Déjà, je ne parviens pas à comprendre ce que les gens foutent "sur" Paris.
Bon, dans le lot, y'en a évidemment qui n'ont guère le choix, genre les fonctionnaires, qui réclament le droit de rentrer chez eux, même en charter, même sans prime de départ, même sans taxi pour les reconduire à l'aéroport. Y'en a pas un qui squattera une église en faisant la grève de la faim pour rester. Sauf qu'on a tellement besoin d'eux pour gérer les insurgés de Banlieue 13 qu'on les
séquestre, tous les jeunes flics qui font de la parfaite chair à canon à la Courneuve, ou les profs qui se tapent les pires lycées et finiront dans un sanatorium des Pyrénées ou en rehab aux Trois-Epis, si tant est qu'ils ont cotisé à la MGEN.
Mais y'en a aussi plein d'autres qui pourraient aisément prendre leur cliques et leurs claques et mettre les voiles, tous ces gens du privé qui pourraient aller voir l'herbe plus verte de province. Mais non, ils restent là, entassés à Marne-la-Vallée, près d'Eurodisney, et se tapent tous les matins 27 stations de RER pour aller bosser. Ils habitent un pavillon miteux au loyer exorbitant, avec même pas de jardin, entre Ümüt Kebab et les Délices de Shanghai, dans une rue trop cradingue. Ou bien ils sont dans Paris, paient encore plus cher, n'ont pas de bagnole parce que le stationnement est impossible, ou en ont une au risque de se prendre des coups de clefs sur la carrosserie, surtout si elle est neuve et noire, font leurs courses au Franprix et n'en ramènent que ce que leurs bras peuvent porter, vivent dans le bruit, la saleté et la surpopulation.
Tout cela en critiquant les provinciaux qui sont des bouseux, des ignares ou des àltmodisch. Le Parigot a, bien évidemment, le monopole du bon goût, de la mode, des tendances et de la culture. Tsss...
Mais ce qui est saisissant, c'est que le Parigot a beau critiquer le Provincial, il l'envie secrètement et l'utilise à l'insu de son plein gré.
Tout ce qui vient de Province est bon à prendre : le Salon de l'Agriculture, la t
ransformation des Champs-Elysées en pâturages beaucerons, la fête de la Maison de l'Aquitaine, la fête des vins d'Alsace chez Georgette, les escapades en Normandie ou les affiches publicitaires de la SNCF annonçant Colmar à moins de 3h de TGV. Mais le pire reste encore le pique-nique.
L'autre jour, je suis allée me balader à Bercy. C'est sympa, Bercy. On y arrive en marchant sur les quais, très larges et très blancs. On peut sentir l'air qui vient de la Seine et passe entre les péniches cafés-bars-boîtes. On se croirait sur la marina de Tel-Aviv. Des tas de gens juste trop stylés kiffent trop le summer, cachés derrière leurs Ray Ban, vautrés dans des chaises longues en sirotant une pina colada. Ca doit être chouette de venir faire la fête ici le soir, si on se gamelle pas sur un des pontons, trop bourré ou trop cocaïné, et qu'on finit pas à la flotte comme Katoucha.
Après, y'a la bibliothèque François Mitterand, qui est gigantesque. Les 3 bâtiments super hauts avec des façades en miroirs reposent sur un parterre de tek. Y'a même des escalators pour descendre dans une espèce de jardin qui ressemble davantage à une forêt vierge, avec ses séquoias, ses baobabs ou ses ginkgo-bilobas, ou des trucs du style vachement hauts.
On quitte cette esplanade éco-citoyenne en traversant le fleuve sur une passerelle au bout de laquelle squattent des aquarellistes d'opérette étudiant la perspective. De la passerelle, on aperçoit la piscine Joséphine Baker, une piscine sur une péniche, une eau bleu des mers du Sud qui tranche avec celle, plombée, de la Seine. Cette piscine fait surtout recette à l'heure du déj'ner, quand les commerciaux et les assistantes de direction du coin décident de faire quelques (minables) longueurs pour éliminer le Club Sandwich du Buffalo Grill d'en-face.
