Deux misérables jours de congé et, hop, on reprend, sans effort aucun, son rythme biologique. Lever à midi du mat', un grand mug de café et du Nutella à la cuiller en checkant ses mails, un Chartreux ronronnant sur ses genoux, un p'tit morceau de hillbilly en background music... et une longue journée pour tout faire, briquer son apparte, cuisiner des petits plats du livre de recettes de Simone Morgenthaler, lire, voir ses amis (de l'Education Nationale s'entend, puisque les autres bossent...), mater la saison 8 des Experts Las Vegas du fond de sa couette... coucher à 2h du mat', voire plus... La classe internationale, quoi !
Et, soudain, horreur !!! Deux semaines plus tard, c'est la rentrée. Quelques jours avant, déjà, on se sent assailli par des maux d'estomac, des frissons, une vieille migraine. On prie secrètement pour avoir été contaminé par la grippe A et prolonger ses vacances. On appelle ses comparses prof' ou instit' pour avoir moins peur, pour remonter en quelques secondes l'internationale enseignante, s'assurer qu'on n'est pas tout seul dans son marigot putride, que personne n'est parvenu à bosser durant ces deux semaines comme il l'avait prévu... Puis on se précipite sur Facebook, pour voir les humeurs du jour de chacun. Le pire, c'est quand même après les vacances de Noël. Entre ceux qui ont les bronches prises et le nez qui coule, ceux qui jurent devant Dieu que plus jamais ils ne toucheront à une goutte d'alcool après un réveillon mémorable, ceux qui pleurent sur leur pèse-personne alourdi par force bûches et galettes des rois et les prof', Facebook devient un véritable mur des lamentations.
Lorsque le dimanche soir arrive comme une main glacée qui vous attrape par les cheveux, je suis secouée de sanglots, je me griffe le visage et me le couvre de cendres. C'
est abominable.
Alors oui, plus on a de vacances et plus on ressemble à Prométhée. Sept semaines pour se reconstituer un foie (alcool mis à part) et, en un seul dimanche soir, un aigle se repointe pour le redévorer.
Parce qu'on les connaît, les lundi de rentrée... Le lycée est glacial parce que le chauffage a été coupé pendant les vacances (geste pour la planète ou pensée émue pour le contribuable ?)... Je fais cours en manteau... Les élèves sont en hibernation. Ils sont posés devant moi, tels une bande de moules sur un rocher, dans leur doudoune à col en fausse fourrure, leur casque de MP3 planqué sous leur dreadlocks et leur portable dépassant de leurs moufles Nike... Et j'ai même pas envie de les déranger, j'économise mes calories que je ferais pourtant bien de perdre après avoir fait bombance... Et puis, tout le monde se souhaite ses bons voeux, alors que personne n'en a rien à foutre... Santé ! Bonheur ! "Yo, mais Firchinia, tant qu'on a la saaaanté !" comme disait ma grand-mère... Et c'est relou de faire la bise à tout le monde ! Y'en a des à qui on aime encore bien la faire, les beaux qui sentent bon, mais y'en a d'autres qu'on s'en passerait franchement bien...
Alors on se réconforte comme on peut, on compte les semaines jusqu'aux vacances de février ("Wow ! Pourquoi i z'ont que 5 semaines en zone B et nous 7 semaines en zone C, bordel ?!")... on se plonge dans le menu ultra-gras du restaurant scolaire (ce midi c'était oeufs-mayo, cordon bleu et frites)... on surligne dans son calendrier les classes qui partent en stage, que ça va alléger notre emploi du temps et ça met du baume au coeur de savoir qu'on verra plus leur sale gueule pendant quelques temps... Et puis on se fait des debrief' entre compagnons de galère, par sms, par mail, sur Skype, Facebook, MySpace... "Alors, ta rentrée ?", "M'en parle pas, j'en ai juste mais trop marre !", "Chuis juste mais trop crevé(e) !"... On feuillette les petites annonces pour trouver un autre taf, n'importe quoi... Parce qu'après cette coupure spatio-temporelle, on replonge de plain-pied dans la médiocrité médiocrissime ambiante... Y'a de nouveau un type qu'a pissé dans mon parking souterrain sauf qu'en plus y'a plus de lumière dans le couloir pour y accéder et chaque fois que j'y passe, j'ai l'impression d'être poursuivie par Michael Myers dans Halloween... La cour est constellée de crachats dégoûtants et les élèves sont toujours aussi bêtes. Entre ceux qui me répondent : "On t'a pas sonnée, wèsch !" quand je leur demande de se taire, ceux qui répondent à la surveillante, leur demandant de la regarder quand elle leur parle, "Pourquoi j'te regarderais, wèsch, t'es pas une bombe latine !", celles qui ont instauré le youyou des mariages maghrébins dans les couloirs ou ceux qui, lors des ateliers recherche de stage, téléphonent aux entreprises façon Omar & Fred en disant : "Chuis au lycée, wèsch, faut qu'j't
rouve un stage !" et se demandent pourquoi ils restent sur le carreau, on n'est pas sortis de l'auberge espagnole !
Dans une prochaine vie, je jure d'être une mère de famille japonaise et de travailler comme une forcenée pour payer une école privée aux Amériques à mes enfants, 10 heures par jour, 7 jours sur 7. Ou bien de tisser des tapis dès l'âge de 8 ans au Pakistan, avec mes petits doigts déformés et shootée à l'opium pour oublier que je bosse.
