Comme j'écris des articles plutôt positifs ces derniers temps, d'aucuns penseront peut-être que j'ai fini par m'acclimater, dans ce trou à rat. Je vous arrête tout de suite : jamais de la vie ! J'essaie juste de ne pas finir complètement cinglée comme mon arrière-grand-mère Tatiana qu'on a retrouvée un jour errant le long d'un chemin et couverte de poux. Simplement, j'essaie de ne pas me lamenter et de me secouer les puces.
Y'a quelques temps, j'avais entendu sur Europe1 qu'ils cherchaient des gens pour bosser dans les lycées privés. Mon sang n'a fait qu'un tour. Je me suis précipitée sur le site du Rectorat de l'académie de Straßburg et j'ai vu qu'on était en plein dans les mutations ! La vache, que je me suis dit, voilà peut-être ma dernière chance de salut ! J'ai même pas pris le temps d'aller pisser, de me faire une tisane ou quoi, il fallait que je fisse mes voeux TOUT DE SUITE, des fois que le rectorat changerait d'avis, vous savez ce que c'est... Alors en 1, j'ai demandé le Gymnase Sturm, le beau lycée au centre de Strasbourg, genre celui où il faut inscrire son enfant avant même d'avoir l'idée de le concevoir, pour être sûr qu'il y ait une place. Heureusement que mon père n'était pas à côté de moi pendant ces opérations, je le vois d'ici, il m'aurait dit d'arrêter de péter plus haut que mon cul, mais qui ne tente rien n'a rien, et si je ne l'avais pas écouté quand j'étais jeune, je serais sans doute journaliste aujourd'hui, ou restauratrice d'oeuvres d'art, et pas une vulgaire prof d'Angloys. Alors j'ai quand même mis le Gymnase en 1. Bien fait ! En 2, j'ai choisi Notre Dame de Sion, ça me semblait providentiel. En 3, les Missions Africaines, à Haguenau, parce que ma copine Sonia y bosse déjà. En 4, Matzenheim, parce que je me souviens que quand je travaillais à Bischwiller, on récupérait des fois des gamins qui venaient de là-bas et, franchement, ils étaient tip top. En 5, l'école juive ORT, dans les beaux quartiers de Straßburg, comme ça j'aurais pris un bel appartement juste à côté et j'aurais pu aller travailler à pied. Et en 6, le lycée professionnel de Schiltigheim. Y'avait encore des tas d'autre postes dans le Haut-Rhin, mais faut pas exagérer non plus, on ne rentre pas en Alsace à n'importe quel prix.
Bon, ensuite, il fallait imprimer un formulaire à compléter et faire une lettre de motivation. J'ai pris ma belle plume biseautée Rotring à encre de Chine et je crois que j'ai passé la journée à calligraphier mes trucs en tirant la langue. J'ai réussi à en faire 5, à la fin j'en pouvais plus. Le lendemain, j'ai posté mes 5 enveloppes avec des beaux timbres sur les métiers d'art, juste avant de rentrer en Alsace pour les vacances de Pâques. Je me suis dit que j'avais bien le temps de peaufiner la dernière. Mais bon, j'ai traîné, j'ai traîné, perdant un peu courage quand même, genre bah, est-ce bien la peine d'envoyer cette dernière lettre, de toute façon, je suis fichue, personne ne voudra jamais plus de moi en Alsace, etc... Et puis, une après-midi où je m'ennuyais, je l'ai quand même finie et Hélène est partie la poster à la cathédrale. C'était la lettre pour Schiltigheim.
Deux jours plus tard, il faisait beau et je suis sortie m'acheter des souliers pour l'été. Je me suis ensuite retrouvée Place de l'Homme de Fer pour prendre le tram et rentrer et je me suis dit mince, mais c'est l'heure où Hélène rentre de Lyon et arrive à la gare, hop, je vais l'attendre. Alors je me suis installée sous l'abritram et c'est là que j'ai constaté avec effroi qu
e le centre ville de Straßburg devenait bien malfamé et qu'il commençait à ressembler de plus en plus à l'Île de France. Ca m'a fait froid dans le dos, malgré la chaleur ambiante. Heureusement, Hélène est arrivée et on a commencé à papoter dans le tram. Soudain, mon téléphone a sonné. A vrai dire, j'attendais un appel de mon amie Christine que je devais voir le soir même et, en décrochant, j'ai ouvert la bouche pour lui lancer un "Wèsch, bien ou bien ?", juste avant d'entendre une voix masculine : "Mademoiselle Ruppert ?". 1 seconde plus tard, c'était mort. J'ai tenté de garder bonne contenance malgré le vacarme ambiant et la batterie de mon iPhone qui menaçait de me lâcher à tout moment. J'avais rendez-vous à Schiltigheim 1h30 plus tard... Autant dire : le stress absolu : j'étais rougeaude, échevelée, transpirée, en T-shirt tête de mort, slim léopard vert, maquillée comme une voiture volée et j'étais attendue dans un établissement catholique ! C'est là qu'on se félicite d'avoir des amis qui gardent la tête froide...
