L'autre jour, c'était Proust et sa madeleine.
Hier, dans ma voiture, comme je n'ai rien d'autre à faire dans les embouteillages qu'écouter de la musique, scruter les autres automobilistes agacés et réfléchir à mon prochain blog, je me suis prise pour Montesquieu et ses Lettres persanes et tout devenait matière à raconter. Comment on finit par s'approprier les lieux, par exemple. Quand j'avais encore ma plaque 67, je me sentais bien loin de ce qui pouvait se tramer sur la route, que je ne connaissais tellement pas encore bien que je roulais à 20 à l'heure, de peur de louper une sortie, de me retrouver sur la mauvaise file, de ne jamais pouvoir en sortir et d'être obligée de rouler ainsi jusqu'à Vitry-le-François, ou encore de faucher quelque passant traversant n'importe comment. Depuis que j'ai ma plaque 92, j'accélère, j'insulte copieusement les traînards et surtout les 95, 78, 91 et autres immigrés, genre si tu sais pas rouler, reste dans ton département, abruti !
Quand je suis déprimée, je suis baudelairienne, dans mon Spleen de Paris.
Quand, au contraire, tout va mieux et que je pars en vadrouille toute seule dans les rues avec mon sac, je deviens Kerouac en plein Satori à Paris, à la recherche de je ne sais pas quoi, mais toujours avec mon calepin et mon appareil photo, des fois que.
Quand je passe dans des petits quartiers délabrés et typiques, je repense à La Vie devant soi de Romain Gary. Près de la station de métro Strasbourg-Saint-Denis, y'a la rue Blondel avec la pension sans famille de Madame Rosa pour les gosses qui sont nés de travers .
Mais c'est L'Enfer de Dante qui me parle le plus le mardi. Je l'ai relu pour me donner du courage avant d'affronter ma classe de Terminales Bac Pro, histoire de voir que d'autres galéraient plus que moi dans leurs 7 cercles. Mais, finalement, ce Dante, c'était un sacr
é rigolo, et les supplices de ses cercles, du pipi de chat. Et je me suis dit que je rajouterais bien un huitième cercle à son bidule, et que ce serait mon cours, dans lequel seraient précipités les pires violeurs d'enfants et les plus infâmes tortionnaires d'animaux. Ce qui m'amène quand même à me demander quel horrible personnage j'ai bien pu être dans une vie antérieure pour me retrouver là. Parce que franchement, quand je suis sortie de ce sale cours de m...., j'étais à 2 doigts de démissionner et d'accueillir avec une joie non dissimulée toute proposition d'emploi de balayeuse de cheveux dans un salon de coiffure ou de poseuse de feuilles de salade dans les hamburgers du Mac Do. J'ai même failli acheter des grenades sur E-Bay.
Je me souviens de mon affreuse classe de l'année dernière à Bischwiller, celle où Mohamed m'avait traitée de "sale chienne"....A la fin de l'année, quand je leur ai dit que je partais à Paris, il se sont marrés et m'ont dit : "Wèsch, Madame, vous allez nous regretter ! C'est pas les mêmes, là-bas ! Comment vous allez galérer, ma parole !" Ils me manqueraient presque aujourd'hui...
Alors oui, donc, mon cours... Donc je me pointe, fraîche, pimpante et cool pour accueillir mes 23 terribles, tous plus terribles les uns que les autres, si terribles, d'ailleurs, qu'on ne sait pas s'ils débarquent d'Alcatraz, de Cayenne, du Bronx, du 9-3 ou d'un clip de rap extrémiste.
