dimanche 17 janvier 2010

Ceci n'est pas un prince charmant

Je crois que je ne pourrai jamais épouser un Français de l'intérieur. Bon. Intrinsèquement, j'épouserai sûrement jamais personne. C'est mon père qui l'a dit. Le jour où je suis née, outre tous les magazines en kiosque, il a acheté 30 bouteilles de Saint-Emilion 1974, "à boire le jour du mariage de notre grande". Et puis, le temps a passé. Et, un beau soir de Noël 2006, il a débarqué au souper chez ma grand-mère avec, dans son panier, non pas des galettes et un petit pot de beurre, mais une de mes précieuses bouteilles. En voyant ça, j'ai aussitôt hurlé au parjure, au crime de lèse-moi, à l'imposture et à tout ce qui se fait de pire en ce bas-monde. Mais mon père, placide, a déclaré solennellement que "puisque Virginia ne se marierait jamais, autant boire son pinard avant qu'il ne tourne au vinaigre". J'ai bu de mauvaise grâce. Mais il avait raison, au fond... Vaut mieux pas se marier, quand on sait le bordel que c'est pour divorcer... Surtout que des princes charmants, y'en a plus des masses. Moi, en plus, j'ai restreint le champ des possibles à l'Alsace. Compte tenu du fait que l'Alsace fait 8280 km2 (genre encore plus petit que la Corse), qu'elle compte 1 817 000 habitants et que, là-dedans, je vire les femmes, les enfants, les vieux, les white trash, les casés, les gravos , les wèsch, les moins de 33 ans et les vraiment trop moches, eh ben statistiquement, il reste plus grand monde et j'ai plus de chance de me trouver un Alsacien expatrié à Paris qu'un Alsacien en Alsace. Parce que, outre le fait que, sur sa fiche-produit, il faut qu'il soit drôle, intelligent, cultivé, artiste, gentil, attentionné, décadent et rock'n'roll, il faut surtout qu'il soit alsacien. Il faut que, quand je lui fais une tarte à l'oignon, il puisse la comparer avec celle de sa grand-mère, qu'il se souvienne du temps où il y avait encore des voitures Place Kléber, qu'il me réponde : "à bessere !" quand je lui dis :"à güeter !", qu'il exige son Picon ohne oder met, qu'il soit toujours super ponctuel, qu'on le surnomme Seppi s'il s'appelle Sébastien ou Peterle s'il s'appelle Pierre, qu'il cherche ses schlàppe quand il a froid aux pieds ou qu'il attende sur le tram. Il doit pouvoir manger de la flammeküeche au munster et expliquer pourquoi, selon la légende, s'il y a tellement de vent autour de la cathédrale, c'est parce que les portes en ont été fermées au Diable qui, depuis, tourne autour pour essayer d'y entrer. Il doit savoir que, dans le temps, le restaurant de la Bourse, c'était quelque chose, que les asperges de Hoerdt ne sont pas les mêmes que celles de Guémar, il doit avoir vu The Cramps à la Laiterie, connaître une chanson des Bredeler's et une autre de Kansas von Elsass. Et puis surtout, si je me marie, je refuse de m'appeler Dupont, Durand, Dubois, Belkacem, Chang ou De Sousa. Je veux du Müller, du Schwartz, du Herrmann ou du Koenig.
Je ne retrouve pas cette identité régionale chez les jeunes hommes parisiens. Mais je comprends. Comment être fier d'appartenir à Malakoff ou au 17ème arrondissement lorsqu'il n'existe rien pour souder les gens, aucune mythologie commune, pas de private joke, aucun dialecte, et un melting-pot de gens qui divise plus qu'il ne rassemble ? Plus que la ville, c'est la mégalopole. Ton voisin peut crever dans l'appartement à côté du tien, tu ne le sauras que le jour où tu seras incommodé par l'odeur. J'ai 3 voisins sur mon palier et je ne sais même pas à quoi ils ressemblent. Quand j'habitais à la Robertsau, je savais qu'en face, il y avait le proprio. De l'autre côté, Nora la disc-jockette, sa fillette super polie