mardi 6 avril 2010

Mesure de carte scolaire.

Bon. Mon poste sera supprimé à la rentrée prochaine. Très fun. C'est pas que j'affectionnais particulièrement mon lycée ou mes élèves, comme en témoignent mes nombreuses complaintes dans ce blog, mais quand même, c'est pénible. J'avais trouvé mon apparte en fonction de ce lycée et maintenant, je risque de me retrouver à bosser à Pétaouchnok s/Seine. Au début, on m'a dit : "Mais non, mais t'inquiète donc pas, c'est cool de faire l'objet d'une mesure de carte scolaire, on te file 1500 point !"... Alors évidemment, 1500 points, c'est le jackpot. Quand on sait qu'un mariage ou un PACS équivalent à 90 points et un mioche à 50, on peut aisément s'imaginer le nombre d'années à bosser tout en se faisant engrosser gaillardement pour atteindre ce chiffre. Bon, bien sûr, on peut avoir 1000 points quand on est gravement malade, handicapé ou soutien de famille, mais c'est pas génial quand même. Donc, 1500 points, c'était vraiment top. Je me suis dit que j'allais demander un poste à Neuilly, avec que des petits Le Quesnoy en guise d'élèves, vue sur l'apparte de Gérard Darmon , à 2 pas des chocolats Lenôtre et tout ça. Je pensais aller faire un saut à Strasbourg, même, histoire de faire brûler un cierge et remercier la Providence de m'extraire des griffes du 9-2 le plus noir. J'étais carrément contente. J'ai trottiné comme ça dans les couloirs du lycée, narguant mes collègues moins chanceux, genre "Haha ! Moi j'me caaaaasse ! Bon couraaaaage !!!" jusqu'à ce que, lors de quelque récré obscure, un de mes collègues syndicaliste m'annonçât que ah, non, mais ma pauvre amie, ces 1500 points ne te donnent pas le choix de ton lycée, ils te donnent juste la priorité sur le premier poste disponible le plus proche de ton ancien établissement ! Hein ?! que je me suis dit. Et là, le sol est devenu meuble sous mes pieds et j'ai commencé à m'enfoncer sous terre. Quand on sait que le sous-sol de Paris et des environs de la Défense est un véritable gruyère qui s'enfonce jusqu'au centre de la Terre, on peut s'imaginer où je me trouvais alors, le sang bien évidemment glacé.
Je suis rentrée chez moi ventre à terre pour me précipiter sur iProf et voir quels étaient les postes disponibles les plus proches de mon lycée. Et là, horreur, malheur...
Un poste à Bezon, d'où arrivait mon collègue Laurent, avec que des élèves cas soc' qui envoient des canettes de Coca vides à la tête de leur prof.
Un poste à Asnières s/Seine dans un établissement spécialisé pour les cas difficiles.
Un poste à Nanterre, en ZEP.
Un poste à Villiers-le Bel où les cars de CRS se font caillasser.
Un poste à Trappes. Rien que le nom est terrifiant. Rien à voir avec la bière des moines trappistes, non, juste une espèce de piège avec un bout de fromage caché dedans.
Un poste à Mantes-la-Ville.
Un poste aux Mureaux que c'est la cité où y'a toujours un guet-apens au fusil à pompe.
Bref.
A part un poste à Levallois-Perret et un à St Germain-en-Laye, y'a rien du tout de chez rien du tout. C'est l'Apocalypse avant 2012.
Alors bon, à la rentrée, je dégage. Dernier arrivé, premier parti. C'est normal. Je ne saurai qu'en juin où je vais atterrir. Je ne sais pas s'il va falloir que je déménage ou que j'investisse dans un gilet pare-balles Dior. C'est pénible, mais je prends ça avec philosophie.
Du coup, j'éprouve presque un peu de tendresse pour mon lycée actuel. C'est stupéfiant comme le gens ne se rend compte de ce qu'il perd que quand il le perd. Maintenant, je me dis que, si ça se trouve, mes élèves, c'est des gentils. Et mes collègues, je les aime bien, en fait. J'ai fait preuve d'une xénophobie crasse en arrivant, genre bouh, des nouveaux gens pas alsaciens qui n'ont pas les mêmes coutumes que moi... Et, en fait, on rigole bien dans cette galère. La documentaliste était prof d'Allemand, la prof d'Arts Appliqués a des ballerines en forme de souris et le prof d'Histoire-Géo est pire que moi pour la sauvegarde du bon Françoys. Il dit aux élèves médusés : "S'il vous plaît, ôtez votre couvre-chef, éteignez cet appareil de télécommunication et posez votre besace par terre !". Avec Arnaud, on fait style on parle en Québécois : "Joyeux Naël, Arnaud ! Commint tu vâs ?". Et des fois je fais des blagues à Gaëlle, quand elle est seule dans sa sale. Je me cache et je gueule : " Sa mère la pute, nique sa race !" et elle se retourne tout énervée pensant que c'est un élève... Manon mange toujours des Prince en salle des profs et des fois on fait des photos débiles de nous avec l'extincteur. Nadia a toujours son iPhone à la main pour checker son Facebook et planque son repas de midi sur la terrasse dans un sachet Zara. Le prof de sport meugle "Yoooo, sàààlüt ! Wie geht's ?" quand il me croise. Avec l'assistante d'éducation yougoslave, on compare les eaux-de-vie de Yougoslavie et de Roumanie. Le prof d'alarmes me raconte toujours des blagues quand on surveille des examens blancs. et on fait exprès de rire bien fort pour déconcentrer les élèves qui nous ont saoulés. Et Leïla nous a même invitées, Manon, Charlotte et moi, à manger de la pastilla et du toffee pudding dans son super apparte avec balcon du 17ème.
Ouais, ils vont me manquer.

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