Le plus grand mesure 2m06. Ils arrivent en retard, au compte-goutte, exprès, prétextant qu'ils n'ont pas trouvé la salle genre je te prends pour une débile, provoquant à chaque fois un nouveau tollé monstre parmi ceux qui sont déjà là. Ils se précipitent dans ma salle en se projetant contre le mur et en hurlant. Je parviens, en m'époumonant, à faire enlever son casque de MP3 à l'un, son couvre-chef graisseux à l'autre, sa doudoune douteuse au troisième. Puis il faut leur faire descendre leur sac à dos dégoûtant de dessus la table et me donner leur carnet de liaison. Les retardataires, qui continuent à arriver, saluent bruyamment leurs camarades, comme si je n'existais pas. Je hurle aux uns que je ne les accepte pas en cours car ils ont trop de retard, aux autres que je les exclus, mais aucun ne m'écoute, tous s'installent quand même dans un rire général. Quand je hausse encore le ton, j'ai droit à une sédition, genre un qui me fait wèsch, Madame, pourquoi vous gueulez comme ça, on pourrait commencer l'année sur de bonnes bases (!), wèsch, tout en se marrant de la finesse de sa remarque...
Je n'ai naturellement pas le n° de téléphone du CPE dans mon portable pour appeler un surveillant à la rescousse et je ne peux coller personne car je ne sais pas qui est qui et que je ne les différencie pas. Je continue donc ma séance, bon an mal an, dans le chaos général, parfois interrompue par des "wèsch, t'façon, l'Anglais, on s'en branle !", "wèsch, on a eu 3 profs différentes l'année dernière, et vous, vous allez sûrement tomber enceinte et partir !", "wèsch, t'façon, dans 2 semaines, on part en stage, vous verrez plus nos gueules !". C'est vrai que la grossesse, ils connaissent : quand ils n'ont pas entre 4 et 13 frères et soeurs, ils sont eux-mêmes déjà parents.
Bref, alors j'ai fait mon cours dans le vide et le bruit, je me suis raconté à moi-même le Mac Arabia, sandwich à la viande halal recouvert de graines bénies par un imam, qu'on trouve dans les Mac Do au Moyen-Orient. Et j'ai écrit au tableau, pour faire joli.
J'ai commencé ce boulot avec mon élitisme légendaire, en clamant à qui voulait l'entendre que jamais de la vie je ne m'abaisserais au niveau néantesque des élèves et j'espérais secrètement les faire se passionner pour Tite-Live. Et je me retrouve aujourd'hui, penaude et désespérée, le rouge aux joues, à parler de foot turc, de Beyoncé, de 50Cent ou de fast food.
Ma séance foulée aux pieds et entre 2 violents rappels à l'ordre, je faisais genre je fouille dans mon sac pour chercher un mouchoir mais en fait je regardais discrètement les minutes qui ne passaient pas sur mon téléphone portable.
Bref, pour se faire une idée claire de la situation, il faut avoir été face à une révolte dans une prison fédérale disciplinaire aux Amériques.
Je suis sortie de là vivante, mi-zombifiée mi-avec l'envie de tout casser.
Quelques jours plus tard, j'avais cours avec ma classe de gentilles secrétaires et les individus sus-cités n'ont rien trouvé de mieux que de venir tambouriner à ma porte. La petite Doha me fait : "Wèsch, Madame, j'ai vu qui c'était ! C'est Mohamed et Abdelkader !". Je me précipite sur mes listes d'élèves, à la recherche du nom de famille des coupables mais ne trouve ni Mohamed ni Adelkader. Et Doha, compatissante devant mon désarroi, de me dire : "Wèsch, mais non, Madame, quand on dit Mohamed, c'est que c'est un Renoi, tous les Renoi on les appelle des Mohamed, les Rabza des Abdelkader et les Céfran, comme vous, ben les tchaï, c'est des Julie !".
Ah.
Enfin ! Ca pourrait être pire ! Je pourrais travailler chez France Télécom...
Bon, sur ce, je vais me servir une petite bière et commencer à préparer le concours de professeur des écoles dans l'Académie de la Creuse, du Larzac ou de l'Ardèche. Allez, ouais, le Larzac, c'est reconnaissant, au moins, les chèvres... A moins que je ne me fasse l'Itinéraire de Paris à Jérusalem, histoire de faire ma ratte qui quitte le navire. J'ai toujours eu un petit côté Chateaubriand..