De l'autre côté de la passerelle, on tombe sur un parc, avec d'abord une exposition d'affreuses sculptures en bronze et lapis lazuli (sûrement) véritable, sur lesquelles viennent pisser une demi-douzaine de clodos qui ont planqué leur Quechua (et leurs canettes) sous les arbres grisâtres. Des petits marrants ont inscrit des phrases débiles au marqueur sur les marches qui mènent à la partie la plus vaste de parc. Et là, stupeur ! On est dimanche, il fait beau et doux, et le Parigot a décidé de pique-niquer. Je m'arrête, interdite, et aussi pour évi
ter un clébard qui me fonce dessus, et observe le spectacle avec effroi.
Des milliards d'abrutis se sont installés là, sur la terre caillouteuse ou l'herbe moisie, ont déplié leur nappe Elle & Vire sur le caca de chien, posé le panier Habitat à l'ancienne, sorti la boutanche de rosé déjà tiède, les fraises au goût de camembert au lait cru, la baguette aplatie, le sauciflard transpirant, la mousse de foie verdâtre, les abricots écrabouillés et la salade de riz. Ils sont à 10 sur cette nappe, et y'en a 10 autres sur la nappe d'à-côté, à 5cm. Des cagoles en claquettes et chapeau de paille qui se la jouent Belle des Champs (Elysées, tout au plus...) et se tartinent d'huile de vache pour bronzer, des traders et des ingénieurs informaticiens qui jouent au frisbee, des greluches qui parlent expo, des nuées de mioches qui courent partout, un débile qui a ramené sa guitare, un autre, son chien.
Je viens de découvrir l'entrée des Enfers. Cerbère manque me pisser sur la sandale et j'avance dans cet après-midi champêtre parisien. Les gens sont entassés comme au Vél' d'Hiv' et ils sont contents. C'est juste trop rural, comme trip, tu vois...! Et vas-y que je drague, je bronze, je copine avec la nappe voisine ou j'échange des applications trop fun de mon iPhone avec la juriste en dos-nu Hawaii.
Je dégage vite de là. Et je leur pardonne presque. Ces pauvres gens n'ont rien connu d'autre que leur cage de laboratoire chez Johnson & Johnson. C'est comme les petits enfants de Thaïlande qui travaillent à 8 ans et trouvent ça normal parce que tous les petits enfants de Thaïlande travaillent à 8 ans.
Mais ça a tellement rien à voir avec nos barbecues du 6-7, au fin
fond de la forêt de la Wantzenau, où l'on accède en suivant le chemin du héron, où tout le monde met la main à la pâte pour ramasser du petit bois bien sec et faire un beau feu avec plein d'escarbilles qui crépitent vers la lune le soir venu, pour remplir des seaux d'eau bouillassieuse de l'Ill afin de conserver les bières au frais, où l'on étale de grandes couvertures montagnardes dans l'herbe, près des saules pleureurs, où l'on s'éloigne dans les taillis pour faire pipi à la MagLite. Ca sent bon, y'a que nous, on est bien. On a les glacières remplies de côtelettes d'agneau marinées à la livèche, des petits farcis du jardin et des poivrons verts à faire griller. Et on refait le monde à 2h du matin, sous les étoiles, avec un rhum arrangé à l'aspérule, qui ne nous a pas été vendu par quelque Paki ambulant, profitant de la sécheresse des gosiers et des bourses bien remplies pour fourguer son Merlot Lidl.
Il y a quelques jours encore, c'était l'été, mais c'était quand même l'hiver nucléaire, sûrement à cause de l'éruption de l'Eyjafjöll. Je pouvais squatter chez moi avec un café brûlant, mes chaussettes en pilou jaunes, sans pleurnicher sur mes barbecues alsaciens disparus. Grâce au Ciel et au volcan, ni ma tribu ni moi ne pouvions profiter des hautes herbes. C'est toujours réconfortant de ne pas être seul dans la mouise et j'ai félicité le mauvais temps alsacien.
