard à vil prix et des boules coco que j'ai englouties toutes les 4 le lendemain matin pour mon petit-déj'. Ca m'a foutu la gerbe pour la journée mais tant pis.
Puis on a tracé au Paris Store, l'Auchan asiatique. Les rayons de ce supermarché sont un enchantement. Visiblement, c'est là que se fournissent les chefs qui proposent de cabalistiques recettes tonkinoises aux hors-série de Elle Cuisine, parce qu'allez donc trouver du tamarin, du galanga, du fugu ou des cives au Suma...! Le seul problème de cet endroit, encore une fois, c'est qu'il y a la race de monde. L'Afrique et l'Asie tout entières viennent y acheter leurs denrées habituelles, ça encore, c'est normal, mais c'est parasité par des bobo parigots éco-citoyens, bio-équitables, ethnophiles et nomades de salon, en claquettes et tatouage maori sur la cheville...
Mais, le pire, et ça j'aurais pu m'en douter vu que je venais me faire chier dessus par ce satané pigeon, c'est qu'on est tombé nez à nez avec notre collègue Roger au rayon des patates douces. Roger est guadeloupéen, ou martiniquais, ou assimilé. Punaise, Paris est gigantesque et il a fallu qu'on tombât sur Roger. Roger, je pourrais le claquer. Déjà, il a pas l'air très net. Il est toujours tout seul au lycée, se balade avec un costard, un bonnet selbsstréckt et il donne des coups de pied dans les chaises de la salle des prof en criant "Fuck off !". Mais le pire c'est à la cantine. Il rapporte toujours son repas de chez lui, réchauffe son Tupp' au micro-ondes et s'installe au milieu de tous les collègues déjà attablés. Déjà, on se concentre tous pour essayer d'apprécier le pseudo-bourguignon du chef cuistot, mais lui, il débarque, ouvre le couvercle de son truc et là, c'est l'horreur parce qu'il se cuisine des trucs de son pays, sûrement à base de poisson fluo à poils, de mangue et d'oignons, et ça pue le pipi chaud, ou l'arrière-cour d'une poissonnerie, et l'espèce de fumet qui se dégage de son déjeuner nous prend à chaque fois à la gorge, tellement qu'on a alors l'impression de manger une raie manta bourguignonne. Donc voilà, on est tombé sur Roger et ça nous a tellement saoulés qu'on est parti sans demander notre reste avec juste du colorant rouge, du jus d'aloé vera et 2 Tsing-Tao qu'on a bues sur un banc en regardant jouer des enfants pauvres avant qu'il se mît à pleuvoir.
Pour ajouter à la bizarrerie de cette journée, en début de soirée, Arnaud a eu re-faim et a décidé que nous allions manger un "Grec". Ecartez immédiatement de votre esprit tout tzatziki ou autre moussaka car à Paris, un "Grec" est un kebab. Mais un kebab bien loin du savoir-faire ancestral byzantin et alsacien. Déjà, ce sont des Maghrébins qui tiennent boutique, mais peu importe le flacon, me disais-je, pourvu que j'aie mon demi-pain rond fait-maison et croustillant surmonté de graines de sésames, ma viande délicatement grillée, mes morceaux de tomate f
Fort heureusement, les vacances de Pâques sont arrivées et j'ai pu me gaver de bonnes asperges diététiques et de choucroute aux poissons !

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