Dans la vie, on se croit toujours très malin. Moi la première. J'en ai toujours fait qu'à ma tête. Ma mère vous le dira, et me l'a clairement dit quand je leur ai reproché, à elle et à mon père, de ne pas m'avoir obligée à continuer la danse classique : "Ah, mais ma fille, on ne pouvait rrrien te dirrre, tu n'en as toujourrrs fait qu'à ta tête !" (elle roule les R, ma mère). En même temps, je devais savoir, inconsciemment, que je ne voulais pas finir petit rat de l'opéra de Paris. Le problème, c'est pas les rats. Les rats, j'aime encore bien. C'est Paris. Mais bref. C'est vrai que pour certains trucs, j'écoute les autres, genre "Non, tu devrais pas prendre ce top à rayures, il te boudine !" ou "Je te déconseille fortement le carré d'agneau aux herbes, ici le chateaubriand et sa béarnaise maison sont bien meilleurs !". Mais pour d'autres, je dis "o
uioui, t'as raison !" et je fais exactement le contraire.
uioui, t'as raison !" et je fais exactement le contraire.Par exemple, après mon bac, j'avais prévu de faire l'Ecole du Louvre. J'avais même trouvé une piaule aux Invalides et tout ça. Mais au dernier moment, malgré les encouragements de ma prof d'histoire de l'époque, Mme Vieillecroze, qu'elle s'appelait, j'ai décliné pour m'inscrire en hypokhâgne. Mais hypokhâgne m'a vite gavée et je me suis barrée pour aller en fac de Lettres Modernes. Tout ça pour qu'au bout de 4 ans, bien saoulée par les pseudo-intello à loden et cartable vintage, je plaque tout pour faire un CAP Mécanique Moto, au grand dam de mes pauvres parents, constatant, avec impuissance, que tous leurs efforts et le soin qu'ils avaient apportés à mon éducation n'avaient servi strictement à rien. J'ai jamais trouvé un seul garage qui acceptât de m'embaucher et, piteusement, j'ai passé le concours de prof. Je me console aujourd'hui en faisant les vidanges de ma bécane d'une main de maître mais j'ai perdu un temps fous avec ces conneries, je suis en retard dans mes cotisations-retraite et je vais être obligé de bosser jusqu'à 85 ans pour payer ma bouillotte, mon abonnement aux DNA, mon tapioca et mon opération de la hanche. Bravo ! J'ai tout gagné avec mes grandes idées...
Pour Paris, ça a été pareil.Mon frère, d'abord, pour avoir expérimenté la vie parisienne, m'a dit, bienveillamment, alors que je claironnais fièrement que j'allais demander ma mutation pour la capitale : "Tu sais, je crois qu'un Ruppert n'est pas fait pour vivre à Paris...". "Ouioui", que je lui ai répondu, "t'as bien déménagé à Montluçon, toi !". Aujourd'hui, quand il m'envoie des photos de ses gamins jouant dans la neige de leur jardin, je me dis :"Et flûûûte !"...
Mon père, ensuite, très alarmiste, de me découper des articles du Républicain Lorrain traitant de la montée de la violence dans les cités de banlieues parisiennes, "Encore un enseignant poignardé", "Fusillade à la sortie d'un collège sensible", blablabla. Mais il avait fait la même chose quand j'ai eu mon permis-moto, "Mortelle randonnée au Col de la Schlucht", "2 motards trouvent la mort dans le Val de Villé"... et c'est pas pour ça que moi je suis tombée, alors... Je me suis dit : "Tsss ! Encore ses préjugés à la noix !". Moi-même, toute lettrée que je suis, je pensais que Boulogne-Billancourt était une ville craignos parce qu'on en entendait tout le temps parler à la télé. Et on m'a dit que, si on en entendait tant parler, c'était juste parce que les studios de télé y étaient installés... Hum ! Mais il n'est jamais trop tard ni pour bien faire ni pour apprendre. Ces dernières années, alors que je pensais tout savoir, j'ai découvert par exemple avec stupéfaction :
- qu'on disait une "clef Allen" et pas une "clef à laine"
- qu'on disait le "Vendée Globe" et pas le "vent des globes"
- qu'on disait "pallier les difficultés" et pas "pallier aux difficultés"
- qu'on disait "parler comme une vache l'Espagnol" et pas "comme une vache espagnole" (pourquoi les vaches espagnoles parleraient-elles plus mal que les autres, d'ailleurs ?)
- qu'on écrivait "au temps pour moi" et pas "autant pour moi"
- que le trompe-couillons c'était du maquillage
- et que quand, dans une petite annonce, quelqu'un vendait un frigo "cause double emploi", ça ne voulait pas dire qu'il exerçait deux professions...