Mais le soleil, la touffeur et le remugle parisiens sont revenus. Je vais mourir de combustion spontanée dans mon appartement. Je ne connais pas assez de monde pour être invitée à un roof-top dans le Marais. J'ai bien essayé une terrasse avec mon amie Hélène, m'arrivant d'Alsace avec un panier garni magnifique et des reflets de la rosace de la cathédrale dans les cheveux, mais on m'a servi de la caïpirinha frelatée ou mélangée à de l'anthrax, et j'ai été malade pendant 3 jours, comme à chaque fois que je me risque dans un bar ou un restaurant parisien. Je n'ai pas encore assez d'anticorps ici...
Bon, dans le lot, y'en a évidemment qui n'ont guère le choix, genre les fonctionnaires, qui réclament le droit de rentrer chez eux, même en charter, même sans prime de départ, même sans taxi pour les reconduire à l'aéroport. Y'en a pas un qui squattera une église en faisant la grève de la faim pour rester. Sauf qu'on a tellement besoin d'eux pour gérer les insurgés de Banlieue 13 qu'on les
séquestre, tous les jeunes flics qui font de la parfaite chair à canon à la Courneuve, ou les profs qui se tapent les pires lycées et finiront dans un sanatorium des Pyrénées ou en rehab aux Trois-Epis, si tant est qu'ils ont cotisé à la MGEN.Mais y'en a aussi plein d'autres qui pourraient aisément prendre leur cliques et leurs claques et mettre les voiles, tous ces gens du privé qui pourraient aller voir l'herbe plus verte de province. Mais non, ils restent là, entassés à Marne-la-Vallée, près d'Eurodisney, et se tapent tous les matins 27 stations de RER pour aller bosser. Ils habitent un pavillon miteux au loyer exorbitant, avec même pas de jardin, entre Ümüt Kebab et les Délices de Shanghai, dans une rue trop cradingue. Ou bien ils sont dans Paris, paient encore plus cher, n'ont pas de bagnole parce que le stationnement est impossible, ou en ont une au risque de se prendre des coups de clefs sur la carrosserie, surtout si elle est neuve et noire, font leurs courses au Franprix et n'en ramènent que ce que leurs bras peuvent porter, vivent dans le bruit, la saleté et la surpopulation.
Tout cela en critiquant les provinciaux qui sont des bouseux, des ignares ou des àltmodisch. Le Parigot a, bien évidemment, le monopole du bon goût, de la mode, des tendances et de la culture. Tsss...
Mais ce qui est saisissant, c'est que le Parigot a beau critiquer le Provincial, il l'envie secrètement et l'utilise à l'insu de son plein gré.
Tout ce qui vient de Province est bon à prendre : le Salon de l'Agriculture, la t
L'autre jour, je suis allée me balader à Bercy. C'est sympa, Bercy. On y arrive en marchant sur les quais, très larges et très blancs. On peut sentir l'air qui vient de la Seine et passe entre les péniches cafés-bars-boîtes. On se croirait sur la marina de Tel-Aviv. Des tas de gens juste trop stylés kiffent trop le summer, cachés derrière leurs Ray Ban, vautrés dans des chaises longues en sirotant une pina colada. Ca doit être chouette de venir faire la fête ici le soir, si on se gamelle pas sur un des pontons, trop bourré ou trop cocaïné, et qu'on finit pas à la flotte comme Katoucha.
Après, y'a la bibliothèque François Mitterand, qui est gigantesque. Les 3 bâtiments super hauts avec des façades en miroirs reposent sur un parterre de tek. Y'a même des escalators pour descendre dans une espèce de jardin qui ressemble davantage à une forêt vierge, avec ses séquoias, ses baobabs ou ses ginkgo-bilobas, ou des trucs du style vachement hauts.
