Ce qu'il y a de bien dans les lycées pro, c'est que les élèves partent régulièrement en stage. Bon débarras ! Non seulement je ne vois plus leurs sales tronches de crevards pendant 3 ou 4 semaines, mais en plus, mon emploi du temps se trouve allégé.
Le truc relou, c'est qu'il faut aller les voir sur leur lieu de stage pour procéder à leur évaluation avec leur tuteur.
En Alsace, c'était hyper simple. Tout est tout petit et, surtout, je connais chaque recoin de la région comme ma poche. Je pouvais même enquiller 3 visites dans la même après-midi. Je commençais par déjeuner avec un chef d'entreprise turc dans une pizzeria de Cronenbourg, et on remplissait vite fait le dossier entre le café et la framboise. Puis j'allais à la mercerie Denise, voir si l'élève suivante s'en sortait bien au milieu des boutons et des tirettes. Je discutais du temps pendant 10mn, remontais sur ma moto et traçais vers une boîte d'électrotech' à Vendenheim, où je refaisais la même autour d'un café et d'un clope, avec un type tout sourire qui tentait sa chance en me proposant d'aller boire une bière un de ces 4.
En Alsace, c'était hyper simple. Tout est tout petit et, surtout, je connais chaque recoin de la région comme ma poche. Je pouvais même enquiller 3 visites dans la même après-midi. Je commençais par déjeuner avec un chef d'entreprise turc dans une pizzeria de Cronenbourg, et on remplissait vite fait le dossier entre le café et la framboise. Puis j'allais à la mercerie Denise, voir si l'élève suivante s'en sortait bien au milieu des boutons et des tirettes. Je discutais du temps pendant 10mn, remontais sur ma moto et traçais vers une boîte d'électrotech' à Vendenheim, où je refaisais la même autour d'un café et d'un clope, avec un type tout sourire qui tentait sa chance en me proposant d'aller boire une bière un de ces 4.
Ici, c'est la merdasse. Je ne situe aucun des endroits dans lesquels on m'envoie. Aucun nom ne me parle. Nanterre, Argenteuil, la rue Saint Denis, la tour Opéra de la Défense. Je passe mon temps à me perdre, à rappeler le tuteur avec qui j'ai rendez-vous pour qu'il me téléguide. Je me retrouve dans des endroits proprement ahurissants où je risque ma vie.
D'abord, faut que j'appelle l'entreprise pour prendre rendez-vous et des fois, je comprends pas tout à cause de l'accent parigot. Mais ça, encore, c'est pas grand'chose. La galère, c'est trouver l'entreprise.
Je devais voir mon premier élève à Nanterre, à l'Institut Technique de Formation en Hauteur. Bon. La nana que j'ai eue au téléphone était sympa, elle m'a mailé un plan du coin et je suis partie faire ma visite le coeur léger. Sauf que j'ai jamais trouvé cette fichue rue Noël Pons, j'ai tourné et tourné et tourné dans Nanterre, et Dieu sait que Nanterre, c'est moche, mais bon, j'ai jamais trouvé et j'ai fini par me garer près de l'Institut de Formation SNCF parce que j'avais suivi les mauvais panneaux. Comme par hasard, j'ai alors aperçu un vague fléchage pourri m'indiquant le bon institut et me suis mise à le suivre. Virginia ou l'art de s'aventurer inconsciemment dans un coupe-gorge. J'entends par là un petit chemin herbeux, sinuant entre deux plaques de tôle ondulée taggées de "Nant-R nik tout", jonché de caca humain et son papier, et de canettes de Bavaria 8,6°, traversant la gare de triage peuplée d'ouvriers sénégalais bien salaces en gilets jaune fluo, le tout dans un blizzard apocalyptique et une sale odeur de crâmé. De l'autre côté des rails, seule dans ce désert urbain à perte de vue, entre des bâtiments qu'on eût dit désaffectés mais en fait non, de l'herbe même plus verte, des palissades écaillées et plein de béton et de rouille, j'ai pensé ne plus jamais revoir ma Normandie. Evidemment, quand j'ai enfin trouvé mon institut technique de formation en hauteur, un type en tenue d'escalade est descendu comme une araignée de son perchoir pédagogique pour m'apprendre que j'étais à l'annexe et que les bureaux se trouvaient à 1km en amont.