Nous avons galopé chez Hélène, monté les 4 étages ventre à terre et, pendant que je me dératisais dans la salle de bain, Hélène me choisissait une tenue adéquate. Le pantalon papillon blanc était parfait mais j'ai dû changer 3 fois de culotte car on m'y voyait le derrière par transparence. Rajoutez là-dessus un caraco aussi parme que la Chartreuse, une chemise à manches (très) longues, le dizainier séculaire de quand sa mère était scout, des barrettes dans les cheveux avec la raie de côté, des sandalettes et un maquillage très jeune fille de bonne famille. Et j'ai f
ilé, après une répétition d'entretien d'embauche...
Le lycée était sublime, propre et lustré, avec des vases remplis de tulipes fraîches sur les tables, sans molards à l'intérieur des pétales, sans chewing-gum collé sous le napperon, sans "Nik la bac" graffité au Tipp-Ex. J'ai été reçue à l'heure par un directeur très chouette qui m'a un peu fait penser à mon tonton Christian, genre en jean, avec des cheveux gris assez longs. Pendant 3/4 d'heure, il m'a expliqué le fonctionnement d'un lycée privé et, franchement, je souriais niaisement pour faire bonne figure, mais je ne comprenais pas tout. Et j'étais à deux doigts d'envoyer des sms à Hélène pour lui demander ce que signifiait "commission diocésaine" ou "projet pastoral", mais la configuration du bureau ne s'y prêtait pas. Le poste qu'il me proposait était extra : 6 heures de Français, 6 heures d'Anglais et 5 heures d'Arts Appliqués. Et, visiblement, je lui convenais bien aussi parce qu'il m'a dit que pour lui, c'était OK, fallait juste attendre le verdict de la fameuse commission diocésaine, puis celui du Rectorat, et puis après demander un détachement au recteur de l'académie de Versailles, style le parcours du combattant. Mais c'était ça ou rien, et je suis repartie toute guillerette avec mon pot au lait. Déjà je m'imaginais organiser un voyage linguistique à New-York, faire une initiation à la peinture sur vitrail et tout ça...
A peine rentrée à Paris, j'ai eu un autre coup de fil, du lycée ORT, chez les Juifs, cette fois. Je me suis retrouvée tout oecuménique. Fort heureusement, j'avais prévu de revenir en Alsace très rapidement pour assister à un concert et un nouvel entretien fut vite fixé.
Cette fois, j'avais prévu la tenue ! En attendant l'heure H, toujours flanquée d'Hélène qui est de tous mes coups fourrés, je me suis retrouvée dans une cabine d'essayage à essayer un soutif lorsque mon téléphone a retenti. Le lycée ORT me rappelait pour me dire que le poste n'était plus vacant, la collègue qui devait partir n'ayant pas eu sa mutation, mais que je pouvais passer quand même pour une prise de contact car on ne sait jamais. Je m'y suis rendue, un peu déconfite tout de même, d'autant que ledit lycée était tout aussi sublimissime et que le poste en question était un poste de prof de Français et qu'il s'associait à la mise en place d'actions culturelles pour le rayonnement de l'établissement.
Après, y'a plus eu qu'à attendre.
La veille de la réunion des grands pontes du Rectorat, nouvel appel du lycée ORT : le poste était vacant, est-ce que ça m'intéressait toujours ? Ben oui, que j'ai dit, vous pensez bien, ma brave dame !
Et figurez-vous que je l'ai eu ! Et que j'ai même pas eu de demande de détachement à faire, parce que la meuf du Rectorat de Straß a appelé son pote de Versailles et tout s'est fait dans mon dos comme une fleur. Et j'ai peine à croire que tout a été si simple !
Wahaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah !!! Je rentre à la maison !!! Mon lycée est à Strasbourg et je vais enfin enseigner le Français !!! Wooooouuuuuh !!!
Euh... Mais quid de ce blog ?
Bon, ensuite, il fallait imprimer un formulaire à compléter et faire une lettre de motivation. J'ai pris ma belle plume biseautée Rotring à encre de Chine et je crois que j'ai passé la journée à calligraphier mes trucs en tirant la langue. J'ai réussi à en faire 5, à la fin j'en pouvais plus. Le lendemain, j'ai posté mes 5 enveloppes avec des beaux timbres sur les métiers d'art, juste avant de rentrer en Alsace pour les vacances de Pâques. Je me suis dit que j'avais bien le temps de peaufiner la dernière. Mais bon, j'ai traîné, j'ai traîné, perdant un peu courage quand même, genre bah, est-ce bien la peine d'envoyer cette dernière lettre, de toute façon, je suis fichue, personne ne voudra jamais plus de moi en Alsace, etc... Et puis, une après-midi où je m'ennuyais, je l'ai quand même finie et Hélène est partie la poster à la cathédrale. C'était la lettre pour Schiltigheim.