On quitte cette esplanade éco-citoyenne en traversant le fleuve sur une passerelle au bout de laquelle squattent des aquarellistes d'opérette étudiant la perspective. De la passerelle, on aperçoit la piscine Joséphine Baker, une piscine sur une péniche, une eau bleu des mers du Sud qui tranche avec celle, plombée, de la Seine. Cette piscine fait surtout recette à l'heure du déj'ner, quand les commerciaux et les assistantes de direction du coin décident de faire quelques (minables) longueurs pour éliminer le Club Sandwich du Buffalo Grill d'en-face.
De l'autre côté de la passerelle, on tombe sur un parc, avec d'abord une exposition d'affreuses sculptures en bronze et lapis lazuli (sûrement) véritable, sur lesquelles viennent pisser une demi-douzaine de clodos qui ont planqué leur Quechua (et leurs canettes) sous les arbres grisâtres. Des petits marrants ont inscrit des phrases débiles au marqueur sur les marches qui mènent à la partie la plus vaste de parc. Et là, stupeur ! On est dimanche, il fait beau et doux, et le Parigot a décidé de pique-niquer. Je m'arrête, interdite, et aussi pour évi
ter un clébard qui me fonce dessus, et observe le spectacle avec effroi.Des milliards d'abrutis se sont installés là, sur la terre caillouteuse ou l'herbe moisie, ont déplié leur nappe Elle & Vire sur le caca de chien, posé le panier Habitat à l'ancienne, sorti la boutanche de rosé déjà tiède, les fraises au goût de camembert au lait cru, la baguette aplatie, le sauciflard transpirant, la mousse de foie verdâtre, les abricots écrabouillés et la salade de riz. Ils sont à 10 sur cette nappe, et y'en a 10 autres sur la nappe d'à-côté, à 5cm. Des cagoles en claquettes et chapeau de paille qui se la jouent Belle des Champs (Elysées, tout au plus...) et se tartinent d'huile de vache pour bronzer, des traders et des ingénieurs informaticiens qui jouent au frisbee, des greluches qui parlent expo, des nuées de mioches qui courent partout, un débile qui a ramené sa guitare, un autre, son chien.
Je viens de découvrir l'entrée des Enfers. Cerbère manque me pisser sur la sandale et j'avance dans cet après-midi champêtre parisien. Les gens sont entassés comme au Vél' d'Hiv' et ils sont contents. C'est juste trop rural, comme trip, tu vois...! Et vas-y que je drague, je bronze, je copine avec la nappe voisine ou j'échange des applications trop fun de mon iPhone avec la juriste en dos-nu Hawaii.
Je dégage vite de là. Et je leur pardonne presque. Ces pauvres gens n'ont rien connu d'autre que leur cage de laboratoire chez Johnson & Johnson. C'est comme les petits enfants de Thaïlande qui travaillent à 8 ans et trouvent ça normal parce que tous les petits enfants de Thaïlande travaillent à 8 ans.
Mais ça a tellement rien à voir avec nos barbecues du 6-7, au fin
Il y a quelques jours encore, c'était l'été, mais c'était quand même l'hiver nucléaire, sûrement à cause de l'éruption de l'Eyjafjöll. Je pouvais squatter chez moi avec un café brûlant, mes chaussettes en pilou jaunes, sans pleurnicher sur mes barbecues alsaciens disparus. Grâce au Ciel et au volcan, ni ma tribu ni moi ne pouvions profiter des hautes herbes. C'est toujours réconfortant de ne pas être seul dans la mouise et j'ai félicité le mauvais temps alsacien.
Mais le soleil, la touffeur et le remugle parisiens sont revenus. Je vais mourir de combustion spontanée dans mon appartement. Je ne connais pas assez de monde pour être invitée à un roof-top dans le Marais. J'ai bien essayé une terrasse avec mon amie Hélène, m'arrivant d'Alsace avec un panier garni magnifique et des reflets de la rosace de la cathédrale dans les cheveux, mais on m'a servi de la caïpirinha frelatée ou mélangée à de l'anthrax, et j'ai été malade pendant 3 jours, comme à chaque fois que je me risque dans un bar ou un restaurant parisien. Je n'ai pas encore assez d'anticorps ici...

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