et sa chatte grise Girly. A ma droite, une vieille dame malade qui n'arrêtait pas de tousser. Derrière, des jeunes répétaient avec leur groupe dans un garage et, en été, des barbecues étaient souvent organisés dans les jardins, et on entendait les gens rire jusqu'à 23heures, et parfois plus tard. Le voisin du dessus est venu enlever une énorme araignée à abdomen bleu de sur la porte d'entrée, et il a aidé ma soeur à mettre Abribus, ma chatte, dans un sac poubelle le jour où elle s'est fait écraser. Je connaissais les chiens du quartier et les voitures qui stationnaient dans la rue. J'étais à quelques mètres de chez Nico et Christine et, parfois, les soirs d'été, nous buvions l'apéro sur leur terrasse.
Aujourd'hui, j'ai l'impression de vivre dans un cercueil. Je n'ai pas spécialement envie de rencontrer de nouveaux gens, mes gens d'Alsace me suffisent amplement, mais je serais bien embêtée si je voulais en rencontrer. Y'a tellement de gens et tellement de bars qu'il y a peu de chance de revoir les mêmes personnes au même endroit. C'est peut-être à cause de Paris et des agriculteurs du Bonheur est dans le Pré que les sites de rencontre existent. Ici, les gens doivent se rencontrer au boulot, ou bien ils se forcent à faire des activités grégaires pour intégrer une petite communauté, un club de line dance rue du Faubourg Saint Antoine, ou du point de croix à la MJC de Levallois-Perret.
En même temps, me direz-vous, je suis venue ici avec un Alsacien, non ? En fait, je n'en suis pas bien sûre. Déjà, même s'il est né à Colmar, il a grandi en pays welsche. Et les gens du pays welsche, c'est pas des Alsaciens, c'est des Welscher. En plus, il est plus royaliste que le roi. Dans les couloirs du métro, par exemple, il ferme les yeux et hume la vieille odeur de caoutchouc crâmé qui provient des rames, limite il est comme mes chattes à garder les babines retroussées pour mieux percevoir les phéromones. En plus, il dit "Apfelschörle" au lieu de "Marzipanstollen". C'est comme si je disais "boîte à gants" au lieu de "pain aux noix". Vraiment n'importe quoi.
Les couples se font ou se défont, se forment ou se déforment au gré des saisons, de la conjoncture ou de la crise.
Ma grand-mère disait toujours : "Yo, Firchinia, fais seulement att'tion dans la vie, les mariaches mixtes, ça n'apporte rien de bon ! En Alsace, on sait donc ça !"... Les grandes leçons de morale d'Alphonsine, qui s'est quand même tapé 2 mecs dans sa vie (à l'époque, ce n'était pas rien !), Lucien et Albert, même si, à sa décharge, Lucien a disparu au front en Russie... Mais bref.
Quand je regarde autour de moi, je me dis que c'est vraiment trop abusé comment les couples sont trop mal assortis. Et que la mixitude va bien au-delà d'une association christiano-musulmane ou judéo-bouddhiste. Les gens sortent avec n'importe qui, voire n'importe quoi. Peur de la solitude ou mauvais goût ultime ?
Tourneboulificotté par un sourire Email Diamant, un décolleté plongeant ou un haussement de sourcils assuré, on tombe dans le panneau. Et naturellement, pas le panneau tout brillant et agréé par le Ministère des Transports et sorti de l'usine de Bellefontaine. Non. Le panneau tout moisi, genre africain, en bois, écrit avec des lettres inégales et des fautes d'orthographe.
Sur copainsdavant.com, je suis retombée sur des nanas qui étaient avec moi à l'école primaire, qui sont toujours aussi chemo, mais mariées, avec des gamins, une super baraque dans un patelin et un mec super classe pété de thunes. Le Beau et la Bête. Trop zarbi. Surtout que je sais qu'elle ne sont pas bien fut' fut'...
