mardi 1 décembre 2009

Au temps pour moi.

On m'a récemment reproché de ne pas parler suffisamment de mes élèves dans ce blog. Ce n'est pas faux. En y réfléchissant bien, je suis même parfois limite hors-sujet au vu de mon intitulé, "Ciel, je suis mutée dans le 9-2 !". Explication de texte :
Bon, le "Ciel", je ne l'évoque pas, c'est une expression, même si elle symbolise à elle seule tout le paranormal et la terrifiance de la vie dans le 9-2, tels qu'on ne peut s'en remettre qu'aux divines instances.
Le "je suis", c'est fait, puisque je pense.
Concernant le "9-2", c'est une autre histoire. J'aurais pu être plus exhaustive...
Bien pour le Pont de Courbevoie plongé dans la night dès potron-minet.
OK pour la configuration de mon lycée.
Sinon, j'avoue que j'ai peu décrit "ma" région. Mais, comme je fais partie désormais des geeks et des no-life, je ne connais quasiment rien à part un tout petit périmètre autour de chez moi :
Y'a l'Asiat' du coin qui fait des plats à emporter à 6€, super bons (sauf la soupe pimentée aux fruits de mer qui a un goût d'eau de vaisselle. Je n'ai jamais goûté l'eau de vaisselle, en fait, mais je pense que si je la goûtais, ça donnerait à peu près ça), mais tellement blindés de glutamate (sans doute pour faire passer le goût de chien ou de Chinois mort... Enfin, c'est ce que je me dis en constatant qu'il n'y a pas de cimetière chinois ici) qu'à chaque fois je suis malade toute la soirée.
Y'a la rue Baudin, qui me fait toujours penser au serial killer.
Dans cette rue, y'a la pizzeria Da Paolo où ils font genre ils sont Italiens mais quand il leur manque quelque obscure denrée à la commande, hop, ils traversent la rue pour aller piocher dans les bacs de la supérette d'en-face, que je pensais que c'était l'Arabe du coin, mais en fait non elle leur appartient aussi. Et, en attendant ladite denrée, Monsieur Da Paolo offre des verres d'alcool à tour de bras pour faire patienter. C'est sympa, sauf qu'on est bourré avant de commencer à manger. A moins que ce soit pour qu'on se rende pas compte que c'est pas bon, en fait... Et qu'on pense que c'est the place to be pour l'aubergine farcie et la pizza soufflée.
Y'a aussi mon petit salon de coiffure qui paie pas de mine et sert de repaire aux vioques du quartier depuis 30 ans, mais où je vais faire ma couleur à 30€ parce que chez Jean-Louis David à côté, c'est 110€... La petite coiffeuse a toujours tellement la trouille de me louper qu'elle m'offre un café et calcule mon carré plongeant à l'équerre.
Je connais aussi la boulange à côté de mon lycée parce qu'elle est près de la Taverne de Maître Kanter.
Je connais encore le passage ultra-louche qui va de chez moi à chez Ylvia, à Clichy, quand il faut passer sous un pont vaguement éclairé de néons souffreteux, et sous la voie ferrée derrière la gare, et devant des PMU, des kebabs et des foyers pour travailleurs immigrés qui m'interpellent grassement à chaque fois depuis leur parvis bétonné en sifflant de la Bavaria à 8.6°, et là, je file ventre à terre parce que je sais qu'au bout de la rue se trouve mon salut, Levallois-Perret et ses fameuses (et non moins célèbres !) caméras planquées un peu partout.
Y'a la piscine super-stylée qui coûte 3€ pour les résidents (moi) et 8 pour les estrangers, la bouche de métro Levallois-Bécon, le Franprix où je ne trouve jamais rien, la Poste, la Maison de la Presse, le Sephora, la poissonnerie qui vend du saumon à 30€ le kilo et l'Île de la Jatte avec ses ruchers.
Je me repère de mieux en mieux dans le centre commercial Les 4 Temps de la Défense avec ses je-ne-sais-combien d'étages, son cinoche à 10€80 la place et ses cours de rock'n'roll entre midi à côté du Starbucks Café.
Je sais aussi rentrer de chez Charlotte en voiture parce que "tu verras, c'est tout simple, Pont de Neuilly et hop, tu suis les quais !"