Alors je me suis dit que l'inquiétude de mon père n'était due qu'à sa méconnaissance du terrain. Et donc, en partant du postulat qu'il nous fallait entretenir le conflit des générations, et peut-être par pur esprit de contradiction sur ascendant, j'ai décidé que je m'en tamponnais le coquillard de ce qu'il pouvait bien me raconter comme sornettes et que j'allais partir quand même. Là. Bien fait.
Ensuite, y'a mes amis qui ont essayé de me mettre en garde. Pour certains, je me suis dit "Pfff ! Ils sont jaloux parce que moi j'avance et pas eux !" (Bonjour l'avancée, tiens !). Pour d'autres, j'ai imaginé qu'ils tentaient de me retenir pour que je restasse avec eux, dans mon délire égocentrique mégalomaniaque. Comme si j'allais moins les voir sous prétexte que je partais à 500 bornes, franchement... Y'a eu aussi les visionnaires, les Madame Irma de service, ceux qui, dans leur boule de cristal, voyaient tout ce qui allait m'arriver,
le métro bondé, la racaille de banlieue, la chèreté de la vie et tout. Quand j'y repense, ça fout les jetons. Et puis y'a eu les gentils, ceux qui abondaient dans mon sens, qui me brossaient dans le sens du poil, les Kaa et leur "Aie confiaaaanssss !", les insectophobes qui éclataient la gueule du Jiminy Cricket que j'avais dans la tête, à grand coup de tapette à mouche. On a tous un Jiminy Cricket dans la tête, ce sixième sens extra-lucide qui vous souffle exactement ce que vous devez faire ou non, mais moi aussi j'ai toujours détesté les insectes, volants ou rampants, et je lui ai claqué son beignet. Et je suis partie.Voilà, j'en ai fait qu'à ma tête... J'ai passé des soirées entières à pleurer comme un veau, et des matinées à me tartiner d'anti-cernes et de fard à paupières parce que je ressemblais à un mérou. Au début, je l'ai pas trop ramenée, puisque c'était moi, dans ma grande intelligence, qui avais fait ce choix et que c'était bien fait pour ma gueule. Puis je me suis risquée à témoigner. Personne ne m'a dit que je n'avais que ce que je méritais. Les Alsaciens savent se tenir, tout de même, même s'ils n'en pensent pas moins ! Cela dit, j'ai des amis lorrains aussi, donc ça ne veut rien dire. J'ai même eu droit à de la compassion et de l'empathie.
Et puis, un jour, je me suis dit qu'il fallait que j'arrêtasse de faire ma gonzesse au bord du gouffre, ça va 5 minutes. Finalement, Paris, c'est comme quand tu te noies. Enfin, je me suis jamais noyée, mais je pense que si ça avait été le cas, ça aurait été exactement comme ça, genre comme dans Open Water. Tu luttes, tu luttes, il fait nuit, y'a des requins qui te tournoient autour, ton canot de sauvetage prend l'eau, t'as plus rien à bouffer, tu crèves de froid et les hélicoptères d'Alerte à Malibu n'arrivent jamais. Et puis tu te laisses couler en te disant que quand t'étais dans le ventre de ta mère, tu respirais aussi de l'eau. Tes poumons se remplissent et tout à coup, ça va mieux. Grâce à toute cette flotte, je vois maintenant mon verre à moitié plein. Finalement, Paris est un grand laboratoire social. Des cages de Parigots albinos sur lesquels on teste les tendances et la résistance au stress à grands coups de sondes et de capteurs. En fait, c'est passionnant. Mais bon, y'aura toujours des extrémistes qui utiliseront des produits non-testés sur les Parisiens, des partisans de la bonne cause humanitaire. Moi, franchement, c'est pas trop mon truc.
J'en ai plus que marre des associations humanitaires, animalitaires ou environnementalitaires. Le totalitarisme associatif m'a tuer.
Je ne sais pas pourquoi tout le monde me gonfle avec ça. Je mets mon carton et mon papier dans la poubelle jaune, le verre à la benne, les piles et les cartouches d'imprimante dans la petite urne à Auchan et l'huile de vidange à la déchetterie.
Tous les ans, j'envoie un chèque à la PETA et un autre à 30 Millions d'Amis.
Je file mes vieux téléphones portables à Body Shop pour aider les femmes battues, mes vieilles paires de lunettes pour les petits Africains et mes vieilles fringues à la Croix Rouge. Et des fois j'apporte des produits ménagers ou des croquettes à la SPA, ou j'achète un paquet de café issu du commerce équitable.

Je bois même de la bière pour économiser l'eau.
Je fais ce que je peux avec mes petits moyens.
