mercredi 30 septembre 2009

Mon blog m'a sauver.


Jusqu'à aujourd'hui, je croyais dur comme fer que l'animal qui s'apparentait le plus à l'homme, c'était le porc. Mais en fait, pas du tout. Maintenant, je sais que c'est le cafard. Il paraît que si on fait tourner le cafard dans le même sens pendant super longtemps, une nouvelle patte lui pousse. Ou qu'il peut vivre sans manger. Ou résister aux radiations. Bref, il s'adapte à tout. Et c'est pour ça qu'il est aussi dur à éradiquer.
Je ne dis pas que j'ai un petit côté cafard, même si des fois je l'ai... Je dis juste qu'on parvient, nous aussi, à s'adapter, par n'importe quel moyen, pour éviter de crever sous un spray insecticide.
Le cafard n'a pas le choix. Alors je me suis presque habituée maintenant aux affreux tags de gangs sur les murs et les tables du lycée, au bruit perpétuel quand je fais cours, à l'absence de papier dans les toilettes, aux CPE qui se barrent une fois leurs 35h faites parce que 35h, c'est 35h, aux réflexions insolentes des élèves, aux groupes de caillera qui squattent partout en vous dévisageant sous leur visière de casquette, aux travaux qui amochissent encore plus les rues, au boucan perpétuel des klaxons et des voitures partout, aux gros crachats glaireux par terre. Presque habituée à monter toutes ces marches parce que l'ascenseur ne fonctionne plus, à tout gérer moi-même parce que la vie scolaire est débordée, à la vanité des propos de pré-rentrée, aux retards des gens, aux automobilistes qui roulent à 5km/h, tous warnings allumés, parce qu'ils sont en train de discuter avec leur passager, aux bus qu'il faut dépasser en grimpant sur le terre-plein parce qu'ils sont arrêtés en plein milieu de la route parce que leur chauffeur fume une cigarette, aux gens qui gueulent derrière vous parce que vous n'avez pas anticipé le passage du feu rouge au vert et que vous ne démarrez qu'au vert, à la cloche de pollution orangeâtre qui teinte l'horizon ou à la notion de quartier huppé (Finalement, Neuilly n'est qu'un pauvre ersatz d'Orangerie... Faut arrêter de déconner...).
Je dis que je m'habitue presque à tout ça parce qu'une nouvelle patte m'a poussé. J'ai toujours mon gel anti-bactérien dans mon sac pour lutter contre la crasse et les microbes omniprésents. Je ne vais plus au supermarché, je me fais livrer mes courses. Je ne sors quasiment plus de chez moi pour éviter la confrontation hideuse avec l'extérieur et les rencontres du troisième type. Je ne regarde plus la télé pour ne plus voir les beaux reportages sur les régions de France boisées et verdoyantes et les familles qui font des barbecues dans leur jardin ou des dîners presque parfaits dans leur cuisine qui fait la taille de mon apparte. Après mes cours, je m'enfile une boîte de Kinder Maxi, "parce que les grands aussi ont besoin de douceur". Et quand je descends dans le parking du lycée, j'essaie de faire ma littéraire en me disant : "Ach, zette oteur te pisse, zi typique, zi karacdérizdique te la fie trépitante parissienne ! Encore une anecdote croustillante pour mon ploc !". En fait, je suis le parfait exemple de la no-life. Claquemurée dans mon 45m2, j'ai fait de mon bureau un lieu de vie. Ma lampe de bibliothèque me réchauffe comme le premier soleil du printemps pendant la pause à Bischwiller. Autour de moi, j'ai tous mes feutres, des livres, des cahiers vierges, une photo de ma grand-mère, de la brioche tranchée pur beurre aux oeufs frais, du sirop de grenadine à 0%, mes dictionnaires, mon anthologie des expressions alsaciennes, mon carnet d'adresses, des timbres qui sentent le chocolat, un spray aux 41 huiles essentielles, la girafe en papier mâché de mon petit frère, mon téléphone portable, mon précieux ordi avec sa tablette graphique. Et Internet pour être proche de mes gens, comme si mon téléphone fixe et le portable ne suffisaient pas .Bientôt, j'aurai en plus les cours du CNED pour préparer le concours de maîtresse d'école. Parce que savoir s'adapter au sale boulot de prof, ça veut aussi dire pouvoir l'envoyer bouler pour s'occuper des petits et prendre le mal à la racine.
Ce soir, je suis méga-de bonne humeur, très philosophe et positive. Sûrement parce que je rentre en Alsace demain et que je vais pleurer à chaudes larmes en apercevant des nappes à carreaux rouges et blancs, de la schmerwurst et forcément des coiffes. On se fait une telle idée de l'ailleurs ! Je cristallise l'Alsace, comme ma mère qui, regardant Thierry la Fronde sur sa vieille télé communiste, croyait, en arrivant en France, que les femmes portaient coiffe et robe médiévale. Ach, le trans-générationnel...! Mais au moins, et c'est rassurant, le petit cafard est toujours beau pour sa maman...

1 commentaire:

  1. Le vulgus trépigne...la plèbe se languit...rien depuis 8 jours, a-t-elle réussi à chasser le loup de la bergerie en renrant au pays du bretzel ? on suppute, on susurre, on colporte, on imagine ! "loup y es-tu, que fais-tu ?" Pourvu qu'elle ait pensé à se dispenser de servir, au Tigre, reprenant machinalement de vieilles habitudes, le jour de ses 35 balais ! On est blotti dans l'insondable bulle de tendresse qui nous fait espérer au moins une bluette, mais bon...45m2, c'est déjà trop !
    Courage, ma belle, c'est bientôt l'heure de la vacance.

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