J'avais l'habitude des vide-greniers alsaciens. C'était parfois la sortie dominicale d'après-déjeuner, l'occasion d'une saucisse blanche grillée ou d'une halte en allant acheter des asperges. J'avais toujours quelques sous pour m'acheter une paire de Converse à 2€ ou un Levi's à 1, mais rentrais systématiquement avec une malle de grand voyageur ou une valise en carton, 2 tableaux un peu moisis du Christ et de la Vierge et une vieille boîte en fer Banania rouillée. Il faisait toujours beau. Dans les villages, entre les maisons à colombages, ça sentait le fumier, le tilleul et les fleurs, et un peu plus loin, les grillades. Pour les gens du village, c'était mieux que la Fête des Voisins. Y'avait Josiane en tablier fleuri et Robert en short et bob Ricard, sous le parasol Orangina ou Météor, assis sur des sièges de camping avec la glacière et le rosé derrière
leurs tréteaux où s'étalaient des cassette vidéo d'un autre âge, le service Obernai, de Mamema, des gels douche entamés, une collection incomplète de cartes Pokemon, 5 mazagrans ébréchés, une poupée habillée en flamenco dans sa boîte en plastique poussiéreuse, toutes les fringues défraîchies du petit dernier, les robes de soirée en taille 54 de madame, un living en formica, un mange-disques cassé, une boîte à bijoux couverte de coquillages, une tête de cerf, une paire de skis jaunis et un vieux casque allemand. Josiane et Robert avaient invité la famille et c'était l'occasion d'une bonne rigolade avinée pendant que les mioches s'ébrouaient dans la piscine gonflable des cours de fermes enfin ouvertes aux regards. Les badauds étaient les mêmes, des ploucs en famille, poussette au poing, tentant de faire baisser le prix d'une Nintendo sans câble ou s'essuyant les babines dégouttantes de Ketchup, ou des gens de la ville, lévrier au bout de la laisse, à la recherche de l'objet trop vintage qui ferait baver leurs agents immobiliers d'amis. Je rentrais chez moi au soir, les pieds endoloris, un coup de soleil sur les épaules, et admirais mes trésors. Les vide-greniers, c'était chouette. Enfin, j'aimais bien, quoi !
leurs tréteaux où s'étalaient des cassette vidéo d'un autre âge, le service Obernai, de Mamema, des gels douche entamés, une collection incomplète de cartes Pokemon, 5 mazagrans ébréchés, une poupée habillée en flamenco dans sa boîte en plastique poussiéreuse, toutes les fringues défraîchies du petit dernier, les robes de soirée en taille 54 de madame, un living en formica, un mange-disques cassé, une boîte à bijoux couverte de coquillages, une tête de cerf, une paire de skis jaunis et un vieux casque allemand. Josiane et Robert avaient invité la famille et c'était l'occasion d'une bonne rigolade avinée pendant que les mioches s'ébrouaient dans la piscine gonflable des cours de fermes enfin ouvertes aux regards. Les badauds étaient les mêmes, des ploucs en famille, poussette au poing, tentant de faire baisser le prix d'une Nintendo sans câble ou s'essuyant les babines dégouttantes de Ketchup, ou des gens de la ville, lévrier au bout de la laisse, à la recherche de l'objet trop vintage qui ferait baver leurs agents immobiliers d'amis. Je rentrais chez moi au soir, les pieds endoloris, un coup de soleil sur les épaules, et admirais mes trésors. Les vide-greniers, c'était chouette. Enfin, j'aimais bien, quoi ! Dimanche, j'ai fait le vide-grenier de Versailles, pour la première fois en tant que vendeuse. Pas le choix, besoin de sous (spéciale dédicace à mon fidèle lecteur). C'est pas du tout la même ambiance. On avait un stand de 2m50 avec Charlotte et sa soeur Capucine. J'adore ce prénom, mon chat siamois s'appelait Capucin, quand j'étais petite, comme le raton-laveur dans Candy, alors quand je joue au Monopoly, j'achète toujours le Boulevard des Capucines en premier.
On a entassé tout notre fourbis sur 2 tréteaux et une planche et les fringues sur un étendoir à linge. Bon, évidemment, mes affaires tranchaient un peu avec celles de Capucine. Rien de comparable entre ses robes de marques fraîches et repassées, son seau à Champagne en faux argent, ses bijoux joliment épinglés sur un présentoir en tissu ou son pare-feu en laiton et ma paire de Paraboots roses, mon micro-short en vinyl, mon Perfecto Daytona, mes T-shirts têtes de morts couverts de poils de chat ou mes lunettes "directrice de pension des années 60". D'ailleurs, le Versaillais et l'Angloys en goguette s'en sont rendu compte : "Ah, ces lounettes, je chewche quelque chowse qui fasse ancien pouw iune pièce de thiâtwe !", "Tiens, regarde ce T-shirt, et si nous le prenions pour Jean-Eudes, ça le ferait rire ?!", "Dieu tout puissant, mais ces chaussures sont des chaussures de punk !". Fort heureusement, il y avait une importante délégation nipponne farfouinant dans nos bibelots les plus horribles pour nous débarrasser des immondices "so frenchy". Ce qui nous a donné l'idée d'un concours d'anthologie : "Les filles, si je vends ce tableau en canevas, je vous paye un verre !" (vendu en 10mn), "Bon, les filles, si je vends ce tire-bouchon en cep de vigne véritable, je vous paye le restau après le verre !" (vendu en 5mn). Seule a résisté une taie de coussin en canevas à motifs tournesols, pourtant proposée en produit d'appel près de la tête de gondole...
On a bien fait un tour sur les autres stands, où Charlotte a acheté un lot de verres Carlsberg super beaux, mais les gens vendent leurs trucs vachement cher, genre 25€ des godasses, 15 un jean, 100 un berceau. C'est plus un vide-grenier, c'est le Salon des Antiquaires de Rambouillet...
Mais le Versaillais n'est pas alsacien, ça se saurait. Y'a bien 2-3 ploucs mais ce sont plutôt des espèces de bikers ou des white trash sans le sou. Ils ne sont pas gros et gras, ils n'ont pas de varices Beaujolais, ils ne sentent pas la saucisse et ils ne gueulent pas comme des veaux. Ils avancent, maigrichons, dans leur veste à franges, avec leur T-shirt Johnny et un tatouage de prison sur l'avant-bras, en se frayant un passage entre les familles Le Quesnoy effrayées. Monsieur Le Quesnoy a mis sa tenue du dimanche, faussement décontractée, le bermuda beige, la chemisette à carreaux pastel, le pull rose à col en V négligemment jeté sur les épaules et les chaussures bateaux. Il avance, le cheveu souple et légèrement décoloré par le soleil de ses sorties en yacht. Madame a mis une robe légère, un petit cardigan bleu ciel qui met en valeur sa chaînette avec sa petite croix en or, des chaussures plates et un serre-tête, et marche derrière la poussette de compétition à 3 roues à laquelle s'accroche une de ses 2 fillettes blondes au carré impeccable et barrettes, petite robe blanche, médaille de baptême autour du cou, sandalettes Kickers et soquettes à trous-trous. Le Le Quesnoy est désargenté. Il fait son marchand de tapis pour m'acheter 1€ un DVD que je tente de lui vendre 2, ce qui est déjà misérable, mais il faut bien qu'il rembourse les traites de son quatre-quatre Porsche Cayenne, le pauvre !
Enfin, ça nous fait bien marrer, tout ça, Charlotte et moi, autour de notr
e pique-nique improvisé sur une caisse en plastique. En allant faire pipi au MacDo, on a trouvé sur le marché de l'excellent pâté, de la tomme de Savoie et des baguettes toutes fraîches. Manque tout de même le petit coup de rouge, ne serait-ce que pour nous réchauffer, parce qu'on se pèle les miches sur l'allée ombragée, tandis qu'au loin, des cars affluent et brillent sous le soleil qui illumine le château. Capucine a même sacrifié 2 pulls destinés à la vente pour nous emmitoufler, si bien que nous ressemblons maintenant à des Romanos. L'allée ombragée, c'est pas top non plus à cause du pollen qui nous tombe dessus. A la fin de la journée, je suis presque dans l'incapacité de vendre tant j'éternue. Mais c'est fédérateur. Une franche camaraderie s'installe presque avec nos désagréables voisins qui s'ingénient à poser leurs cadres atroces sur mes bottes en cuir.
J'ai gagné 45€ et j'ai pu m'acheter du Nutella et des vrais yaourts brassés, parce que ceux de Lidl ressemblaient vraiment à du lait de yack tourné. Enfin, je n'ai fait les courses que le lendemain, cette journée au grand air a été aussi exténuante qu'une balade dans les Vosges !
