lundi 25 janvier 2010

Le complexe du hérisson.

Comme dirait un ami imprimeur, la première impression est toujours la bonne. Mon problème, c'est que j'ai été à l'école. Et, à l'école, on vous dit toujours de ne pas écrire de truc à l'emporte-pièce, de faire un brouillon, de vous relire, tout ça. C'est comme ça que j'ai réussi à faire 3 fautes à la dictée de Puteaux : je me suis relue. Et puis, j'ai eu un doute affreux. J'ai corrigé et, résultat, c'était faux. Genre, au lieu d'écrire un "rat d'eau", j'ai écrit un "radeau", comme si un radeau avait quelque chose à faire dans un marécage au milieu des canards sauvages.
Enfin bref, donc l'autre soir, ma copine Manon, qui en avait sans doute assez de m'entendre geindre que Paris c'était pourri, m'a offert un hérisson en peluche ramené de la Cité des Sciences où elle avait été en sortie avec les élèves. Reboostée par ce nouvel ami qui trône désormais sur mon ordi après avoir été passé à la Javel parce que caressé par tous les élèves, je me suis dit que j'étais vraiment trop méchante et qu'y'avait des tas de gens vraiment sympa à Paris, sauf qu'il fallait juste les rencontrer. Alors quand Manon m'a proposé de l'accompagner à la Maison de l'Aquitaine parce qu'elle avait des invit' pour une soirée où des chefs proposaient un menu gastro, j'ai accepté. En plus, les Dieux étaient avec moi puisqu'il fallait prendre le métro jusqu'à Opéra et qu'Opéra, c'est sur ma ligne, pas besoin de changer. D'ailleurs, Manon aussi habite sur cette ligne, genre à 20mn de chez moi, j'ai réalisé ça l'autre jour avec stupéfaction, et si je m'étais bougée un peu plus tôt, j'aurais sûrement passé moins de temps à me momifier chez moi.
Donc, oui, Manon m'a filé rencard devant l'opéra (justement). J'ai pris mon courage à deux mains et je suis partie, vaguement apprêtée pour pas faire l'Alsacienne débarquant de sa campagne avec sa coiffe et son litron de bière, mais pas trop non plus, parce que bon, la Maison de l'Aquitaine, ça reste la province quand même, faut pas déconner non plus. Je suis sortie du métro et je suis arrivée devant un bâtiment qui pouvait passer pour un opéra. Enfin, je savais pas trop, alors j'ai scruté le fronton, c'était pas écrit "Opéra" dessus mais "Académie Nationale de Musique". Alors j'ai supposé que c'était ça et j'ai attendu Manon en observant la populace fourmillante, les gens qui sortent du boulot, quelques touristes japonais mangeant un sandwich triangle, des couples très vieille France et des blondasses endimanchées qui font style je pleure sur du Wagner. Je me demandais quand même ce qu'elles foutaient là au lieu de minauder dans un bar à vin. Mais bon, Manon est arrivée toute pimpante et j'ai oublié mes considérations métaphysiques de vieille aigrie.
On a trottiné vers la Maison de l'Aquitaine, non sans nous arrêter sous une porte cochère pour que Manon pût procéder à l'échange de ses moon boots spéciales métro contre une paire de bottines à talons hauts du plus bel effet avec sa veste en fourrure blanche.
Dans la ruelle, une fanfare de Basques commençait à jouer des morceaux de chez eux en béret et chemise rouges, agréablement typiques et régionaux à part les baskets Nike aux pieds, mais bon, faisait pas super chaud non plus.
On est entrées faire un tour de reconnaissance et puis on est ressorties parce qu'ils ne servaient pas encore à manger et que Manon attendait son copain et un copain de son copain. Alors on a demandé à une dame de nous prendre en photo à côté de la fanfare et ensuite, Manon a collé son nez à la vitrine, a vu qu'un type ouvrait des huîtres pour l'apéro, a commencé à être hyper acariâtre parce qu'elle mourait de faim et s'est mise à développer des stratégies machiavéliquissimes pour être devant le buffet-huîtres avant tout le monde. Résultat des courses, quand on a enfin réussi à pousser toutes les vieilles rancies et les vieux à gros bides bravant leur goutte pour aller se goinfrer, on a appris que les huîtres ne seraient servies qu'après le discours du président. Dépitées, on est descendues au sous-sol boire un coup de Château Ferran en mangeant des canapés de foie gras. Bien entendu, quand le discours du président s'est terminé, y'avait tellement de monde là-dedans qu'on n'a jamais réussi à regagner le stand des huîtres et qu'on a dû se consoler avec de la charcuterie basque. Mais c'était pas trop grave vu que le copain et le copain du copain étaient arrivés et que je les trouvais bien marrants, surtout qu'Alex, le copain du copain, avait un pull sublime à rayures rouges et blanches tricoté par sa maman, des bottes de cow-boy et une ceinture américaine trop vintage.