Hier, dans ma voiture, comme je n'ai rien d'autre à faire dans les embouteillages qu'écouter de la musique, scruter les autres automobilistes agacés et réfléchir à mon prochain blog, je me suis prise pour Montesquieu et ses Lettres persanes et tout devenait matière à raconter. Comment on finit par s'approprier les lieux, par exemple. Quand j'avais encore ma plaque 67, je me sentais bien loin de ce qui pouvait se tramer sur la route, que je ne connaissais tellement pas encore bien que je roulais à 20 à l'heure, de peur de louper une sortie, de me retrouver sur la mauvaise file, de ne jamais pouvoir en sortir et d'être obligée de rouler ainsi jusqu'à Vitry-le-François, ou encore de faucher quelque passant traversant n'importe comment. Depuis que j'ai ma plaque 92, j'accélère, j'insulte copieusement les traînards et surtout les 95, 78, 91 et autres immigrés, genre si tu sais pas rouler, reste dans ton département, abruti !
Quand je suis déprimée, je suis baudelairienne, dans mon Spleen de Paris.
Quand, au contraire, tout va mieux et que je pars en vadrouille toute seule dans les rues avec mon sac, je deviens Kerouac en plein Satori à Paris, à la recherche de je ne sais pas quoi, mais toujours avec mon calepin et mon appareil photo, des fois que.
Quand je passe dans des petits quartiers délabrés et typiques, je repense à La Vie devant soi de Romain Gary. Près de la station de métro Strasbourg-Saint-Denis, y'a la rue Blondel avec la pension sans famille de Madame Rosa pour les gosses qui sont nés de travers .
Mais c'est L'Enfer de Dante qui me parle le plus le mardi. Je l'ai relu pour me donner du courage avant d'affronter ma classe de Terminales Bac Pro, histoire de voir que d'autres galéraient plus que moi dans leurs 7 cercles. Mais, finalement, ce Dante, c'était un sacr
é rigolo, et les supplices de ses cercles, du pipi de chat. Et je me suis dit que je rajouterais bien un huitième cercle à son bidule, et que ce serait mon cours, dans lequel seraient précipités les pires violeurs d'enfants et les plus infâmes tortionnaires d'animaux. Ce qui m'amène quand même à me demander quel horrible personnage j'ai bien pu être dans une vie antérieure pour me retrouver là. Parce que franchement, quand je suis sortie de ce sale cours de m...., j'étais à 2 doigts de démissionner et d'accueillir avec une joie non dissimulée toute proposition d'emploi de balayeuse de cheveux dans un salon de coiffure ou de poseuse de feuilles de salade dans les hamburgers du Mac Do. J'ai même failli acheter des grenades sur E-Bay.Je me souviens de mon affreuse classe de l'année dernière à Bischwiller, celle où Mohamed m'avait traitée de "sale chienne"....A la fin de l'année, quand je leur ai dit que je partais à Paris, il se sont marrés et m'ont dit : "Wèsch, Madame, vous allez nous regretter ! C'est pas les mêmes, là-bas ! Comment vous allez galérer, ma parole !" Ils me manqueraient presque aujourd'hui...
Alors oui, donc, mon cours... Donc je me pointe, fraîche, pimpante et cool pour accueillir mes 23 terribles, tous plus terribles les uns que les autres, si terribles, d'ailleurs, qu'on ne sait pas s'ils débarquent d'Alcatraz, de Cayenne, du Bronx, du 9-3 ou d'un clip de rap extrémiste.
