L'autre jour, j'ai reçu un mail un peu gnangnan d'un mec un peu gnangnan. Mais j'étais de bonne humeur et j'avais du temps, donc je l'ai lu. Bon, c'était simsimple mais finalement pas si bête, si je puis m'exprimer ainsi. En fait, c'était l'histoire d'un âne qui était tombé dans un puits. Son maître, après avoir vainement essayé de l'en sortir, décida de l'enterrer viv
ant, vu son grand âge (à l'âne) et l'inutilité de son puits (au maître). Avec l'aide de potes villageois, il a commencé à balancer des pelletées de terre au fond du trou. L'âne, terrifié et comprenant ce qui se passait, s'est d'abord mis à braire à la mort. Puis, traversé par un éclair de génie, a eu l'idée de secouer à chaque fois la terre qui tombait sur son dos pour en faire un monticule et se hausser petit à petit afin de se sortir du puits. Pour faire un raccourci Psychologie Magazine, ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort, comme disaient Garou ou Johnny Halliday.
ant, vu son grand âge (à l'âne) et l'inutilité de son puits (au maître). Avec l'aide de potes villageois, il a commencé à balancer des pelletées de terre au fond du trou. L'âne, terrifié et comprenant ce qui se passait, s'est d'abord mis à braire à la mort. Puis, traversé par un éclair de génie, a eu l'idée de secouer à chaque fois la terre qui tombait sur son dos pour en faire un monticule et se hausser petit à petit afin de se sortir du puits. Pour faire un raccourci Psychologie Magazine, ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort, comme disaient Garou ou Johnny Halliday.L'âne, c'est moi. Je suis sortie du fond du puits. J'ai terminé mon chemin de croix. Oh, ça n'était pas facile, sinon ça aurait été un parcours de santé. Partir à l'étranger, c'est bien, mais il vaut mieux prévoir de rester parti plus d'un an, parce qu'il faut bien ça pour s'acclimater, je veux dire quand on est alsacien. L'acclimatation coûte cher. Compter : un abonnement à Internet pour se connecter à Facebook et rester en contact avec sa tribu, une centaine de paquets de Kleenex à l'eucalyptus pour pleurer toutes les larmes de son corps, un forfait Orange avec sms illimités, un pot de Nutella de 780g par semaine (soit 3€80 x 40 semaines = 152€), une bonne bouteille de vin pour les moments difficiles, de quoi aller boire des coups à l'extérieur pour sympathiser avec des gens, puis un abonnement Weight Watchers pour éliminer tout ça, une nouvelle voiture pour rentrer au pays et ne pas tomber en rade sur la RN4 et finir dans quelque garage miteux de Sézanne conventionné Maif Assistance, une dizaine de pleins d'essence et quelques achats compulsifs pour se donner l'illusion que la vie est belle. Alors je tiens à dire, genre si on tombe sur une pub style ouais, soyez fille au pair pendant 1 an à Paris ou quoi, méfiez-vous, c'est un traquenard ! Bon, peut-être pas pour les gens du Chnord ou d'Orléans, mais pour les régionalistes bretons, basques, corses ou alsaciens qui ne sont pas prêts à perdre leur identité, ou pour les gens qui n'ont aucune patience, ou pour les filles qui ne veulent pas prendre du poids, ou pour les pauvres.
Bon, une fois que ça c'est fait, hop, plus d'état d'âme. On fait sa pelleteuse, je veux dire, quand on a l'idée d'enclencher la marche
arrière et qu'on se met à reculer, ça bippe. Faut faire gaffe, si on recule au lieu d'avancer, ça peut être dangereux, on sait plus trop ce qu'il y a derrière soi. Même qu'il peut y avoir encore d'autres trucs cachés dans son angle mort. Vaut mieux virer les gravats qu'il y a devant soi, et avancer. Finalement, la vie, c'est un chantier. On espère toujours faire place nette, creuser des fondations, se faire un nid douillet, avec une pièce à vivre, des espaces et des volumes, et avec un peu de chance, ça sera pas décoré par Valérie Damidot.
Je crois que j'ai fait mon chemin. L'idée de ne plus habiter "sur" Paris m'enchante. Comme j'ai le temps, je fais le point, entre deux récoltes sur Farmville, avec mon sirop de grenadine à la main. Je ne suis pas encore sortie des Enfers mais j'ai meilleur moral. Je dis peut-être ça parce qu'il y a (enfin) du soleil mais finalement, cette expérience a été enrichissante. Je n'ai plus eu de PV depuis longtemps, j'ai compris comment il fallait faire pour conduire autour de l'Arc de Triomphe (c'est le premier qui passe qui a gagné), je me suis remise à écrire, j'ai découvert Twin Peaks car il fallait bien que je m'occupasse, j'ai goûté aux take-aways japonais, j'ai remis en question ma manière d'enseigner (désormais, je travaillerai sur Dora l'Exploratrice avec les Bac Pro) et je peux devenir conseillère en endroits où il ne faut surtout pas vivre si jamais je décide de me reconvertir. J'ai appris à me protéger depuis que je me suis successivement chopé le Mildiou, le virus Ebola et la maladie du singe vert en arpentant le métro grouillant de miasmes, en allant manger au Bistro Romain ou à l'Hippopotamus. Je me suis mise à la cuisine végétarienne car la viande est décidément trop chère à Franprix et, grâce à mon compte en banque débiteur, je vais fonder une famille avec ma chattoune qui est une Chartreuse presque de Parme et dont les petits ne se monnayent pas moins de 800€. Je vends aussi ma moto, ce qui m'évitera de finir mes jours en chaise roulante. J'ai appris le Novlangue grâce aux élèves ("Wèsch, Madame, vous avez le swan, vous avez la vibe avec vos Doug et vos Carrera !") et je sais que le Parigot pète plus haut que son cul ("Wèsch, Madame, vos élèves de Strasbourg, ils habitent dans une cité qui a le nom d'une bière, ils brûlent des bagnoles parce qu'ils ont rien à faire à la campagne et ils s'habillent encore en Lacoste, à l'ancienne, quoi !"). J'ai également une vision plus claire de mes gens restés au bled. Je suis grün à l'insu de mon plein gré : j'ai adopté le tri sélectif. Les cadavres coulés dans le béton, que je dégage à coups de pelleteuse, se font de plus en plus rares. Je suis même en train de trier tous les objets réconfortants qui m'ont suivie depuis l'Alsace et dimanche je vends tout ce bazar avec Charlotte au vide-grenier de Versailles, la ville de nostre bon Roy. La prochaine fois, je vous raconterai si le jeune à mèche a flashé sur mes T-shirts têtes de morts.
arrière et qu'on se met à reculer, ça bippe. Faut faire gaffe, si on recule au lieu d'avancer, ça peut être dangereux, on sait plus trop ce qu'il y a derrière soi. Même qu'il peut y avoir encore d'autres trucs cachés dans son angle mort. Vaut mieux virer les gravats qu'il y a devant soi, et avancer. Finalement, la vie, c'est un chantier. On espère toujours faire place nette, creuser des fondations, se faire un nid douillet, avec une pièce à vivre, des espaces et des volumes, et avec un peu de chance, ça sera pas décoré par Valérie Damidot.Je crois que j'ai fait mon chemin. L'idée de ne plus habiter "sur" Paris m'enchante. Comme j'ai le temps, je fais le point, entre deux récoltes sur Farmville, avec mon sirop de grenadine à la main. Je ne suis pas encore sortie des Enfers mais j'ai meilleur moral. Je dis peut-être ça parce qu'il y a (enfin) du soleil mais finalement, cette expérience a été enrichissante. Je n'ai plus eu de PV depuis longtemps, j'ai compris comment il fallait faire pour conduire autour de l'Arc de Triomphe (c'est le premier qui passe qui a gagné), je me suis remise à écrire, j'ai découvert Twin Peaks car il fallait bien que je m'occupasse, j'ai goûté aux take-aways japonais, j'ai remis en question ma manière d'enseigner (désormais, je travaillerai sur Dora l'Exploratrice avec les Bac Pro) et je peux devenir conseillère en endroits où il ne faut surtout pas vivre si jamais je décide de me reconvertir. J'ai appris à me protéger depuis que je me suis successivement chopé le Mildiou, le virus Ebola et la maladie du singe vert en arpentant le métro grouillant de miasmes, en allant manger au Bistro Romain ou à l'Hippopotamus. Je me suis mise à la cuisine végétarienne car la viande est décidément trop chère à Franprix et, grâce à mon compte en banque débiteur, je vais fonder une famille avec ma chattoune qui est une Chartreuse presque de Parme et dont les petits ne se monnayent pas moins de 800€. Je vends aussi ma moto, ce qui m'évitera de finir mes jours en chaise roulante. J'ai appris le Novlangue grâce aux élèves ("Wèsch, Madame, vous avez le swan, vous avez la vibe avec vos Doug et vos Carrera !") et je sais que le Parigot pète plus haut que son cul ("Wèsch, Madame, vos élèves de Strasbourg, ils habitent dans une cité qui a le nom d'une bière, ils brûlent des bagnoles parce qu'ils ont rien à faire à la campagne et ils s'habillent encore en Lacoste, à l'ancienne, quoi !"). J'ai également une vision plus claire de mes gens restés au bled. Je suis grün à l'insu de mon plein gré : j'ai adopté le tri sélectif. Les cadavres coulés dans le béton, que je dégage à coups de pelleteuse, se font de plus en plus rares. Je suis même en train de trier tous les objets réconfortants qui m'ont suivie depuis l'Alsace et dimanche je vends tout ce bazar avec Charlotte au vide-grenier de Versailles, la ville de nostre bon Roy. La prochaine fois, je vous raconterai si le jeune à mèche a flashé sur mes T-shirts têtes de morts.

Comme d'hab, tes billets sont un enchantement...pourvu que le 7-8 te donne autant d'inspiration !
RépondreSupprimerJe suis parisien, tu le sais, et j'habite l'Alsace depuis 24 ans...et je peux t'avouer, maintenant que tu passes la frontière du 78,que je ne m'y suis jamais fait tout à fait ! Comme toi, j'ai énormément de préventions tellement ancrées que je ramène systématiquement les gens d'ici à mes a priori, c'est-à-dire à des données antérieures à mon expérience...ça n'est pas raisonnable mais c'est la loi du genre. Je ressens une sorte de défiance viscérale pour tous ces cas concrets, renconrés au hasard des circonstances, qui construisent la génétique alsacienne : fric, intérêt, thésaurisation, coût, profit,plans, retour sur investissement, débrouille, fric, fric, fric, tout le temps, toujours...pour moi, c'est asphyxiant au possible et, je sais que je vais dans le mur,mais tous ceux d'ici que j'ai rencontrés partagent très discrètement ce gêne où y a pas d'plaisir ! Toi-même, tu parles souvent et peut-être que ça t'échappe, de fric, de coût, d'intérêt, même avec tes chats ! Mais bon, je m'avance un peu trop, c'est juste peut-être une question de génération. Nous, on était des "partageux", vous des "on a qu'une vie" , rien à voir avec l' Alsace, c'est sans doute partout pareil. Quelle merde !
RépondreSupprimer