Bref. Ma deuxième visite a eu lieu rue Saint-Denis. Le coin tout craignos aussi, où tu te fais aborder par quelques héroïnomanes dégueu aux dents toutes noires et aux dreadlocks pleines de parasites. Les types t'agrippent pour te taper 1€ ou une cigarette et après t'as plus qu'à aller faire un text HIV tellement ils sont pouilleux. Je déteste les héroïnomanes. Heu
reusement, près de la rue Saint-Denis, y'a le Cowboy Dream, paradis de la santiag et du stetson. Je n'ai pas traversé tout Paris pour rien.
reusement, près de la rue Saint-Denis, y'a le Cowboy Dream, paradis de la santiag et du stetson. Je n'ai pas traversé tout Paris pour rien.Après, j'ai eu une chance folle, j'ai été mandatée pour aller voir une élève à 50m de chez moi, dans une agence de pub installée dans l'ancienne chocolaterie de Levallois. Je ne savais pas que cet ancien bâtiment en briques rouges était une chocolaterie. Du coup, ma rue s'en trouve transfigurée et étrangement intéressante avec son nouveau côté Roald Dahl et Tim Burton. Bon, la rue sent les pots d'échappements, mais cette chocolaterie me rappelle quand j'étais petite et qu'on allait faire les courses au Mammouth d'Illkirch avec mes parents. En passant devant la chocolaterie Suchard de l'avenue de Colmar, mon père ouvrait les fenêtres de la voiture et on respirait tous bien fort. Ca sentait ultra-bon.
La visite la plus difficile a quand même été celle de la Défense. J'y suis allée à pied depuis mon lycée, alors que le soir commençait à tomber et que la pluie et le froid vous glaçaient les os. J'étais attendue à la Tour Opéra Bâtiment C. Ah, génial, quand on sait que tout le quartier de la Défense est un conglomérat d'immeubles tous les mêmes, genre immenses avec des fenêtres en miroirs, qu'il est quasiment impossible de les reconnaître entre eux et que si ce n'est lui, c'est donc son frère. Faut pas trop lever les yeux, ça donne le vertige, voire la nausée. On a l'impression que la Grande Arche va vous tomber dessus, et elle est vraiment antipathique, comme arche, même si elle fait face à l'Arc de Triomphe et même si l'architecte l'a conçue un peu de traviole pour une sombre histoire de passage de vent, ou pour faire genre ou je sais plus quoi. Sous terre, y'a la même surface en routes si labyrintesques que j'ai jamais réussi à trouver l'entrée du parking d'Auchan, pour dire. Heureusement, le parcours est vaguement mal fléché et j'ai fini par trouver ma tour, après avoir marché quelques bons kilomètres. Un bâtiment gigantesque, pseudo-sécurisé, avec une gonzesse à l'entrée qui vous fabrique un badge visiteur à votre nom, après avoir scruté votre carte d'identité entre 2 pots d'orchidées en tissu, comme si j'en avais quelque chose à fiche de l'installation des puces dans les décodeurs de TNT. Bref.
Quand je suis sortie de ce vaste monde futuriste, j'ai repris l'espèce de longue route qui mène à mon lycée pour y récupérer ma voiture. Il faisait nuit, il pleuvait toujours et les commerces avaient fermé. J'étais là, toute seule, comme les ouvriers qui rentrent du travail dans leur lointain quartier de la banlieue d'Istanbul, déposés par un bus centenaire au milieu des décombres et avançant, épuisés, avec leur bento rouillé, sous les faux contacts des réverbères. Le truc déprimant, flippant, auquel on essaie de ne pas penser en passant devant des concessions de voitures ou de moto, un Lavomatic lugubre, une maison en ruines au fenêtres murées avec plein de broussailles autour, un kebab borgne, une barre d'HLM plongée dans le noir ou un chiotte de chantier posé là. Je me disais ouah, mais non, c'est rock'n'roll, tout ça, c'est la vraie life, si tu veux, et je me concentrais sur mes bottes pour ne pas tomber dans un trou rempli d'eau sale ou trébucher sur un pavé mal fixé. Je marchais sur la ligne du trottoir en me disant que c'était un pont et que si, par malheu
r, mon pied se posait à côté, je tomberais dans un précipice sans fond ou rempli d'heteropodae maximae très agressives. Tout ça en me retournant de temps en temps, mine de rien, pour vérifier que je n'étais pas talonnée par un clochard armé d'un tesson de bouteille, qui m'aurait soufflé son haleine vinassieuse dans la nuque ou une petite frappe à capuche qui en aurait voulu à mon compte en banque débiteur. Jamais provinciale ne fut plus heureuse de retrouver les détestables environs de son lycée du 9-2...