Le plus grand mesure 2m06. Ils arrivent en retard, au compte-goutte, exprès, prétextant qu'ils n'ont pas trouvé la salle genre je te prends pour une débile, provoquant à chaque fois un nouveau tollé monstre parmi ceux qui sont déjà là. Ils se précipitent dans ma salle en se projetant contre le mur et en hurlant. Je parviens, en m'époumonant, à faire enlever son casque de MP3 à l'un, son couvre-chef graisseux à l'autre, sa doudoune douteuse au troisième. Puis il faut leur faire descendre leur sac à dos dégoûtant de dessus la table et me donner leur carnet de liaison. Les retardataires, qui continuent à arriver, saluent bruyamment leurs camarades, comme si je n'existais pas. Je hurle aux uns que je ne les accepte pas en cours car ils ont trop de retard, aux autres que je les exclus, mais aucun ne m'écoute, tous s'installent quand même dans un rire général. Quand je hausse encore le ton, j'ai droit à une sédition, genre un qui me fait wèsch, Madame, pourquoi vous gueulez comme ça, on pourrait commencer l'année sur de bonnes bases (!), wèsch, tout en se marrant de la finesse de sa remarque...Je n'ai naturellement pas le n° de téléphone du CPE dans mon portable pour appeler un surveillant à la rescousse et je ne peux coller personne car je ne sais pas qui est qui et que je ne les différencie pas. Je continue donc ma séance, bon an mal an, dans le chaos général, parfois interrompue par des "wèsch, t'façon, l'Anglais, on s'en branle !", "wèsch, on a eu 3 profs différentes l'année dernière, et vous, vous allez sûrement tomber enceinte et partir !", "wèsch, t'façon, dans 2 semaines, on part en stage, vous verrez plus nos gueules !". C'est vrai que la grossesse, ils connaissent : quand ils n'ont pas entre 4 et 13 frères et soeurs, ils sont eux-mêmes déjà parents.
Bref, alors j'ai fait mon cours dans le vide et le bruit, je me suis raconté à moi-même le Mac Arabia, sandwich à la viande halal recouvert de graines bénies par un imam, qu'on trouve dans les Mac Do au Moyen-Orient. Et j'ai écrit au tableau, pour faire joli.
J'ai commencé ce boulot avec mon élitisme légendaire, en clamant à qui voulait l'entendre que jamais de la vie je ne m'abaisserais au niveau néantesque des élèves et j'espérais secrètement les faire se passionner pour Tite-Live. Et je me retrouve aujourd'hui, penaude et désespérée, le rouge aux joues, à parler de foot turc, de Beyoncé, de 50Cent ou de fast food.
Ma séance foulée aux pieds et entre 2 violents rappels à l'ordre, je faisais genre je fouille dans mon sac pour chercher un mouchoir mais en fait je regardais discrètement les minutes qui ne passaient pas sur mon téléphone portable.
Bref, pour se faire une idée claire de la situation, il faut avoir été face à une révolte dans une prison fédérale disciplinaire aux Amériques.
Je suis sortie de là vivante, mi-zombifiée mi-avec l'envie de tout casser.
Quelques jours plus tard, j'avais cours avec ma classe de gentilles secrétaires et les individus sus-cités n'ont rien trouvé de mieux que de venir tambouriner à ma porte. La petite Doha me fait : "Wèsch, Madame, j'ai vu qui c'était ! C'est Mohamed et Abdelkader !". Je me précipite sur mes listes d'élèves, à la recherche du nom de famille des coupables mais ne trouve ni Mohamed ni Adelkader. Et Doha, compatissante devant mon désarroi, de me dire : "Wèsch, mais non, Madame, quand on dit Mohamed, c'est que c'est un Renoi, tous les Renoi on les appelle des Mohamed, les Rabza des Abdelkader et les Céfran, comme vous, ben les tchaï, c'est des Julie !".
Ah.

Enfin ! Ca pourrait être pire ! Je pourrais travailler chez France Télécom...
Bon, sur ce, je vais me servir une petite bière et commencer à préparer le concours de professeur des écoles dans l'Académie de la Creuse, du Larzac ou de l'Ardèche. Allez, ouais, le Larzac, c'est reconnaissant, au moins, les chèvres... A moins que je ne me fasse l'Itinéraire de Paris à Jérusalem, histoire de faire ma ratte qui quitte le navire. J'ai toujours eu un petit côté Chateaubriand..

wesh Mgz, tiens le coup!
RépondreSupprimermouhaha !!!!!des mohamed!des abdelkader et des julie!
RépondreSupprimertrop bon!!!!
bon ok c'est pas drole.....
kim