Deux jours plus tard, il faisait beau et je suis sortie m'acheter des souliers pour l'été. Je me suis ensuite retrouvée Place de l'Homme de Fer pour prendre le tram et rentrer et je me suis dit mince, mais c'est l'heure où Hélène rentre de Lyon et arrive à la gare, hop, je vais l'attendre. Alors je me suis installée sous l'abritram et c'est là que j'ai constaté avec effroi qu
Nous avons galopé chez Hélène, monté les 4 étages ventre à terre et, pendant que je me dératisais dans la salle de bain, Hélène me choisissait une tenue adéquate. Le pantalon papillon blanc était parfait mais j'ai dû changer 3 fois de culotte car on m'y voyait le derrière par transparence. Rajoutez là-dessus un caraco aussi parme que la Chartreuse, une chemise à manches (très) longues, le dizainier séculaire de quand sa mère était scout, des barrettes dans les cheveux avec la raie de côté, des sandalettes et un maquillage très jeune fille de bonne famille. Et j'ai f
ilé, après une répétition d'entretien d'embauche...Le lycée était sublime, propre et lustré, avec des vases remplis de tulipes fraîches sur les tables, sans molards à l'intérieur des pétales, sans chewing-gum collé sous le napperon, sans "Nik la bac" graffité au Tipp-Ex. J'ai été reçue à l'heure par un directeur très chouette qui m'a un peu fait penser à mon tonton Christian, genre en jean, avec des cheveux gris assez longs. Pendant 3/4 d'heure, il m'a expliqué le fonctionnement d'un lycée privé et, franchement, je souriais niaisement pour faire bonne figure, mais je ne comprenais pas tout. Et j'étais à deux doigts d'envoyer des sms à Hélène pour lui demander ce que signifiait "commission diocésaine" ou "projet pastoral", mais la configuration du bureau ne s'y prêtait pas. Le poste qu'il me proposait était extra : 6 heures de Français, 6 heures d'Anglais et 5 heures d'Arts Appliqués. Et, visiblement, je lui convenais bien aussi parce qu'il m'a dit que pour lui, c'était OK, fallait juste attendre le verdict de la fameuse commission diocésaine, puis celui du Rectorat, et puis après demander un détachement au recteur de l'académie de Versailles, style le parcours du combattant. Mais c'était ça ou rien, et je suis repartie toute guillerette avec mon pot au lait. Déjà je m'imaginais organiser un voyage linguistique à New-York, faire une initiation à la peinture sur vitrail et tout ça...
A peine rentrée à Paris, j'ai eu un autre coup de fil, du lycée ORT, chez les Juifs, cette fois. Je me suis retrouvée tout oecuménique. Fort heureusement, j'avais prévu de revenir en Alsace très rapidement pour assister à un concert et un nouvel entretien fut vite fixé.
Cette fois, j'avais prévu la tenue ! En attendant l'heure H, toujours flanquée d'Hélène qui est de tous mes coups fourrés, je me suis retrouvée dans une cabine d'essayage à essayer un soutif lorsque mon téléphone a retenti. Le lycée ORT me rappelait pour me dire que le poste n'était plus vacant, la collègue qui devait partir n'ayant pas eu sa mutation, mais que je pouvais passer quand même pour une prise de contact car on ne sait jamais. Je m'y suis rendue, un peu déconfite tout de même, d'autant que ledit lycée était tout aussi sublimissime et que le poste en question était un poste de prof de Français et qu'il s'associait à la mise en place d'actions culturelles pour le rayonnement de l'établissement.
Après, y'a plus eu qu'à attendre.
La veille de la réunion des grands pontes du Rectorat, nouvel appel du lycée ORT : le poste était vacant, est-ce que ça m'intéressait toujours ? Ben oui, que j'ai dit, vous pensez bien, ma brave dame !
Et figurez-vous que je l'ai eu ! Et que j'ai même pas eu de demande de détachement à faire, parce que la meuf du Rectorat de Straß a appelé son pote de Versailles et tout s'est fait dans mon dos comme une fleur. Et j'ai peine à croire que tout a été si simple !
Wahaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah !!! Je rentre à la maison !!! Mon lycée est à Strasbourg et je vais enfin enseigner le Français !!! Wooooouuuuuh !!!
Euh... Mais quid de ce blog ?

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