Ma prochaine visite est à Argenteuil et j'ai demandé à ce que quelqu'un la fasse à ma place depuis qu'Ylvia a poussé de grands cris en apprenant que je devais aller là-bas, m'assurant que c'était un des pires quartiers du monde, juste après les favelas de Rio, et après avoir entendu les histoires de Charlotte partie en mission avec ses effectifs fagottés de gilets pare-balles, dans ces endroits de la fin du monde et à deux doigts de se prendre un frigo sur la tête, lancé du 50ème étage. Pas envie de me faire rayer ma Golf, ni de finir séquestrée dans une cave après une tournante.
La prochaine fois, si vous le voulez bien, je vous livrerai mon excellente recette de crabcake pour détendre l'atmosphère.
Quand je suis sortie de ce vaste monde futuriste, j'ai repris l'espèce de longue route qui mène à mon lycée pour y récupérer ma voiture. Il faisait nuit, il pleuvait toujours et les commerces avaient fermé. J'étais là, toute seule, comme les ouvriers qui rentrent du travail dans leur lointain quartier de la banlieue d'Istanbul, déposés par un bus centenaire au milieu des décombres et avançant, épuisés, avec leur bento rouillé, sous les faux contacts des réverbères. Le truc déprimant, flippant, auquel on essaie de ne pas penser en passant devant des concessions de voitures ou de moto, un Lavomatic lugubre, une maison en ruines au fenêtres murées avec plein de broussailles autour, un kebab borgne, une barre d'HLM plongée dans le noir ou un chiotte de chantier posé là. Je me disais ouah, mais non, c'est rock'n'roll, tout ça, c'est la vraie life, si tu veux, et je me concentrais sur mes bottes pour ne pas tomber dans un trou rempli d'eau sale ou trébucher sur un pavé mal fixé. Je marchais sur la ligne du trottoir en me disant que c'était un pont et que si, par malheu
r, mon pied se posait à côté, je tomberais dans un précipice sans fond ou rempli d'heteropodae maximae très agressives. Tout ça en me retournant de temps en temps, mine de rien, pour vérifier que je n'étais pas talonnée par un clochard armé d'un tesson de bouteille, qui m'aurait soufflé son haleine vinassieuse dans la nuque ou une petite frappe à capuche qui en aurait voulu à mon compte en banque débiteur. Jamais provinciale ne fut plus heureuse de retrouver les détestables environs de son lycée du 9-2...Ma prochaine visite est à Argenteuil et j'ai demandé à ce que quelqu'un la fasse à ma place depuis qu'Ylvia a poussé de grands cris en apprenant que je devais aller là-bas, m'assurant que c'était un des pires quartiers du monde, juste après les favelas de Rio, et après avoir entendu les histoires de Charlotte partie en mission avec ses effectifs fagottés de gilets pare-balles, dans ces endroits de la fin du monde et à deux doigts de se prendre un frigo sur la tête, lancé du 50ème étage. Pas envie de me faire rayer ma Golf, ni de finir séquestrée dans une cave après une tournante.
La prochaine fois, si vous le voulez bien, je vous livrerai mon excellente recette de crabcake pour détendre l'atmosphère.

Je viens de passer 1h30 à tout lire puisque je viens de découvrir ton blog...Bravo, j'adooooore!
RépondreSupprimerAh, Mumu ! Une nouvelle fan... Merci :D
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