D'aucuns se demanderont sans doute ce que je suis allée foutre dans cette galère. Certes... Mais ceux qui me connaissent savent que je suis une fille d'expérience. Oh, pas que j'ai de l'expérience (ça se saurait !), non, plutôt que j'expérimente. Disons alors plutôt une fille d'expériences. Il est vrai que je ne réfléchis pas toujours à ce que je fais ou compte faire. Enfin si, j'y réfléchis , mais je peux retourner une idée dans ma tête pendant des mois, peser le pour et le contre, demander des avis de tous les côtés, je finis quand même par la tenter, juste pour voir. Parce que même si elle s'avère complètement farfelue, au moins j'aurai essayé. Surtout que je retire toujours de tout la substantifique moelle. Là, par exemple, je pourrai dire : "Aaah, mais ma bonne dame, la banlieue parisienne, mais je connais !" et briller en société quand je rentrerai au bled. Et je tiendrai en haleine des dizaines d'auditoires médusés, lors de dîners mondains, en leur racontant que oui, j'en suis sortie vivante et oui, c'est exactement ce qu'on s'imagine, et même pire. En plus, j'ai sous la main une matière inépuisable pour rédiger ce blog. Et mes terribles récits de voyage seront imprimés sur des rotatives planquées dans des caves secrètes, distribués sous le manteau et feront pleurer les foules. Peut-être même que je gagnerai l'Ours d'Argent au Festival International du Film de Berlin tellement que ça sera triste. Ouais, non, mais là je délire... Je récupère à peine de ma semaine. N'empêche que ça pourrait être un super beau film, avec des images vraiment belles, comme par exemple avec mon meilleur moment préféré de la journée.
Mon meilleur moment préféré de la journée, c'est le matin quand je vais bosser. Ca semble space, comme ça, mais en fait non. C'est vrai que je suis toujours crevée comme tout, même que l'autre fois, j'étais même tellement crevée que je suis partie au lycée avec juste un oeil de maquillé. Sur le coup, je pigeais pas pourquoi j'avais une tête bizarre en me regardant dans le rétro. Mais bon, donc oui, je suis toujours crevée, mais quand je sors de chez moi, il fait encore nuit, la rue est toute silencieuse et éclairée par des spots verts entre les palmiers. Moi je suis toute fraîche et toute propre, pas encore transpirée et dégueulassée par les microbes d'élèves qui traînent partout, au point que j'ouvre les portes avec mon coude, que je ne prête jamais mes marqueurs et que j'ai toujours ma fiole de solution hydro-alcoolique dans mon baise-en-ville. Ce qui est bien, c'est qu'avec ces histoires de grippe A, les élèves pensent simplement que je ne veux pas l'attraper, ils ne se doutent pas que j'ai des hauts-le-coeur en les voyant, avec leurs mains moites et dégoûtantes qu'on sait même pas où elles ont traîné, dans leur nez, leur oreille ou leur culotte. Car l'élève, tout comme le rat, est porteur des germes les plus noirs.
Bref. Donc j'arrive à ma bagnole, qui est une succursale de mon lit, un petit cocon avec ma bouteille d'eau pétillante, mon I-Pod shuffle et Léontine la cigogne en peluche de Lapoutroie accrochée après le rétro. Il n'y a quasiment personne sur la route, je mets ma musique à donf' et je suis les quais de la Seine. Et puis je tourne sur le Pont de Courbevoie. Le feu est toujours rouge et me laisse le temps d'entrer en contemplation et je suis là à regarder le soleil se lever doucement sur la nuit parisienne, le ciel est fuschia et bleu marine. Des jardinières de fleurs longent le pont jusqu'au panneau "Courbevoie" et j'ai découvert que Courbevoie était jumelée avec
Freudenstadt et ça, c'est vraiment classe, parce que Freudenstadt, c'est hyper-beau, et c'est en Allemagne. A gauche du pont, tout est encore sombre. On distingue juste une ligne d'immeubles inégaux et les quelques lumières des fenêtres allumées et des réverbères se reflètent dans l'eau.
Bon, évidemment, après, ça se gâte. Je me gare dans mon parking souterrain, je remonte à la surface en apnée parce que ça pue vraiment trop la pisse et, même si je suis la première à arriver au lycée, y'a toujours des mottes d'élèves qui squattent les bancs ou l'abribus alentour. Ca me gâche quand même mon plaisir d'arriver en traînant les pieds dans les feuilles mortes.