Mais ce que j'aime vraiment bien, c'est aller chez elle avec le bus 174. Bon, le bus je l'attends minimum 30 minutes parce qu'à l'arrêt, on nous file toujours de fausses informations sur les horaires. Mais, après, c'est direct. Levallois, puis Neuilly, le coin le plus alsacien du 9-2. (D'ailleurs, ça me fait penser qu'il faut que je fasse un saut chez Tempé voir à quoi ressemblent leurs knacks et si les tenanciers ont l'accent.) Je passe devant le collège devant lequel traînent des jeunes qui ressemblent à moi dans les années 80, bien habillés et sûrement latinistes, on ne voit pas leur culotte leur dépasser du pantalon et ils n'ont pas de casquette graisseuse. Après, y'a l'hôpital franco-britannique, qu'on dirait le château d'Harry Potter, architecture très anglaise et petit parc à la Cercle des poètes disparus avec des tas de feuilles mortes rouges, qui donne envie de s'y faire opérer. Plus loin, y'a les Chocolats Lenôtre, avec une belle devanture violette et dorée et le voiturier très propre sur lui et en chapeau haut-de-forme. En fait, à Neuilly, toutes les rues ressemblent aux illustrations de Belles Histoires que ma maman me lisait quand j'étais petite. A croire que les illustrateurs de Belles Histoires habitent tous à Neuilly... Petits squares, petites fontaines, fleuristes bobo-chics... Et, évidemment, dans le bus, y'a genre que des fils à Sarko en loden Hugo Boss, et des vieilles dames qui ressemblent à mes grandes-tantes de l'Avenue Simon Bolivar.
Ca y est, je ne suis plus hors-sujet. J'ai parlé du 9-2. C'est vrai que ces derniers temps, je me suis plutôt concentrée sur Paris où il m'arrive parfois de battre la semelle. Je dis parfois parce qu'en 4 mois, je n'ai acheté que 3 carnets de tickets de métro. Alors j'ai fait l'amalgame entre Parisiens et banlieusards, je me suis trompée de cible, au risque de m'attirer les foudres de tout le monde. Hop, tout le monde dans le même sac ! Et puis, c'est tellement plus facile de faire preuve d'une mauvaise foi crasse, de subjectivité et d'a priori quand on part du postulat que le Parigot est un idiot, même s'il reste bien peu de vrais Parigots à Paris, à part peut-être mes grandes-tantes, mais elles sont fan de la choucroute de Mamama, ce qui traduit leur haut lignage.
Ah... oui... j'ai failli oublier les élèves... ceux qui pensent qu'une "grafeuse" sert à agrafer ("zyva, fils de chien, wèsch, passe-moi cette grafeuse, sur le Coran d'la Mecque !"), qui connaissent l'histoire d'Ancel et Bretzel (la variante alsacienne, alors...) ou qui estiment que "les Roumaniennes sont dégueulasses".
Disons que j'ai pris de la distance. Quand ils pètent, je fais cours depuis le couloir. Quand j'ai 3 élèves au lieu de 25 (parce que tous les autres auront pensé que j'étais absente... ou parce que c'est la fête de l'Aïd et que c'est le jour où on saigne des moutons dans les baignoires à grands coups de rasoirs Gillette émoussés, pas celui où on va en classe), je m'en fous. Quand ils arrivent en retard par groupes de 15, je n'ouvre plus la porte et les laisse tambouriner ou coller leur gros nez gras à la fenêtre de la salle. Quand ils font trop de bruit, j'interromps mon cours. Et quand c'est le match de foot Algérie-Egypte et qu'ils sortent, à la récré, dans la rue, en brandissant leur drapeau algérien à bout de bras, tellement tous que, vu du 5ème étage, ça fait un peu style la tortue romaine, qu'ils terrorisent les usagers des bus en s'y engouffrant à plein et en gueulant "Algérie en force, wèsch !", ou qu'ils escaladent les camions à l'arrêt au feu rouge pour coller leur drapeau sur le pare-brise du pauvre chauffeur, là, là, j'ourdis les plus noires conspirations avec mes collègues en buvant mon café-long-sans-sucre. "Et si on les arrosait avec le tuyau ?", "Ouais, et si, à la place, viens, on dirait qu'on remplacerait l'eau par de la pisse ?". On s'marre bien, quand même, dans le 9-2...
Au fait, en parlant de pisse... ils ont fait venir une entreprise de nettoyage dans mon parking. Ca sent plus la pisse mais le solvant surpuissant. Ah, l'odeur du napalm au petit matin...!

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire