vendredi 11 septembre 2009

A mes regrettés collègues...

Quand on est loin de chez soi, aussi, un rien se transforme instantanément en madeleine de Proust.
La Taverne de Maître Kanter que je vois depuis la terrasse de mon lycée me plonge cash en Alsace. Et je passe mes récré accoudée au muret de la terrasse à scruter benoîtement l'enseigne et les vitrines de ce restaurant familier, et je m'en fous bien si, aux dires de quelques médisants jaloux, il paraîtrait que des intoxications alimentaires y auraient eu lieu suite à l'ingestion de flammekuechen avariées.

Quand je lis un mot de l'Amicale, je repense à ce fameux barbecue de fin d'année au Goulden, sous des tilleuls qui sentaient si bon qu'ils auraient pu être de Lautenbach, avec ce petit air de guinguette donné par les guirlandes lumineuses, les longues tables fleuries et le panier garni de l'assortiment de schnaps improbables de Jean-Claude.

Pendant mes pauses, je me précipite sur la terrasse et j'attends, vainement, mes rigolos comparses d'autrefois : d'Seb, l'autre Seb, le troisième Seb dealeur de nêms, Nan-Nyves et ses chansonnettes surréalistes, Anne et ses nouveaux ongles, Nono qui guette la cuite du vendredi, Hervé qui fait genre je fume pas mais je respire la fumée des autres, Ludo, Cathie et ses jupes trop courtes, Joël, Farid, Herr Dargent, les irréductibles et increvables qui venaient, sur notre bout de parking, boire leur café brûlant ou fumer leur cigarette en se plaignant des élèves ou du temps. Mais je réalise vite fait qu'ils sont loin maintenant et que je n'ai plus de comparses. Et aucun Chacha à l'horizon pour gueuler que d'habitude, il a pas envie de venir, mais alors là, c'est encore pire.
Dans notre salle des profs sinistre, non seulement il n'y a pas les DNA mais il n'y a plus Martine et Thierry derrière le bar, Zakia dans ses projets culturels, Monaïque morte de rire parce que c'est le semestre de trop, Christiane tout de rose vêtue, Michel désabusé, Valérie qui râle, Marie-Hélène des feuilles plein les mains, Francine de bonne humeur, Véronique et ses tenues toujours hyper-raccord ou Patrick qui court partout. Ni tous les autres que j'ai oublié de citer, tous ces personnages qui étaient devenus ma petite famille et qui arrivaient presque à me manquer pendant les vacances.
Je m'attends toujours à les croiser au détour d'un couloir mais ce ne sont jamais eux. Ca fait trop bizarre, j'ai envie de leur dire mais poussez-vous, j'attends quelqu'un. Parce que quand j'étais petite, je croyais que si on voulait très fort quelque chose, ça pouvait arriver. Et aussi parce que j'ai trop regardé X-Files...
Et personne ne parle de la soirée vin nouveau, ici, y'a tellement que de la ville que les noyers et les vignes se trouvent au Jardin des Plantes (quand je voyais à la télé ces pauvres gamins parisiens qui s'extasiaient devant une vraie vache au Salon de l'Agriculture...) ! Je peux aussi oublier le commerce illicite de pieds de tomates entre deux voitures ou le cageot de légumes du jardin de frau Acker ! Et la soirée bière de Noël et knacks ? Remarque, on fera peut-être une soirée champignons de Paris ou sandwichs jambon-beurre...

Sur ces bonnes paroles, je vais aller feuilleter le livre de recettes de Simone Morgenthaler. Ou bien non, tiens, je vais plutôt aller me descendre un paquet de madeleines, histoire de conjurer le mauvais sort ! Comme on dit par chez nous : àbwàrte un Tee trinke.



3 commentaires:

  1. La phrase est concise, donc ça n'est pas du Proust malgré la madeleine, non, c'est beaucoup mieux...ça tangue entre du Kerouac première manière et de l'Oscar Wilde revisité par Woody Allen. Moi, ça me plaît, ces billets, mais je sens bien que derrière la phrase, y a la vie, et ça, évidemment, ça me plaît moins. Que Maitre Kanter te protège !

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  2. Oui, du Kerouac qui n'a pas encore croisé Burroughs... Va falloir que je m'en cherche un aussi si je veux améliorer mon style... Genre...

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