jeudi 10 septembre 2009

Sans transition, la suite.

Curieusement, quand on part à l'estranger, ce n'est jamais ce qu'on croyait qui allait nous manquer qui nous manque vraiment .
Quand j'étais à Fidji, au bout d'un mois de dégustation de poissons, de fruits exotiques et savoureux et d'épices incroyables, j'aurais tué pour un vieil Expresso à la cafète de la Fnac (où je n'ai d'ailleurs jamais foutu les pieds, mais bon...) ou un bout de baguette avec du Camembert (fût-il du Lidl). J'ai économisé mon gel douche Palmolive pendant des jours et l'ai même découpé à la fin pour racler les parois. Je me suis absorbée dans la lecture du Monde Diplomatique quasi-béatement alors qu'ici je ne lis que Biba. Et j'ai passé une soirée formidable à manger de la raclette avec une nana dont la soeur habitait à Bayonne et lui avait envoyé un colis de jambon et saucisson. J'osais à peine mâcher tant cette charcuterie, le vin rouge et les pommes de terre qui l'accompagnaient étaient extraordinaires. Et, lorsque je suis rentrée à Strasbourg, je suis tombée en pâmoison devant les maisons à colombages et les jardinières de géraniums aux fenêtres.
Ici, dans le 9-2, en France donc, j'ai passé mes premières semaines à arpenter les supermarchés comme une dératée à la recherche de knacks, de cervelas, de Melfor, de Maggi et d'Aromat. J'ai tout trouvé, ici ou là, à prix d'or, mais quand on aime, on ne compte pas, oder ? Maintenant que mes instincts primaires sont assouvis, d'autres choses étranges me sautent à la figure.
Lorsque je scrute l'horizon, je ne vois que l'Arche de la Défense qui rougeoie et la Tour Eiffel qui bleuoie mais j'ai beau chercher, je n'aperçois pas la ligne bleue des Vosges, et encore moins le Schwartzwald. C'est Waterloo, morne plaine, il manque ces délimitations montagnardes et réconfortantes.
Dans les magasins, les gens parlent en Françoys, ou en Kabyle, ou en Arabe, ou en Bassa, ou en Swahili. Mais j'ai beau tendre l'oreille, nulle part je n'entends : "Yo, Chermaine, häsch miner Picon g'funde ?". Ca fait vraiment bizarre. J'étais super contente de savoir que j'avais un collègue alsacien, Monsieur H. Mais en fait il est inintéressant au possible, c'est vraiment déprimant. Enfin, personne n'a dit que tous les Alsaciens étaient intéressants. Mais bon, au moins ils sont Alsaciens.
Et puis surtout, quand il fait beau et chaud, on s'dit normalement : "Hop ! On s'fait une p'tite gravière à la Roberts' histoire de s'baquer un peu avant d'aller au barbeuc chez Bidule !" Mais là, à moins de se perdre sur le périph' et de se taper 200 bornes pour trouver un bout de forêt potable et emmener son Camping-Gaz, son Tup' de salade de riz et ses 3 merguez, eh ben on peut toujours aller lire au square avec une bouteille d'eau au milieu des mamies à caniche abricot et des mères de familles à poussettes, ou payer 8€ de piscine pour squatter 50cm2 de pelouse habitable à côté de pétasses surbronzées à lunettes-mouches.
En fait, on manque surtout d'air même si les Parigots, eux, n'en manquent pas.

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