Alors j'en ai marre :
- Que des abrutis d'étudiants en T-shirt orange me traitent de connasse Place Kléber parce que je refuse de donner de la thune à Handicap International, tout ça parce que jeur dis que je donne déjà pour les animaux et que je ne peux pas donner à tout le monde. Idem pour les Greenpeace, le Téléthon, la Ligue contre le Cancer ou la secte Moon.
- Que des no-borders en tente Quéchua m'apostrophent à la cool et me tutoient pour que ouais, tu vois, ça serait mais trop trop sympa de filer un petit quelque chose pour les plus démunis. Les plus démunis en question ont une crête rose, des tattoos, un clébard et des fringues de Mad Max. Ils ont 20 ans, 2 bras, 2 jambes, droit au RMI, RSA, CSG, CAF, piscine/ciné/musée/transports/abonnement téléphonique à l'oeil, ne sortent sûrement pas de l'Assistance Publique et n'ont qu'à aller bosser comme tout le monde. Je ne me lève pas tous les matins à 6h pour que des parasites puissent faire bronzette ou de la jongle sous la statue du Général Kléber.
- Qu'on me critique parce que je prends un bain (au lieu d'une douche), que je laisse la lumière allumée (quand je quitte une pièce), que je préfère rouler seule dans ma bagnole (et refuse le co-voiturage), que j'utilise une feuille vierge (en guise de brouillon) ou 5 feuilles de PQ au lieu de 2, de la lessive pas écolo, que je pose mon cul sur un canapé en cuir en vraie vache à 10.000, que je mange du poussin rôti, ou que je refuse de prendre un bain dans l'eau du précédent. Y'a pas plus nazi qu'un écolo, un végétarien ou une mère Thérésa. Toutes ces idées sont nobles mais il faut arrêter de couvrir de goudron et de plumes celui qui ne les met pas en pratique.
Y'a toujours des gens qui se sentent investis d'une mission divine, d'aider les autres et la Planète. Tant mieux. C'est bien d'être sensible ou pétri d'empathie et d'amour du prochain. Mais faut arrêter d'emmerder tout le monde avec ça, arrêter de faire culpabiliser son entourage. Si les manifs et les pétitions servaient à quelque chose, ça se saurait. On n'est plus en 1936. Maintenant, c'est chacun pour sa gueule. Si ça peut donner bonne conscience à certains de collecter du savon pour les gamins du Burkina Faso, tant mieux. Mais ça fait des années qu'on leur envoie du savon... quand on sait qu'ils n'ont même pas de flotte... Si ça se trouve, il a été récupéré par quelque labo pour en faire un shampoing anti-pelliculaire à moindre coût, ou des prothèses mammaires.
C'est bien si ça occupe les vieilles rombières du Rotary Club. Mais les étudiants feraient bien de réviser pour leurs partiels au lieu de faire les marchands de chouchous. Histoire qu'ils cotisent aussi un jour pour financer des trucs qu'ils n'ont pas choisis.
Bien sûr que j'aime la nature et les animaux, je n'écrase pas les escargots, je n'arrache pas les bourgeons des sapins et je pleure devant les émissions qui montrent la torture animale. J'ai même un autocollant anti-abandons d'animaux domestiques avant l'été. Mais espérer que tout ça changera, c'est comme pisser dans une guitare. Alors chacun doit faire ce qu'il peut, avec ses petits moyens.
Et si on continue à me casser les pieds, je vais commencer à vider mes cendriers sur les parkings !
Alors la vivisection sur les Parisiens, je suis pour. Ca permettra aux rats de souffler un peu. Mais bon, j'ai toujours été archi-nulle en SVT et l'idée d'être laborantine ne m'a jamais traversé l'esprit. Je laisse ça aux autres. Moi, pour l'instant, je me suis créé une petite Zone51 autour de moi, et j'expérimente les moyens de me sortir du guêpier dans lequel je me suis fourrée. Appelez-moi Alice au Pays des Merveilles.
"Minet du Cheshire (...), voudriez-vous me dire, s'il vous plaît, quel chemin je dois prendre pour m'en aller d'ici ?- Cela dépend beaucoup de l'endroit où tu veux aller, dit le chat.
- Peu m'importe l'endroit, dit Alice.
- En ce cas, peu importe la route que tu prendras, répliqua-t-il.
- ... Pourvu que j'arrive quelque part, ajouta Alice en guise d'explication.
- Oh, tu ne manqueras pas d'arriver quelque part, si tu marches assez longtemps."

C'est ton blog qui est trop génial ! On songeait à te voler tes messages pour les compiler dans un livre à nos noms et devenir riches sans que tu le saches...
RépondreSupprimer