Le soir, bien sûr, le trajet a perdu de son charme. Je rentre dans une circulation sauvage, vas-y que j'te traverse inopinément même en poussant un landeau, que j'te coupe la route, que j'te grille un feu rouge et, comme le suivant ne passe pas au vert, tout est bloqué, tout ça en slalomant entre les bus. Et je croise ici un accident de scooter avec des po
mpiers qui tentent de réanimer un gars inerte sous une couverture en alu doré, là un vieux PMU couvert de crasse avec un bout d'enseigne de guingois, 3 restau chinois côte à côte avec des décorations poussiéreuses, une station service taggée, un immeuble en démolition, un kebab à la devanture couverte de fautes ("Spécialitées turque") ou un garage pouilleux.
Vivement l'hiver que je rentre aussi de nuit !
Mais je sais pas pourquoi je raconte tout ça, moi, d'un coup. Peut-être parce que je me rends compte combien tout est moche ici. On ne sait pas, en Alsace, qu'on vit dans un cadre joli comme tout. On le constate avec stupéfaction quand on en sort. Je ne sais pas si les gens s'en doutent, ici. Peut-être que si, inconsciemment. Et c'est pour ça que c'est la course à la beauté, que les filles veulent être super belles et qu'il y a tant de musées et d'expositions. Les gens sont obligés de se fabriquer du beau. Même moi, je me suis trouvée tellement moche aujourd'hui que j'ai filé fissa chez le coiffeur. Ca va beaucoup mieux maintenant, merci !
Bref. Donc j'arrive à ma bagnole, qui est une succursale de mon lit, un petit cocon avec ma bouteille d'eau pétillante, mon I-Pod shuffle et Léontine la cigogne en peluche de Lapoutroie accrochée après le rétro. Il n'y a quasiment personne sur la route, je mets ma musique à donf' et je suis les quais de la Seine. Et puis je tourne sur le Pont de Courbevoie. Le feu est toujours rouge et me laisse le temps d'entrer en contemplation et je suis là à regarder le soleil se lever doucement sur la nuit parisienne, le ciel est fuschia et bleu marine. Des jardinières de fleurs longent le pont jusqu'au panneau "Courbevoie" et j'ai découvert que Courbevoie était jumelée avec
Freudenstadt et ça, c'est vraiment classe, parce que Freudenstadt, c'est hyper-beau, et c'est en Allemagne. A gauche du pont, tout est encore sombre. On distingue juste une ligne d'immeubles inégaux et les quelques lumières des fenêtres allumées et des réverbères se reflètent dans l'eau.Bon, évidemment, après, ça se gâte. Je me gare dans mon parking souterrain, je remonte à la surface en apnée parce que ça pue vraiment trop la pisse et, même si je suis la première à arriver au lycée, y'a toujours des mottes d'élèves qui squattent les bancs ou l'abribus alentour. Ca me gâche quand même mon plaisir d'arriver en traînant les pieds dans les feuilles mortes.
Le soir, bien sûr, le trajet a perdu de son charme. Je rentre dans une circulation sauvage, vas-y que j'te traverse inopinément même en poussant un landeau, que j'te coupe la route, que j'te grille un feu rouge et, comme le suivant ne passe pas au vert, tout est bloqué, tout ça en slalomant entre les bus. Et je croise ici un accident de scooter avec des po
mpiers qui tentent de réanimer un gars inerte sous une couverture en alu doré, là un vieux PMU couvert de crasse avec un bout d'enseigne de guingois, 3 restau chinois côte à côte avec des décorations poussiéreuses, une station service taggée, un immeuble en démolition, un kebab à la devanture couverte de fautes ("Spécialitées turque") ou un garage pouilleux.Vivement l'hiver que je rentre aussi de nuit !
Mais je sais pas pourquoi je raconte tout ça, moi, d'un coup. Peut-être parce que je me rends compte combien tout est moche ici. On ne sait pas, en Alsace, qu'on vit dans un cadre joli comme tout. On le constate avec stupéfaction quand on en sort. Je ne sais pas si les gens s'en doutent, ici. Peut-être que si, inconsciemment. Et c'est pour ça que c'est la course à la beauté, que les filles veulent être super belles et qu'il y a tant de musées et d'expositions. Les gens sont obligés de se fabriquer du beau. Même moi, je me suis trouvée tellement moche aujourd'hui que j'ai filé fissa chez le coiffeur. Ca va beaucoup mieux maintenant, merci !

Si je n'étais tenu, vu mon âge, à une certaine pudeur, j'irais jusqu'à renier tout ce que j'ai lu jusqu'à maintenant pour le seul plaisir de ton blog, un délice, un dessert, pour moi, je l'ai déjà susurré entre deux tympans, c'est ce qu'on fait de mieux, en mieux, depuis, woh...depuis Musil et kerouac réunis et je baise mes mots...
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