Mais y'a aussi la pétasse de la fac de droit avec ses boucles d'oreilles en perles qui trippe sur un bad boy, la groupie idiote qui veut se faire un zicos, la jeune qui se tape un vieux, le gigolo qui se tape une MILF, le mec fin et lettré qui sort avec une Red Neck, la nana trop classe qui s'affiche avec un beauf, la vieille blanche toute molle et divorcée qui va épouser un jeune blackos musclé, le Renard et la Cigogne, etc, etc, etc...
Ce qui me fait penser qu'on fait feu de tout bois, que chacun voit midi à sa porte et que quand on montre la lune à l'imbécile, l'imbécile regarde le doigt. Alors qu'on devrait s'assembler avec qui nous ressemble. Mais c'est vrai que c'est quand même balaise à trouver. Alors les gens s'accommodent, oublient que toutes les rencontres sont issues d'une chimie bi-latérale et entament un processus moribond.
Donc vas-y que je te souris, que je t'invite à boire un café, et puis un cocktail trop joli avec parasol multicolore sur le bord du verre dans un endroit trop lounge (la biérasse à 11h du mat' à la Ville de Bâle viendra après), puis un restau trop stylé (on fera moit'-moit' pour l'addition plus tard)... Et puis on nique, on sent bon, on est bien fringué et y'a des bougies, du Champagne, des pétales de rose et du Barry White en background music. Des fois même après, on s'installe ensemble. C'est La Petite Maison dans la prairie, où Charles Ingalls emmène Caroline danser au saloon. Ou il joue du violon et tous les amis sont là, le Docteur Baker, Jonathan Harper et Harriet Oleson. C'est super !
Et c'est là que les Athéniens s'atteignirent, que les Perses se percèrent et que les Satrapes s'attrapèrent.
Les chaussettes sales qui traînent, les 5 à 7 dans des hôtels de passe, les copains qui squattent, les inscriptions en loucedé sur Meetic, le Bourguignon chez la belle-doche, les engueulades, les soirées devant NCIS, le bordel qui s'entasse dans les étagères que personne ne veut réparer (le gaufrier de l'anniversaire, l'aspirateur Dyson, le dictionnaire des rimes, des boîtes à chaussures pleines de vieilles lettres jaunies et 2000 vieilles godasses puantes) et les vacances dans le Tarn. Et les dîners se passent à trouver un sujet de conversation. vdm.fr
On passe une vieille vie en attendant la retraite où, de toute façon l'un ou l'autre claque d'une rupture d'anévrisme. Ou on se quitte.
Quand on sait que dans la quête de l'autre, c'est soi qu'on recherche, ça fout les jetons. Ca permet de voir, en tout cas, si l'image qu'on a de soi est reluisante ou dégueulasse.
Allez, une petite introspection n'a jamais tué personne. On trouve aussi bien sa vérité en regardant 48 heures une tapisserie de mur qu'en allant draguer n'importe quoi.
Tout ça pour dire que ma grand-mère est une source d'inspiration inépuisable pour tout ce que j'écris. Un jour, elle me donnait un énième conseil, que je n'ai, naturellement, pas suivi (Cf. article précédent) et, lasse, m'a dit : "Yooo, Firchinia, tu ferras, un chour, tu penseras à ce que che t'ai dit !".
C'est aujourd'hui. Je pense à elle avec ma tisane "Orange-Ingwer" du Kaufland et je me promets que j'irai lui apporter "une" éclair au café la prochaine fois que j'irai la voir au Bois-Fleuri...

5 commentaires:

  1. Et je rajouterai, en citant une nouvelle fois Mamama : "Se ressemble, se rassemble !" :-D

    RépondreSupprimer
  2. mais ma Gz, le problème, c'est que t tellement uniiiiiiiiiiiiiique, vazy pour trouver qqun qui te ressemble....

    RépondreSupprimer
  3. Décidément, Mamema est une réelle source d'inspiration !

    RépondreSupprimer
  4. Sympa ce post lorsqu'on est parisien et qu'on s'appelle Dumont... À se demander en effet si on peut s'entendre !

    RépondreSupprimer