Voilà, on a passé la soirée là-dedans, à goûter des trucs tout bizarres, genre une gelée qui avait pas gelé avec des miettes de crabe et du radis blanc râpé, une espèce de terrine qu'on aurait dit du fromage de tête, un gaspacho de poivrons aux fruits de mer mais avec une mousse bizarre au fond, et le tout était très bon. Ou bien c'était le Château Ferran. Y'avait même un photographe qui a pris Manon toute jolie avec sa verrine à la main et moi, il m'a photographié le poignet alors que je tenais un gressin, tout ça parce qu'un bout de tatouage dépassait de mon pull. En tout cas, quand y'a plus eu de Château Ferran, vu que les vieux avaient tout sifflé, qu'il restait que du vin blanc et que le vieux n'aime pas le vin blanc, sauf s'il est alsacien et qu'il a en face de lui quelques bonnes bouteilles des Hospices Civils de Strasbourg, et aussi quand Alex a estimé que ça sentait trop le vieux là-dedans, on est partis vers des horizons plus accueillants. Xavier le copain en scooter, et Manon et moi avec Alex dans sa petite Alfa Roméo trop jolie, toute basse, avec des petits rétro ronds et une fermeture même pas centralisée, à travers les petites rues de Paris by night qui vous réconcilient avec le monde, surtout quand Manon commente et qu'elle nous indique, négligemment, que ben là, c'est le restau de Depardieu. Et on a atterri dans la petite brasserie en bas de chez elle, très typique, avec des prix normaux et des gens qui parlent fort. On a commandé à dîner et, franchement, j'ai passé une bonne soirée ailleurs que sous ma couette devant les Experts à pleurer mon Alsace. On a été rejoints par Agnès et Agnès, elle est marrante. Et on a parlé de la Vitaminwater, de l'article sur les "it-girls" rédigé par Xavier ou du film d'horreur qu'Alex veut tourner au Canada et qu'il lui manque comme personnage la pouffe qu'on voit 2 minutes et qui se fait buter par un monstre, même qu'il a proposé le rôle à Agnès, sauf qu'Agnès, elle s'en fout, elle déserte Paris pour être milliardaire dans les îles.
Ils ont continué la soirée sans moi, parce qu'il fallait que je chope le dernier métro. Manon m'a bien proposé de dormir chez elle mais je n'avais pas prévu mon baise-en-ville avec culotte, brosse à dents et produit pour lentilles. Et puis, j'en avais bien assez fait pour ce soir.
Je suis rentrée complètement pompette mais vraiment ravie de mes nouvelles rencontres.
Sauf que.
Sauf que le lendemain, j'ai demandé le fameux Alex en ami sur Facebook et il m'a jetée comme la dernière des pouilleuses ! Je me suis dit ah mais vraiment, mais je rêve, ah mais c'est typiquement parisien, ça, et j'ai grommelé et ronchonné et pesté en jurant, mais un peu tard, qu'on ne m'y prendrait plus. Et là, j'ai réalisé qu'on ne faisait jamais assez attention aux cygnes. Enfin, en même temps, à Paris, c'est un peu dur, y'en a pas. Ou alors faut que je consulte les oracles dans les entrailles des pigeons du parvis de Notre-Dame... Et ça, c'est dégueu, donc je vais m'en tenir aux bons conseils de mon ami qui est imprimeur, et alsacien. J'aurais dû me douter que le Parisien était fourbe. Je suis trop naïve, parfois. Heureusement, il me reste Cicéron le hérisson, qui me rappelle le jardin de mes parents et la cascade dans le Jura où je suis allée en week-end avec Ronan.
Désormais, j'y ferai plus attention, aux cygnes. David Vincent nous avait prévenus, ils sont partout, autant que la vérité est ailleurs. Je vais même faire un don à la LPO, tiens...

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