Finalement, le prof est un branleur... épuisé par trop de vacances... On croit rêver ! (Et un râleur aussi).
Arbeit macht frei.
Et, soudain, horreur !!! Deux semaines plus tard, c'est la rentrée. Quelques jours avant, déjà, on se sent assailli par des maux d'estomac, des frissons, une vieille migraine. On prie secrètement pour avoir été contaminé par la grippe A et prolonger ses vacances. On appelle ses comparses prof' ou instit' pour avoir moins peur, pour remonter en quelques secondes l'internationale enseignante, s'assurer qu'on n'est pas tout seul dans son marigot putride, que personne n'est parvenu à bosser durant ces deux semaines comme il l'avait prévu... Puis on se précipite sur Facebook, pour voir les humeurs du jour de chacun. Le pire, c'est quand même après les vacances de Noël. Entre ceux qui ont les bronches prises et le nez qui coule, ceux qui jurent devant Dieu que plus jamais ils ne toucheront à une goutte d'alcool après un réveillon mémorable, ceux qui pleurent sur leur pèse-personne alourdi par force bûches et galettes des rois et les prof', Facebook devient un véritable mur des lamentations.
Lorsque le dimanche soir arrive comme une main glacée qui vous attrape par les cheveux, je suis secouée de sanglots, je me griffe le visage et me le couvre de cendres. C'
est abominable.Alors oui, plus on a de vacances et plus on ressemble à Prométhée. Sept semaines pour se reconstituer un foie (alcool mis à part) et, en un seul dimanche soir, un aigle se repointe pour le redévorer.
Parce qu'on les connaît, les lundi de rentrée... Le lycée est glacial parce que le chauffage a été coupé pendant les vacances (geste pour la planète ou pensée émue pour le contribuable ?)... Je fais cours en manteau... Les élèves sont en hibernation. Ils sont posés devant moi, tels une bande de moules sur un rocher, dans leur doudoune à col en fausse fourrure, leur casque de MP3 planqué sous leur dreadlocks et leur portable dépassant de leurs moufles Nike... Et j'ai même pas envie de les déranger, j'économise mes calories que je ferais pourtant bien de perdre après avoir fait bombance... Et puis, tout le monde se souhaite ses bons voeux, alors que personne n'en a rien à foutre... Santé ! Bonheur ! "Yo, mais Firchinia, tant qu'on a la saaaanté !" comme disait ma grand-mère... Et c'est relou de faire la bise à tout le monde ! Y'en a des à qui on aime encore bien la faire, les beaux qui sentent bon, mais y'en a d'autres qu'on s'en passerait franchement bien...
Alors on se réconforte comme on peut, on compte les semaines jusqu'aux vacances de février ("Wow ! Pourquoi i z'ont que 5 semaines en zone B et nous 7 semaines en zone C, bordel ?!")... on se plonge dans le menu ultra-gras du restaurant scolaire (ce midi c'était oeufs-mayo, cordon bleu et frites)... on surligne dans son calendrier les classes qui partent en stage, que ça va alléger notre emploi du temps et ça met du baume au coeur de savoir qu'on verra plus leur sale gueule pendant quelques temps... Et puis on se fait des debrief' entre compagnons de galère, par sms, par mail, sur Skype, Facebook, MySpace... "Alors, ta rentrée ?", "M'en parle pas, j'en ai juste mais trop marre !", "Chuis juste mais trop crevé(e) !"... On feuillette les petites annonces pour trouver un autre taf, n'importe quoi... Parce qu'après cette coupure spatio-temporelle, on replonge de plain-pied dans la médiocrité médiocrissime ambiante... Y'a de nouveau un type qu'a pissé dans mon parking souterrain sauf qu'en plus y'a plus de lumière dans le couloir pour y accéder et chaque fois que j'y passe, j'ai l'impression d'être poursuivie par Michael Myers dans Halloween... La cour est constellée de crachats dégoûtants et les élèves sont toujours aussi bêtes. Entre ceux qui me répondent : "On t'a pas sonnée, wèsch !" quand je leur demande de se taire, ceux qui répondent à la surveillante, leur demandant de la regarder quand elle leur parle, "Pourquoi j'te regarderais, wèsch, t'es pas une bombe latine !", celles qui ont instauré le youyou des mariages maghrébins dans les couloirs ou ceux qui, lors des ateliers recherche de stage, téléphonent aux entreprises façon Omar & Fred en disant : "Chuis au lycée, wèsch, faut qu'j't
rouve un stage !" et se demandent pourquoi ils restent sur le carreau, on n'est pas sortis de l'auberge espagnole !Dans une prochaine vie, je jure d'être une mère de famille japonaise et de travailler comme une forcenée pour payer une école privée aux Amériques à mes enfants, 10 heures par jour, 7 jours sur 7. Ou bien de tisser des tapis dès l'âge de 8 ans au Pakistan, avec mes petits doigts déformés et shootée à l'opium pour oublier que je bosse.
Finalement, le prof est un branleur... épuisé par trop de vacances... On croit rêver ! (Et un râleur aussi).
Arbeit macht frei.

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