On a entassé tout notre fourbis sur 2 tréteaux et une planche et les fringues sur un étendoir à linge. Bon, évidemment, mes affaires tranchaient un peu avec celles de Capucine. Rien de comparable entre ses robes de marques fraîches et repassées, son seau à Champagne en faux argent, ses bijoux joliment épinglés sur un présentoir en tissu ou son pare-feu en laiton et ma paire de Paraboots roses, mon micro-short en vinyl, mon Perfecto Daytona, mes T-shirts têtes de morts couverts de poils de chat ou mes lunettes "directrice de pension des années 60". D'ailleurs, le Versaillais et l'Angloys en goguette s'en sont rendu compte : "Ah, ces lounettes, je chewche quelque chowse qui fasse ancien pouw iune pièce de thiâtwe !", "Tiens, regarde ce T-shirt, et si nous le prenions pour Jean-Eudes, ça le ferait rire ?!", "Dieu tout puissant, mais ces chaussures sont des chaussures de punk !". Fort heureusement, il y avait une importante délégation nipponne farfouinant dans nos bibelots les plus horribles pour nous débarrasser des immondices "so frenchy". Ce qui nous a donné l'idée d'un concours d'anthologie : "Les filles, si je vends ce tableau en canevas, je vous paye un verre !" (vendu en 10mn), "Bon, les filles, si je vends ce tire-bouchon en cep de vigne véritable, je vous paye le restau après le verre !" (vendu en 5mn). Seule a résisté une taie de coussin en canevas à motifs tournesols, pourtant proposée en produit d'appel près de la tête de gondole...
On a bien fait un tour sur les autres stands, où Charlotte a acheté un lot de verres Carlsberg super beaux, mais les gens vendent leurs trucs vachement cher, genre 25€ des godasses, 15 un jean, 100 un berceau. C'est plus un vide-grenier, c'est le Salon des Antiquaires de Rambouillet...
Mais le Versaillais n'est pas alsacien, ça se saurait. Y'a bien 2-3 ploucs mais ce sont plutôt des espèces de bikers ou des white trash sans le sou. Ils ne sont pas gros et gras, ils n'ont pas de varices Beaujolais, ils ne sentent pas la saucisse et ils ne gueulent pas comme des veaux. Ils avancent, maigrichons, dans leur veste à franges, avec leur T-shirt Johnny et un tatouage de prison sur l'avant-bras, en se frayant un passage entre les familles Le Quesnoy effrayées. Monsieur Le Quesnoy a mis sa tenue du dimanche, faussement décontractée, le bermuda beige, la chemisette à carreaux pastel, le pull rose à col en V négligemment jeté sur les épaules et les chaussures bateaux. Il avance, le cheveu souple et légèrement décoloré par le soleil de ses sorties en yacht. Madame a mis une robe légère, un petit cardigan bleu ciel qui met en valeur sa chaînette avec sa petite croix en or, des chaussures plates et un serre-tête, et marche derrière la poussette de compétition à 3 roues à laquelle s'accroche une de ses 2 fillettes blondes au carré impeccable et barrettes, petite robe blanche, médaille de baptême autour du cou, sandalettes Kickers et soquettes à trous-trous. Le Le Quesnoy est désargenté. Il fait son marchand de tapis pour m'acheter 1€ un DVD que je tente de lui vendre 2, ce qui est déjà misérable, mais il faut bien qu'il rembourse les traites de son quatre-quatre Porsche Cayenne, le pauvre !
Enfin, ça nous fait bien marrer, tout ça, Charlotte et moi, autour de notr
J'ai gagné 45€ et j'ai pu m'acheter du Nutella et des vrais yaourts brassés, parce que ceux de Lidl ressemblaient vraiment à du lait de yack tourné. Enfin, je n'ai fait les courses que le lendemain, cette journée au grand air a été aussi exténuante qu'une balade dans les Vosges !

Haaaaaaaaaaahahaha, les romanoooooos!!! :-D
RépondreSupprimerTrop bien, l'évocation ! un délice ! jusqu'à cette référence au "fidèle lecteur" qui me comble d'aise ! Toujours trop court mais c'est déjà çà...
RépondreSupprimerdommage que tu vendes ta moto, j'aurais sûrement trouvé une bricole à te fourguer :)
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